Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Dès lors, l’aspect changeait. Le chemin des Amoureux méritait presque son nom. Il longeait d’un côté des maisons tristes comme les villas en forme de tombe qui égayent certains environs de Paris, et toutes bâties en contre-haut; de l’autre, une haie, une véritable haie de sureaux malades, soutenus par des piquets vermoulus. La haie défendait des terrains vagues où il y avait des chèvres, des chardons ou des choux. Les amoureux y venaient. Ils avaient la tournure qu’il fallait pour animer et compléter le paysage.
Au mois de janvier 1833, un amoureux, le bijoutier Lassusse, jeune homme de vingt-deux ans, maladif et contrefait, fut assassiné à coups de barre de fer et enterré de l’autre côté de la haie, non loin de l’entrepôt actuel de la douane. Sa fiancée demeurait rue Fontaine-au-Roi, et il regagnait son domicile, situé passage de l’Industrie, quand le meurtre eut lieu – à quatre heures du soir! Le chemin des Amoureux, bizarrement calibré, avait en son parcours de très variables largeurs. La plupart du temps, deux hommes y marchaient difficilement de front, et plusieurs de ses défilés eussent pu être défendus mieux que les Thermopyles. Il était cependant carrossable en deux endroits: aux environs de la rue de Lancry et dans la partie qui, sous le nom de la rue du Haut-Moulin, remontait du faubourg du Temple aux chantiers de Malte.
Dans la nuit du mardi au mercredi, c’est-à-dire un peu plus de quarante-huit heures après cette soirée du dimanche dont nous avons raconté l’histoire, un coupé fermé stationnait à l’entrée de la ruelle, à vingt-cinq pas environ du faubourg vers lequel la tête du cheval restait tournée. Il pouvait être quatre heures du matin. Le cocher, enveloppé dans son manteau, dormait.
Ce coupé mérite l’attention, non pas seulement à cause du lieu et de l’heure.
Il était arrivé depuis vingt minutes. Une femme en était descendue, ordonnant au cocher de tourner son cheval et de l’attendre. Elle semblait jeune sous son voile. Sa mise était d’une élégante simplicité. Elle avait pris la ruelle à pied et avait disparu au tournant voisin.
Quelques secondes auparavant, à l’instant où le coupé sortait du faubourg pour entrer dans la ruelle, un homme, qui n’était pas un valet de pied, avait sauté lestement du siège de derrière sur le pavé.
Cet homme, depuis lors, caché à l’angle de la ruelle, semblait guetter le cocher. Celui-ci s’étant arrangé pour sommeiller, car le voisinage d’une grande voie de communication éloignait de lui toute crainte, l’autre s’approcha du coupé avec précaution, ouvrit sans bruit la portière et fit usage d’une extrême adresse pour se glisser à l’intérieur sans produire aucun choc. Une fois maître de la place, il referma doucement la portière. Tout redevint silencieux et immobile.
Vers ce même instant, à l’extrémité opposée de la ruelle, une lueur rougeâtre brillait, malgré l’heure nocturne, à la fenêtre d’une pauvre forge, voisine de ce fameux estaminet de L’Épi-Scié, qui ne dormait pas non plus, car ses contrevents clos laissaient sourdre des murmures confus, dominés par le bruit sec et direct des deux billes qui se choquent sur le tapis où l’on joue la poule. La porte de la forge s’ouvrit; un couple sortit, qui s’éclaira un instant aux lueurs venant de la croisée. Nous eussions reconnu du premier coup d’œil la pâle beauté d’Edmée Leber et cette figure de bronze, M. Bruneau, le marchand d’habits de la rue Notre-Dame-de-Nazareth. M. Bruneau dit:
– Ma fille, nous allons nous séparer ici.
Il lui remit en même temps un objet assez volumineux, qui sonnait le métal sous l’étoffe qui l’enveloppait.
– Avant la fin de la journée, reprit-il, ceci vous sera acheté si vous consentez à le vendre. Si vous refusez de le vendre, il vous sera volé.
– Et qu’ai-je à faire? demanda la jeune fille.
– Rien… attendre. Le piège est tendu désormais, le loup s’y prendra.
– Il n’y a aucun danger pour ma pauvre bonne mère? demanda encore Edmée.
– Aucun, répondit M. Bruneau.
Il l’attira contre lui, achevant avec une grave émotion:
– Vous serez la femme de Michel, et la mémoire de votre père sera vengée.
Il la quitta, dirigeant son pas calme et solide vers le faubourg du Temple. Edmée le suivit un instant des yeux, puis elle longea l’estaminet pour gagner La Galiote et le boulevard. Le monde de pensées qui était dans son cerveau la sauvait de la frayeur.
Cependant la jeune femme du coupé et M. Bruneau devaient se rencontrer.
C’était un rendez-vous. À la hauteur du passage des Deux-Boules, ils se trouvèrent face à face. La jeune femme souleva son voile et M. Bruneau lui mit un baiser sur le front. Le réverbère éclaira le visage charmant, mais pâle, de la comtesse Corona.
II La comtesse Corona
C’est le mystère de cette histoire: mystère pour le lecteur, mystère aussi pour l’écrivain, car celui-ci n’a rien inventé. Étonné un jour au récit de ces aventures inachevées, il a traduit ses étonnements dans le drame.
Les événements viennent comme ils peuvent, c’est-à-dire comme ils vinrent. Je ne sais rien, pour ma part, de si attrayant que les choses incomplètes, et sans comparer ce pauvre procès-verbal à la Vénus de Milo, ce pur chef-d’œuvre, je risque cette opinion que la Vénus de Milo, entière, eût éprouvé quelque déchet sur la vogue universelle dont elle jouit.
Pour chaque chose créée, il est avantageux d’avoir un coin ou un vide que puisse achever le rêve de chacun. Le poète, le peintre ou le sculpteur se concilient ainsi la collaboration commune. Je suppose que ce livre soit pris en statue, statue d’argile, pétrie à la diable par le premier venu; le bout qui manque, la mutilation, le mystère, c’est la comtesse Corona.
Les autres personnages apparaissent suffisamment distincts. Le colonel lui-même, l’Habit-Noir, n’a pas sur son visage, mort ou vivant, un voile plus épais que les romanesques conventions ne le permettent. On le voit glisser dans l’ombre des maquis ou mener sa barque corsaire dans les eaux de Londres et de Paris; on le voit, on le devine du moins. Il a d’autres allures que les modèles connus, mais Fra Diavolo, devenu vieux, peut bien craindre le rhume et s’habiller de flanelle. M. Bruneau sera expliqué, Trois-Pattes aussi, tous deux abondamment. Ils sont le torse même de la poupée, et notre faible pour la mutilation ne peut aller jusqu’à supprimer le corps de l’action pour en servir seulement les abattis.
Mais la comtesse Corona, cette fillette de Sartène, avec ses grands cheveux ébouriffés autour d’un maigre visage et ses yeux énormes sous la ligne nette et fine de ses sourcils noirs; Fanchette, la petite sauvage qui porta la première parole de Julie à André, au péril de sa vie; Fanchette, le dernier amour du bandit ossifié et déjà défunt; Fanchette, l’ennemie de Toulonnais-l’Amitié, que nous vîmes un jour opérer ce miracle enfantin: la résurrection d’André Maynotte…