Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
M. Lecoq répondit par un signe de tête souriant.
– Bien mignon, ce tour-là! murmura Trois-Pattes. Mais à quoi serviront les faux billets?
M. Lecoq avait l’orgueil de l’auteur applaudi.
– Tu verras, dit-il. C’est le plus beau! Il se frotta les mains et reprit:
– Nous aurons besoin d’acteurs et de comparses. Tu auras demain la distribution des rôles, et tu choisiras ton monde à l’estaminet de L’Épi-Scié.
– Entendu, patron.
– Tu as en outre le tirage des billets: quatre millions, au moins.
– Entendu.
– Et M. Bruneau… surtout M. Bruneau!
– Celui-là, patron, dit Trois-Pattes bonnement, je vous promets de ne le pas plus quitter que mon ombre.
Troisième partie La forêt de Paris
I Traité des origines et le chemin des Amoureux
Chaque chose, grande ou petite, garde le cachet de son origine. Le feu lui-même sourit dans le foyer heureux où flambe le bois qui coûte cher, le feu se renfrogne et brûle rouge dans la grille économique bourrée de coke, le feu languit sans lumière ni chaleur dans l’âtre où la tourbe des pauvres se consume lentement sous la cendre.
Le bois vient des forêts splendides, le coke fut extrait d’une cave, la tourbe sort d’un cloaque.
Londres fut bâti dans un triste marécage; Paris s’élança au sein merveilleux d’une forêt: Londres brûle noir, Paris flambe et pétille.
On ne bâtira plus aucun Paris dans l’ancien monde. Paris est le dernier mot de nos civilisations. Mais des prophètes de malheur ont entrevu des présages sombres et je ne sais quel fantôme de forêt revenant à pas de loup, après des siècles, pour reconquérir son antique domaine. Des chênes crevant la voûte de Notre-Dame, des chênes faisant aux ruines du Louvre une autre colonnade. Alors, quelque satrape des barbaries parvenues, envoyé pour tâter le pouls chétif de cette vieille Europe à l’agonie, s’étonnera de trouver le squelette de l’éléphant Kiouni, mort au Jardin des Plantes, pendant que l’historiographe de l’expédition comptera les piliers tronqués de la Bourse. Deux livres naîtront de là, dont l’un prouvera que la race disparue des éléphants était originaire des contrées Mouffetard, et l’autre qu’au temps lointain où florissait la France il existait déjà une religion… On bâtira Paris ailleurs, et ce sera le suprême caprice de l’histoire.
Tout exigu qu’il est de nos jours, et si mince que, du haut des buttes Montmartre, un regard myope l’enveloppe aisément, Paris peut passer pour une jolie ville. Il le sait. Le Parisien est fier de lui-même comme l’Esquimau et le Samoyède s’enorgueillissent de leur rang dans l’échelle des peuples. Il soudoie un grand nombre d’écrivains, chargés sans cesse de lui dire qu’il a seul de l’esprit, de l’honneur et de la beauté. Il est reconnu qu’à Paris, tout homme tenant une plume peut gagner aisément sa vie en écrivant chaque matin cette phrase: «Les Parisiennes sont les plus élégantes du globe»; à Londres, il est vrai, on dit cela des Anglaises. À Berlin des Prussiennes, à La Haye des Hollandaises. Je connais assez la littérature courante du Céleste Empire pour affirmer qu’à Pékin, les mandarins ne lisent point les livres qui omettent de célébrer l’infirmité de leurs pieds. Paris, à cet égard, est partout.
Mais, partout n’est pas Paris. Tous les pays de l’univers viennent chercher Paris. Les autres capitales se vantent: Paris ne fait que se rendre justice. Il est Paris, il s’amuse de tout et tout s’amuse chez lui. L’air de Paris contient le gaz gaudriolique en dissolution, et déjà, du temps de la forêt, on y devait rire.
Non, ce ne fut point chez nous, dans la futaie Saint-Honoré ou dans les taillis d’Antin, que se passèrent les funestes tragédies qu’on chante ou qu’on déclame. La vestale parisienne eut une moins ennuyeuse histoire, et au coin de ces bocages, où devait s’élever le théâtre du vaudeville, en face de la maison des agents de change, tout, jusqu’aux sacrifices humains, avait, certes, une bonne odeur de gaieté. On exécute encore les gens dans l’un et l’autre de ces sanctuaires: pleure-t-on pour cela?
