Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
M. Schwartz avait l’œil fixe et le front humide.
– Vous n’êtes pas aimés, poursuivit M. Lecoq dont la voix incisive et sèche enlevait un copeau à chaque parole comme la hache d’un charpentier. Les petits vous regardent avec défiance, s’étonnant que vos bras croisés puissent gagner de si insensés salaires; les grands s’impatientent de voir auprès de leurs épaules vos têtes mal décrassées. Les timides ont peur de vous, parce que vous défiez et provoquez les passions mauvaises, comme ces sébiles insolentes qui raillent les affaires derrière les carreaux des changeurs; les forts vous méprisent, parce que vos sacoches amoncelées ne vous servent à rien de grand. L’or, pour vous, maniaques de la cupidité, n’est qu’un moyen de gagner de l’or. Il est tel d’entre vous, malade de cette hystérie des avares, qui essaya un dernier coup de bourse en suant son agonie. La misère vous maudirait alors même que vous seriez bienfaisants. La richesse territoriale, la vraie richesse, s’indigne du bruit scandaleux que font vos écus. Les honnêtes gens vous jugent avec une sévérité aveugle et injuste, car peut-être êtes-vous souverainement utiles à la fortune publique; mais vous ne payez pas d’impôts, et ceux que l’impôt écrase vous abhorrent. Enfin, les coquins eux-mêmes, complétant l’unanimité, voient en vous des concurrents dangereux, des supérieurs, si vous voulez, et vous gardent la vitriolique rancune des confrères. Aussi, monsieur le baron Schwartz, sauf moi, Lecoq, qui ai mes raisons pour vous soutenir dans une certaine mesure, et qui ne vous cache pas ce motif intéressé, Paris tout entier s’amusera jeudi prochain; je dis le mot vrai, s’amusera et applaudira en apprenant que les scellés sont sur vos livres et que l’expert a mis son enragé museau dans votre champ de truffes. J’ai dit. Maintenant, agissez comme il vous plaira: je m’en lave les mains.
M. Lecoq repoussa son siège et vint se mettre au-devant de la cheminée, les bras croisés derrière son dos.
– Monsieur, dit la baronne en s’adressant à son mari, vous m’avez demandé si je vous suivrais…
– Changé d’avis, l’interrompit M. Schwartz, reprenant sa syntaxe abrégée avec un aplomb tout à fait inattendu. Inconvénients d’une fuite crèvent les yeux. Préfère rester. Idée.
M. Lecoq eut un sourire sceptique et narquois.
– Plus brave! dit-il, parodiant le laconisme du financier. Moins sûr!
– Moi, déclara Mme Schwartz, je partirai avec ma fille…
– Sage! opina M. Schwartz.
– Comme image! acheva Lecoq en ricanant.
– Mon cher monsieur, dit le baron en se levant et d’un air dégagé, vous cachez sous des formes bizarres un grand sens et beaucoup de dévouement, je le sais. Je ne refuse pas du tout de faire le compte des intérêts… que je reconnais avoir reçus de vous en 1825, quoique, paraîtrait-il, vous ayez prétendu acheter à ce prix mon silence, à propos d’un crime ou d’un délit auquel vous auriez participé à mon insu. J’ai cru comprendre cela. Dix ou douze mille louis ou même davantage sont une bagatelle pour moi. Réfléchissons tous deux. Je donne mercredi soir un petit bal pour la fête de ma fille. J’ai l’honneur de vous y inviter, et Mme la baronne fait de même.
Il offrit son bras à sa femme qui le prit.
– On dansera? demanda M. Lecoq ironiquement.
– On dansera, répliqua le banquier, qui salua.
La baronne dit tout haut en passant le seuiclass="underline"
– J’aurai à vous parler demain, monsieur Lecoq.
À son tour Lecoq s’inclina, mais en silence.
Quand il fut seul, il plongea ses mains dans les poches de sa robe de chambre et resta pensif, debout au milieu de la chambre. Un battant qui grinçait en roulant sur ses gonds, lui fit lever les yeux. Il vit Trois-Pattes, pelotonné devant sa table et tenant encore sa plume à la main. La lumière de la lampe éclairait d’aplomb l’étrange visage de l’estropié. Un instant, M. Lecoq le regarda sans parler, Trois-Pattes souriait.
– Pourquoi ris-tu, toi? lui demanda rudement Lecoq.
– Parce que c’est drôle, répliqua l’estropié.
Puis, après un autre silence, il reprit:
– Ce Michel Maynotte était donc innocent, là-bas!
Lecoq haussa les épaules et se mit à marcher dans la chambre. Au deuxième ou troisième tour, il s’arrêta devant Trois-Pattes qui le regardait toujours.
– Toi, grommela Lecoq, sans M. Bruneau, je t’étranglerais!
– Ce ne serait pas bien difficile, répondit l’estropié.
– Il y a des moments où tu me fais peur, poursuivit M. Lecoq en se parlant à lui-même. Mais je sais que ce Bruneau est André Maynotte, je le sais!
– C’est moi qui vous l’ai dit, patron…
L’œil de Lecoq, défiant et dur, était braqué sur lui.
– Elle est fièrement belle, cette baronne Schwartz! dit l’estropié, dont les yeux eurent une étincelle.
– Je suis fou! gronda Lecoq, qui tourna le dos pour reprendre sa promenade.
– Est-ce que je ressemble de près ou de loin à cet André Maynotte? demanda Trois-Pattes.
– Pourquoi? fit Lecoq qui s’arrêta court.
– Parce qu’elle a gardé des idées pour lui, repartit l’estropié avec une sorte de puéril cynisme, et qu’alors, si je lui ressemblais…
– Je suis fou! répéta Lecoq. Tu sais, ajouta-t-il, que je les ai roulés de pied en cap! Il a voulu se garder à carreau pour le cas où je le dénoncerais à la préfecture; mais, à l’heure qu’il est, son départ est décidé.
– Mais ce bal…
– C’est ce bal qui le trahit. Le truc est usé. Mercredi, les provisions seront faites; j’évalue à quatre ou cinq millions ce qu’il aura pu rassembler.
– En bank-notes, s’il va en Angleterre.
– Pas la queue d’une bank-note! cela donnerait l’éveil. Il prendra de beaux et bons billets de banque, comme s’il s’agissait d’une échéance extraordinaire. Je le connais: il est adroit pour les petites choses.
– Et sa femme?
– Sa femme en vaut dix comme lui. Je te charge de Bruneau; entends bien ceci; il y a un obstacle entre Bruneau et la baronne; je le connais puisque je l’ai élevé. S’il tombait, et un mot de la baronne le ferait tomber, gare dessous! Veille au grain, monsieur Mathieu, car tu as le bon poste, et si tu t’endormais dans ta guérite, tu ne t’éveillerais pas!
– Je ne dors jamais que d’un œil, patron.
M. Lecoq le regarda encore. Il n’y avait rien sur ce visage pétrifié. M. Lecoq passa le seuil du «corps de garde» et lut le papier par-dessus l’épaule de Trois-Pattes.
– Vingt lignes! grommela-t-il, et tout y est! Signe. Il faut que M. et Mme Schwartz sachent demain qu’il y avait près d’eux un témoin et un greffier.
Sans hésiter, Trois-Pattes signa son nom de Mathieu et parapha.
– Dans la maison Schwartz, dit-il non sans fatuité, on connaît ma signature.
– Lis ceci, ordonna M. Lecoq en lui mettant dans la main le travail de Piquepuce.
– Tiens! tiens! fit l’estropié. Alors, tout ce que vous avez fait, c’est pour enfler la caisse avant que de la vider?