Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
Qu’était-elle? D’où venait cet attrait instinctif et profond pour André, attrait né avec elle-même en quelque sorte et qui n’empêchait point une passion tout autre de lui emplir, de lui briser le cœur? Que faisait-elle à Paris, enveloppée par la criminelle association dont ses souillures semblaient ne la point atteindre? Quel rôle jouait-elle? Était-elle un agent du mal, sans le savoir? Neutralisait-elle, au contraire, dans la mesure de ses forces, le pouvoir occulte qui l’entourait?…
Parfois, ces filles aux ardeurs méridionales ont en elles une réponse aux questions les plus diverses. Leur sang bout; il y a du feu dans leurs veines.
L’histoire ne dit pas cela. Elle est plus éloignée encore de le nier. L’histoire montre une étrange, une belle créature qui passe, comme je laisse passer la princesse Corona dans ces pages. La femme légitime d’un bandit, du plus abandonné de tous les bandits, convives de cette ténébreuse Table ronde, le plus vicieux, le plus misérable, parce qu’il était tombé de plus haut; la comtesse était cela. Pourquoi? Comment cette fillette hardie et presque héroïque avait-elle donné sa main au valet de Toulonnais-l’Amitié qu’elle mettait si audacieusement sous ses pieds? À l’époque où notre petite Fanchette devint une admirable femme, le comte Corona était jeune encore et très beau. Il ne reculait devant rien. Et M. Lecoq avait plus d’un talent.
Il y eut un système de perdition, organisé savamment. Fanchette n’avait ni famille ni conseils. Quand elle retrouva le seul homme vers qui son cœur d’enfant se fût élancé avec force, elle était la comtesse Corona.
Plus tard, on jouait chez elle, et Michel, adolescent… mais que nous importe? Le hasard a ses lamentables victimes. Laissons un lambeau de voile à cette fière et mélancolique beauté.
C’était une nuit d’équinoxe, chaude mais tourmentée. De grands nuages rapides passaient sur la lune qui allait élargissant à l’horizon son disque, entamé par le déclin. L’aube n’était pas loin, et cependant l’obscurité devenait de plus en plus complète.
La partie du chemin des Amoureux, classée sous le nom de rue du Haut-Moulin, avait deux ou trois lanternes, mais toute lumière cessait au bout d’une cinquantaine de pas, et la ruelle sombre courait alors en zigzag entre les chantiers. Ce fut de ce côté que M. Bruneau et la comtesse Corona se dirigèrent. La ruelle était déserte comme les rues environnantes. À cette heure qui précède immédiatement son réveil, Paris est une silencieuse solitude.
M. Bruneau et la comtesse Corona marchèrent un instant côte à côte sans se parler; dans l’ombre épaisse où ils allaient s’enfonçant, la robuste taille du Normand perdait son apparence pacifique et lourde pour prendre une hardiesse cavalière. Sa tête se portait haut et sa poitrine semblait élargie.
– Vous êtes jeune, dit, le premier, Bruneau. La France n’a rien qui puisse vous retenir. Le monde est grand.
– J’ai songé à cela, répliqua la comtesse avec une tristesse si morne que son compagnon eut froid dans le cœur.
– Nous trouverons bien un endroit où vous serez heureuse, dit-il pourtant.
– Heureuse! répéta-t-elle.
M. Bruneau, qui lui tendait la main, y sentit tomber une larme… Elle dit:
– Je n’ai plus la force de vivre et j’ai peur de mourir.
Ses deux mains froides étaient dans celles de M. Bruneau. Elle reprit d’un accent étrange:
– André Maynotte, l’heure qui approche, et qui va vous venger, vous donne-t-elle beaucoup de joie?
– Voilà bien des années que je l’attends, murmura son compagnon, dont la tête, malgré lui, s’inclina.
– Vous êtes triste, dit-elle encore. Je comprends cela. Votre amour est plus fort que votre haine.
