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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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— Il m’est venu une idée à ce propos, dit Cuthbert. Faut que j’y cogite encore un peu. Je suis sûr que Roland pourrait nous aider… si l’un de nous arrive à capter son attention quelques minutes, évidemment.

Là-dessus, ils restèrent assis un moment sans parler, le regard tourné vers la cour d’entrée. À l’intérieur du baraquement, les pigeons — autre pomme de discorde entre Roland et Bert, ces jours — roucoulaient à qui mieux mieux. Alain se roula une cigarette. Ce fut laborieux et, si le produit fini était plutôt cocasse, le tabac ne s’éparpilla pas quand il l’alluma.

— Ton père te fouetterait jusqu’au sang s’il te voyait avec ça dans les mains, observa Cuthbert avec une certaine admiration.

Quand la Chasseresse reviendrait l’année prochaine, tous trois seraient des fumeurs invétérés, de jeunes hommes à la peau tannée qui auraient presque entièrement perdu leur regard d’enfant.

Alain opina. Le tabac brun et fort du Croissant Extérieur lui faisait tourner la tête et lui râpait la gorge, mais une cigarette avait le don de lui apaiser les nerfs et, pour l’heure, ses nerfs réclamaient ce genre de calmant. Il ignorait si Bert était comme lui, mais, ces jours, il flairait le sang dans le vent. Il était possible que le leur coulât. Alain n’était pas à proprement parler terrorisé — pas encore, du moins — mais très, très inquiet.

4

Bien qu’on les ait dressés comme des faucons au maniement des armes à feu depuis leur plus tendre enfance, Cuthbert et Alain trimbalaient une conviction erronée, courante chez de nombreux garçons de leur âge : à savoir que leurs aînés les surpassaient de cent coudées, du moins quand il s’agissait de tirer des plans et de faire preuve de finesse d’esprit ; ils étaient pour de bon persuadés que les adultes savaient ce qu’ils faisaient. Si Roland, lui, malgré son mal d’amour, était plus au fait, ses amis avaient oublié que dans une partie de Castels, les deux camps avaient les yeux bandés. Ils auraient été surpris d’apprendre que les trois jeunes gens du Monde de l’Intérieur provoquaient une nervosité extrême chez au moins deux des Grands Chasseurs du Cercueil, extrêmement lassés du jeu attentiste auquel se livraient les deux camps.

Un matin de bonne heure, alors que la Chasseresse approchait de sa demie, Reynolds et Depape descendirent ensemble du premier étage du Repos des Voyageurs. La salle principale était plongée dans un silence uniquement troublé par des ronflements et autres sifflements gras. Dans le bar le plus animé d’Hambry, la fête était terminée jusqu’au soir suivant.

Jonas, installé en compagnie d’un hôte muet à la table de Coraline, jouait à la Patience des Chanceliers. Il se trouvait à gauche des portes battantes du saloon. Il portait son cache-poussière et la respiration se condensait légèrement chaque fois qu’il se penchait sur ses cartes. Il ne faisait pas encore assez froid pour qu’il gèle, mais les gelées étaient pour bientôt. L’air glacial ne permettait d’entretenir aucun doute là-dessus.

Le souffle de son hôte fumait aussi. L’ossature squelettique de Kimba Rimer était quasiment enfouie sous un poncho gris qu’éclairaient d’indistinctes rayures orange. Tous deux allaient parler affaires quand Roy et Clay (Guignon et Gnafrol, songea Rimer) rappliquèrent, ayant apparemment fini de labourer et de biner dans les logettes du premier pour cette nuit.

— Eldred, fit Reynolds. Puis : Sai Rimer.

Rimer le salua de la tête, son regard glissant avec un léger dégoût de Reynolds à Depape.

— Que vos journées soient longues et vos nuits plaisantes, Messires.

Le monde avait changé, certes, songea-t-il. Retrouver des goujats de si basse extraction tels que ces deux-là dans une position aussi éminente en fournissait la preuve. Jonas lui-même se hissait à peine au-dessus.

