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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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Au pied de l’escalier, Reynolds se retourna. Jonas s’arrêta de mélanger les cartes et leva les yeux vers lui, haussant ses sourcils touffus.

— On les a sous-estimés une fois déjà et ils nous ont tournés en bourrique devant tout le monde. Je veux pas que ça se reproduise. C’est tout.

— Ça te fait encore mal au cul, hein ? Eh bien, à moi aussi, figure-toi. Et je te le répète, ils nous le paieront. J’ai l’ardoise toute prête et, au moment venu, je la leur présenterai, avec les intérêts dûment calculés. En attendant, je vais pas les laisser me foutre la frousse pour m’obliger à faire le premier pas. Le temps est de notre côté, pas du leur. Tu comprends ça ?

— Oui.

— Tu veux bien essayer de t’en souvenir ?

— Oui, répéta Reynolds, qui eut l’air satisfait.

— Et toi, Roy ? J’ai ta confiance ?

— Si fait, Eldred. La plus totale.

Jonas l’avait félicité pour le boulot qu’il avait fait à Ritzy et Depape s’était vautré dans ces louanges comme un mâtin en chaleur dans l’odeur d’une chienne.

— Alors, montez tous les deux et laissez-moi palabrer avec le patron, pour qu’on en finisse. Je suis trop vieux pour veiller si tard.

Après leur départ, Jonas aligna une nouvelle rangée de cartes, puis regarda la pièce qui l’entourait. Il y avait à tout casser une dizaine de pékins, y compris Sheb le pianiste et Barkie le videur, qui cuvaient leur vin. Aucun n’était assez près pour surprendre le conciliabule des deux hommes près de la porte, même si l’un des poivrots ronflant comme un perdu simulait pour une raison x le sommeil. Jonas posa une reine rouge sur un cavalier noir, puis releva les yeux vers Rimer.

— Dites ce que vous avez à dire.

— Vos deux lascars l’ont dit à ma place, en fait. Sai Depape ne sera jamais embarrassé d’un surcroît de cervelle, mais Reynolds est joliment futé pour un flingueur, non ?

— Clay assure quand il est bien luné et qu’il s’est donné un coup de rasoir, acquiesça Jonas. Est-ce à dire que vous vous êtes déplacé de Front de Mer pour me suggérer d’observer de plus près ces trois enfançons ?

Rimer haussa les épaules.

— Ça s’impose peut-être, et, dans ce cas, c’est à moi de m’en charger, vrai. Mais qu’y a-t-il à découvrir ?

— Ça reste à voir, fit Rimer qui ajouta, tapotant l’une des cartes de Jonas : « Chancelier ».

— Si fait. Presque aussi moche que celui assis à ma table.

Jonas posa le Chancelier — c’était Paul — au-dessus du jeu. Le tirage suivant lui donna Luc, qu’il posa près de Paul. Ce qui laissait Matthieu et Pierre encore dans la nature. Jonas fixa Rimer d’un air entendu.

— Vous cachez mieux votre jeu que mes petits camarades, mais vous êtes aussi nerveux qu’eux, au fond. Vous voulez savoir ce qu’il y a dans ce baraquement ? Je vais vous le dire : des bottes de rechange, des portraits de leurs chères mamans, des chaussettes qui puent au plus haut des cieux, les draps amidonnés de sperme de garçons à qui on a appris que courir après les moutons, c’était bon pour les classes inférieures… et enfin des flingues cachés quelque part. Sous les lattes du plancher, plus que probable.

— Vous pensez vraiment qu’ils sont armés ?

— Si fait, Roy en a obtenu l’assurance, et comment. Ils sont de Gilead et descendent de l’Aîné ou d’une lignée qui se raconte qu’elle en descend et probable qu’ils sont des apprentis qu’on a expédiés ici avec des flingues qu’ils ont pas encore mérités. Je me pose des questions sur l’échalas qui se trimballe avec son air « rien à foutre » — il se pourrait bien qu’il soit déjà un pistolero, je suppose, mais est-ce vraisemblable ? Je crois pas. Et même si c’est le cas, je pourrais me le faire à la loyale. Je le sais et lui aussi le sait.