Puis, avec une soudaine explosion de pleurs:
– Je ne sais même pas si j’ai eu jamais la pureté des enfants. Le démon habitait ce grand château dont le souvenir me poursuit. Je doute de mon père et je doute de cette pauvre femme que je vois toujours agenouillée: ma mère. Ils étaient là-dedans. Ils sont morts là-dedans. Je ne peux pas songer à mes premiers jeux sans que la perversité même se dresse devant moi sous les traits de Toulonnais. Et ce vieillard qui m’aimait, le seul peut-être qui m’ait aimée, mon aïeul… Puis-je me réfugier dans son souvenir?
– Rien n’entame le diamant, dit André Maynotte qui l’attira contre sa poitrine en un baiser paternel. Vous avez gardé votre cœur, Fanchette.
Elle se dégagea d’un brusque mouvement et son rire sec éclata dans la nuit.
– Mon cœur! fit-elle avec une amertume profonde. Ma plaie où tous ont retourné le couteau! ceux que je déteste et ceux que j’aime! Vous allez vous venger, vous, André; moi, je n’ai même pas la vengeance. Vous avez été deux fois mon malheur et je donnerais tout mon sang pour vous!… Est-ce que je puis les haïr, s’interrompit-elle, ces deux femmes, mes rivales? Car j’ai été vaincue deux fois, près du père, près du fils… et c’est justice! Quel bonheur puis-je donner, moi qui suis le malheur? Je ne peux pas les haïr, puisque vous les aimez. Je suis ainsi: j’ai la dévotion et le dévouement du bandit. Je ressemble aux assassins de mon pays qui font l’aumône!
– C’est vrai, dit André gravement, vous m’avez fait l’aumône, madame.
Elle lui jeta ses deux bras autour du cou et s’y tint suspendue.
– Je ne vous reproche rien! s’écria-t-elle. Je suis à vous, c’était ma destinée. Mon âme d’enfant s’élança vers vous. Je fus jalouse de Giovanna dès le premier jour. Et qu’elle était belle dans ses larmes! Mais l’amour eût fait de moi un bon cœur, André, je le jure. Si vous saviez quels sont mes rêves quand je me demande ce qui se peut donner à l’homme adoré!
«Laissez-moi dire! Qui sait si vous m’écouterez deux fois désormais? Il semble que je souffrirai moins quand j’aurai confessé ma souffrance. J’ignorais qu’il était votre fils, mais je vous aimais en lui. C’est la vérité! je vous reconnus. Pourquoi m’envoyâtes-vous à cette mort, André? N’avais-je pas assez d’un martyre? C’était vous plus jeune, plus beau et libre…
«Car il ne l’aimait peut-être pas encore, cette jeune fille. C’est elle qui a forcé son amour par la puissance même du sien. Je ne la hais pas: elle a ce que je ne puis donner à mon Michel… Mon Michel! ma folie! pourquoi m’avez-vous jetée en proie à ce lion, plus timide et plus doux qu’un agneau? Il vous fallait un œil ouvert sur lui! charge-t-on le salpêtre de surveiller la flamme? Je l’aimai mille fois plus que vous… Non! mais autrement, plus ardemment, plus follement, avec mon âge brûlant, avec ma triste science; je l’entourai de séduction; je tombai jusqu’à ce point d’être un jour la complice de Lecoq qui, lui aussi, l’entraînait vers l’abîme. Je me disais: je serai sur le bord et je le sauverai… ou bien il m’entraînera!
Elle tremblait dans les bras d’André, qui déposa un froid baiser sur son front. Au contact de ces lèvres glacées, elle se dégagea d’un effort violent.
– Vous ne me maudissez pas, dit-elle, blessée dans la misère de son cœur, parce que vous me savez dédaignée. Il ne faut pas me braver. André! en Corse, les femmes poignardent.
Ils arrivaient au coin de la rue de Crussol. La lueur d’un lointain réverbère éclairait vaguement les traits bouleversés de la comtesse. André la regardait avec admiration, car elle était ainsi merveilleusement belle.
– Dieu vous a fait une famille, madame, dit-il. Je suis votre père, et il est votre frère.