— On pourrait te dire un mot, Eldred ? demanda Clay Reynolds. Moi et Roy, on a eu une petite discussion…

— Mauvaise idée, laissa tomber Jonas de sa voix chevrotante.

Rimer ne serait aucunement surpris de découvrir à la fin de sa vie que l’Ange de la Mort avait une voix semblable.

— Parler peut faire penser, et penser, c’est dangereux pour des gars comme vous. Comme se curer le nez avec la pointe d’une balle.

Depape partit de son satané rire hi-han-ant, comme s’il n’avait pas compris que la vanne le visait.

— Écoute, Jonas, commença Reynolds, avant de regarder Rimer avec incertitude.

— Vous pouvez parler devant sai Rimer, fit Jonas, alignant une nouvelle rangée de cartes. Après tout, c’est notre principal patron. Je joue à la Patience des Chanceliers en son honneur, si fait.

Reynolds ne cacha pas sa surprise.

— Je pensais… c’est-à-dire, je croyais que c’était le Maire Thorin…

— Hart Thorin ne veut rien savoir des détails de notre accord avec l’Homme de Bien, fit Rimer. Une part des profits est tout ce qu’il réclame, Messire Reynolds. Le principal souci du Maire pour l’heure, c’est que le Jour de la Fête de la Moisson se déroule sans heurt et que ses dispositions avec la jeune dame puissent… aboutir sans heurt à sa consommation.

— Si fait, voilà qui est fort diplomatiquement tourné, dit Jonas, adoptant pour la circonstance un fort accent de Mejis. Mais puisque Roy me paraît un peu perplexe, je vais traduire. Le Maire Thorin, ces jours, passe le plus clair de son temps aux cagoinces à s’astiquer la zigounette en rêvant que son poing est la boîte à ouvrage de Susan Delgado. Je suis prêt à parier que lorsque l’huître sera enfin ouverte et la perle à sa portée, il la péchera même pas — son cœur va exploser sous l’excitation, et il tombera raide mort sur elle. Si fait. Ouair !

Nouveaux braiments de rire chez Depape, qui flanqua un coup de coude à Reynolds.

— Hein, Clay, qu’il s’y est mis ? On dirait qu’il est du coin !

Reynolds grimaça un sourire, mais ses yeux restèrent soucieux. Rimer eut un rictus aussi mince qu’une couche de glace en novembre et désigna le sept qui venait juste de surgir du paquet.

— Rouge sur noir, mon cher Jonas.

— Je suis votre cher rien du tout, le corrigea Jonas, posant le sept de carreau sur le huit d’ombre. Vous feriez mieux de vous en souvenir.

Puis, se tournant vers Reynolds et Depape :

— Bon, vous voulez quoi, les gars ? Moi et Rimer, on allait tenir une petite palabre.

— Peut-être qu’on pourrait mettre toutes nos têtes ensemble, dit Reynolds en posant la main sur le dossier d’une chaise. Histoire de voir si on est du même avis.

— Je crois que non, fit Jonas, rassemblant ses cartes d’un revers de main.

Il avait l’air agacé, aussi Clay Reynolds retira-t-il prestement sa main du dossier.

— Dites ce que vous avez à dire, qu’on en finisse. Il se fait tard.

— On se disait qu’il était temps qu’on se rende là-bas au Bar K, fit Depape. Histoire de jeter un coup d’œil et de voir si on trouve quelque chose pour étayer les dires du vieux schnock de Ritzy.

— Et voir aussi ce qu’ils ont d’autre là-bas, renchérit Reynolds. Ça se rapproche, Eldred, et on peut pas se permettre de prendre des risques. Ils pourraient avoir…

— Si fait ? Des flingues ? Des lampes électriques ? Des fées dans des bouteilles ? Qui sait ? J’vais y réfléchir, Clay.

— Mais…

— Je te dis que je vais y réfléchir. En attendant, tous les deux, montez retrouver vos fées à vous.

Reynolds et Depape le dévisagèrent, puis, après avoir échangé un coup d’œil, s’éloignèrent de la table. Rimer les observait, un très léger sourire aux lèvres.

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