— Alors, pourquoi les a-t-on envoyés ici ?

— En tout cas pas parce que ceux des Baronnies Intérieures vous soupçonnent de trahison, sai Rimer — soyez tranquille là-dessus.

La tête de Rimer jaillit de son poncho quand il se redressa sur son siège et son visage se durcit.

— Comment osez-vous m’appeler traître ? D’où vous vient cette audace ?

Eldred Jonas gratifia le Ministre de l’Inventaire d’Hambry d’un sourire fort déplaisant. Il fit ressembler le vieillard à cheveux blancs à un carcajou.

— J’ai toujours appelé les choses par leur nom toute ma vie, ce n’est pas maintenant que je vais changer. Tout ce qui doit vous importer, c’est que je n’ai jamais doublé qui m’emploie.

— Si je ne croyais point à la cause de…

— Au diable ce que vous croyez ou pas ! Il est tard et je veux aller rejoindre mon lit. Les habitants de Nouvelle Canaan et de Gilead n’ont même pas une vague idée de ce qui se passe, ou ne se passe pas, ici sur le Croissant ; ils sont pas nombreux à être venus faire un tour dans le coin, je gagerais. Y sont bien trop occupés à essayer d’empêcher que tout s’écroule autour d’eux pour voyager beaucoup, ces jours. Non, tout ce qu’ils savent vient des livres d’images qu’on leur a lus quand ils étaient petits : des cow-boys qui galopent joyeusement après le bétail, des pêcheurs qui remontent joyeusement des poissons d’une taille monstrueuse dans leur bateau, des autochtones qui se pressent aux baptêmes des écuries et boivent de grandes chopes de graf au pavillon du Cœur Vert. Au nom de l’homme appelé Jésus, Rimer, venez pas me mettre la pression — je veille au grain tous les jours que les dieux font.

— Donc, pour eux, Mejis est un havre de paix et de sécurité.

— Si fait, plein de splendeur bucolique, c’est comme ça, y a pas à tortiller. Ils savent aussi que leur mode de vie — noblesse, chevalerie, culte des ancêtres et tout, et tout — est la proie des flammes. L’affrontement final peut bien avoir lieu à deux cents roues au nord-ouest de leurs confins, quand Farson lancera ses chariots de feu et ses robots pour anéantir leur armée, les troubles gagneront rapidement le Sud. Il y a des habitants des Baronnies Intérieures qui ont senti venir la chose depuis une bonne vingtaine d’années. Ils n’ont pas envoyé ces gamins par ici pour découvrir vos petits secrets, Rimer ; des gens comme eux n’envoient pas leurs enfançons à dessein en première ligne. Ils les ont expédiés ici pour les mettre à l’abri, c’est tout. Ça ne les rend pas stupides ou aveugles pour autant, mais, au nom des dieux, sachons raison garder. Ce ne sont que des moutards.

— Que découvririez-vous d’autre si jamais vous alliez là-bas ?

— Peut-être un système de messagerie. Un héliographe, probablement. Et puis, au-delà de Verrou Canyon, un berger ou un petit propriétaire susceptible d’être acheté — quelqu’un qu’ils ont entraîné à recevoir ou à transmettre par miroir les messages ou bien encore qui les porte à pied. Mais d’ici peu, il sera trop tard pour que ces messages aient un effet bénéfique, n’est-ce pas ?

— Peut-être, mais il n’est point encore trop tard. Et vous avez raison, moutards ou pas, ils me causent du tracas.

— Sans raison, je vous le répète. Bientôt, je serai riche et votre fortune sera faite. Vous pourrez même être Maire, si ça vous chante. Qui pourrait vous en empêcher ? Thorin ? Vous voulez rire. Coraline ? Elle vous aiderait à le pendre, j’intuite. Ou peut-être vous plairait-il mieux de devenir Baron, si jamais de tels titres étaient remis en vigueur ?

Jonas, voyant s’allumer une lueur dans l’œil de Rimer, éclata de rire. Il tira Matthieu du paquet et le posa près des autres Chanceliers.

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