César y rencontre peut-être le premier ange du paradis des femmes. La première biche… voyez combien profondément on est resté forêt! une ville qui serait guéret, grève ou prairie, aurait trouvé un autre mot pour désigner cette intolérable et souriante rougeole qui la démange. Les biches ne sont qu’à Paris; on les y vient chercher du Midi et du Nord, de l’Orient et de l’Occident; elles se reproduisent là, sans culture et sans soins, providentiellement, comme les truffes en Périgord, comme les marrons à Lyon, comme la sardine sur nos côtes de l’Ouest. C’est la richesse de la contrée. Les sociétés d’acclimatation ont essayé de les transplanter en divers pays; impossible!
Quant aux cerfs… Molière est mort et la langue n’en peut plus; convenez cependant que ces rudes plaisanteries, si chères à nos aïeux, criaient à plein gosier leur origine sylvestre. Les boulevards, il est vrai, vont et viennent, faisant de notre forêt le plus merveilleux pays de chasse qui soit au monde. Chasseurs et gibiers s’y courent mutuellement sous la loyale lumière du gaz. Mais il y a encore, il y aura toujours des halliers, des ravins et des cavernes pour les pauvres gens qui ont des raisons légitimes de n’aimer point le grand jour. Il faut, dit le proverbe, que tout le monde vive.
Il y avait, en 1842, une ruelle commençant au faubourg Saint-Martin et courant tortueusement, à travers une sorte de banlieue, vers l’angle de la rue de Ménilmontant: plus d’un kilomètre; la partie du boulevard qui s’ouvre maintenant pour laisser voir la blanche rotonde du cirque s’appelait alors La Galiote; c’était une succursale des barrières. À partir de ce point jusqu’à la place de la Bastille, le boulevard, bordé d’un seul côté par des échoppes, alignait, de l’autre, une étroite promenade humide, dominant la rue Amelot. Les messageries aquatiques et terrestres qui avaient baptisé La Galiote n’existaient plus, mais, par souvenir, l’entreprise des bateaux-poste de l’Ourcq avait là un petit bureau à la devanture duquel on voyait le portrait de L’Aigle de Meaux n° 2, traîné par un prodigieux attelage. Les maisons voisines étaient des guinguettes, et sur le terre-plein quelques baraques de saltimbanques s’élevaient.
À la place même où est l’entrée du cirque, et derrière les bâtiments de La Galiote, était l’embouchure étranglée de cette ruelle qui rejoignait, après d’innombrables détours, la rue du Faubourg-Saint-Martin. Cette ruelle avait mauvaise réputation; on la nommait dans le quartier: le chemin des Amoureux.
L’entrée sombre et masquée par une porte de chantier sans battants avait, la nuit, une lanterne jaunâtre où se lisait l’enseigne du café-estaminet de L’Épi-Scié avec cette mention, tracée en caractères provocants: On joue la poule. Au-dessus de la lanterne, on pouvait admirer, le jour, un tableau qui, ajoutant le rébus au calembour, montrait un gigantesque épi scié par une faucille colossale et rectifiait ainsi l’orthographe de la chose: au café-estaminet de L’Épicier.
Sur une longueur de cinquante à soixante pas, la ruelle, fangeuse et bordée de masures impossibles, s’enfonçait parallèlement à la rue de Ménilmontant. Elle rencontrait là le café-estaminet, monument d’une entière laideur, mais assez considérable et qui avait dû être usine autrefois. La ruelle le contournait et, lui servant deux fois d’avenue, au midi et à l’ouest, poursuivait sa course, perpendiculaire à elle-même, vers la rue de Crussol. Elle coupait la rue de Crussol, puis le passage des Deux-Boules, et s’engageait entre les chantiers occupant l’emplacement de l’ancien prieuré de Malte. Un instant, elle s’appelait ici la rue du Haut-Moulin, puis, côtoyant le premier cirque, bâti par les frères Franconi, faubourg du Temple, n° 16, elle franchissait cette grande voie pour entrer dans un passage borgne, non loin du restaurant Passoir.