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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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— Ouair, je vois que c’est à quoi votre cœur prétend. Les diamants c’est bien, l’or deux fois mieux, mais rien ne vaut d’avoir les autres qui vous saluent bien bas et rampent à vos pieds, hein ?

— Ils auraient dû s’attaquer au secteur cow-boy à présent.

Les mains de Jonas s’immobilisèrent au-dessus de sa réussite. La même idée lui avait traversé l’esprit plutôt deux fois qu’une, en particulier depuis les quinze derniers jours.

— À votre avis, combien de temps cela prend-il pour compter nos filets et nos bateaux et établir un barème des produits de la pêche ? demanda Rimer. Ils devraient déjà être sur l’Aplomb à compter vaches et chevaux, à visiter écuries et étables, à étudier les barèmes des poulains. Ils devraient avoir commencé depuis deux semaines, en fait. À moins qu’ils ne sachent déjà ce qu’ils découvriront.

Jonas comprit ce que Rimer sous-entendait par là, sans pouvoir le croire. Sans vouloir le croire. Pas un tel degré de dissimulation chez des gamins qui ne se rasaient qu’une fois par semaine.

— Non, dit-il. C’est juste votre culpabilité qui vous souffle ça à l’oreille. Ils sont simplement si déterminés à faire bien les choses qu’ils lambinent pire que de vieux bonshommes à vue basse. Nous ne les verrons que trop tôt sur l’Aplomb à compter tout leur soûl.

— Et si nous ne les y voyons point ?

Bonne question. On trouverait un moyen ou un autre de s’en débarrasser, supposait Jonas. En leur tendant une embuscade, pourquoi pas ? Trois coups de feu incognito, et salut les enfançons. Bien sûr, ça serait mal vu — on les aimait bien en ville, ces garçons —, mais Rimer pourrait veiller au grain jusqu’au Jour de Fête, et après la Moisson, ça n’aurait plus d’importance. Encore que…

— Je vais aller jeter un coup d’œil au Bar K, dit enfin Jonas. J’irai seul, pas besoin d’avoir Clay et Roy à la traîne.

— Ça me paraît une bonne chose.

— Peut-être que ça vous dirait de venir et de me donner un coup de main.

Kimba Rimer ne se départit pas de son sourire glacial.

— Je ne crois pas.

Jonas s’inclina et se remit à donner les cartes. Se rendre au Bar K serait un peu risqué, mais il n’envisageait pas de vrai problème pour autant — en particulier, s’il y allait seul. Ce n’étaient que des gamins, après tout, et en vadrouille, la plupart du temps.

— Quand puis-je espérer un compte rendu, sai Jonas ?

— Quand je serai prêt à le faire. Ne me gonflez pas.

Rimer leva ses mains décharnées, paumes en avant, vers Jonas.

— J’implore votre pardon, sai, dit-il.

Jonas opina, légèrement radouci. Il retourna une autre carte. C’était Pierre, Chancelier des Clés. Il ajouta la carte à la rangée du haut qu’il fixa, peignant sa longue crinière blanche avec ses doigts. Il releva les yeux vers Rimer, qui lui rendit son regard en haussant le sourcil.

— Vous avez le sourire, dit Rimer.

— Ouair ! fit Jonas, se remettant à distribuer les cartes. Je nage en plein bonheur ! Tous les Chanceliers sont sortis. Je vais remporter la partie, je crois bien.

5

Pour Rhéa, la période de la Chasseresse avait été marquée par la frustration et l’insatisfaction. Ses plans étaient allés à vau-l’eau et grâce au bond si malencontreux de son chat, elle ne savait ni comment ni pourquoi. Le jeune goujat qui avait cueilli la fleur de Susan Delgado l’avait apparemment empêchée de se cisailler la tignasse… mais comment avait-il fait ? Et qui était-il en réalité ? Elle se le demandait de plus en plus, mais sa curiosité cédait le pas devant sa fureur. Rhéa du Cöos n’avait pas l’habitude de se voir contrecarrée.

Elle regarda à travers la pièce le coin où se tapissait Moisi, qui ne la quittait pas des yeux. En temps ordinaire, il se serait vautré dans l’âtre (semblant apprécier les courants d’air frais qui tourbillonnaient dans le conduit de la cheminée), mais depuis qu’elle lui avait roussi le poil, Moisi préférait le tas de bois. Étant donné l’humeur massacrante de Rhéa, c’était probablement une sage décision.

— Tu as de la chance que je t’aie laissé la vie, nécromant, grommela la vieille.

Se retournant vers la boule, elle se mit à effectuer des passes au-dessus, mais le cristal persista à n’offrir qu’un brillant tournoiement de lumière rose — sans montrer une seule image. Rhéa finit par se lever, gagna la porte, l’ouvrit à la volée et leva les yeux vers le ciel nocturne. La lune à présent était légèrement décroissante et la Chasseresse se dessinait clairement sur sa face. Rhéa adressa le torrent d’obscénités dont elle n’osait abreuver le cristal (qui savait quelle entité pouvait secrètement l’habiter, n’attendant que de prendre ombrage d’un tel débordement de langage ?) à la femme dans la lune. À deux reprises, elle frappa de son vieux poing osseux le linteau de la porte tout en jurant, convoquant tous les gros mots auxquels elle pouvait penser, et jusqu’aux noms d’oiseau pipi-caca que les enfants se lancent à la tête dans les cours de récréation. Elle n’avait jamais été dans une colère pareille. Elle avait donné un ordre à cette fille et, pour une raison ou une autre, elle lui avait désobéi. Pour s’être dressée contre Rhéa du Cöos, cette garce méritait la mort.

— Mais pas tout de suite, murmura la vieille femme. D’abord, il faut qu’elle soit roulée dans la fange, qu’on lui pisse dessus jusqu’à ce que cette fange devienne de la boue et que ses beaux cheveux blonds trempent dedans. Qu’elle soit humiliée… blessée… qu’on lui crache au visage.

Elle cogna à nouveau du poing le montant de la porte ; cette fois, du sang jaillit de ses phalanges. Il n’y avait pas que l’échec à faire obéir la jeune fille à son injonction hypnotique. Il y avait aussi autre chose qui s’y trouvait lié, tout en étant plus grave : Rhéa était maintenant trop chamboulée pour se servir du cristal, sauf à de brefs moments imprévisibles. Les passes manuelles qu’elle faisait au-dessus de la boule et les incantations qu’elle lui marmonnait étaient en pure perte, elle le savait ; mots et gestes n’étaient que le moyen de concentrer sa volonté. C’était à cela que le cristal réagissait — à la volonté et à la concentration. Et voilà que maintenant, par le truchement d’une traînée et de son gamin d’amant, Rhéa était trop furieuse pour rassembler sans à-coups la concentration nécessaire afin de dissiper le brouillard rose qui tourbillonnait dans le cristal. Elle était en fait trop en colère pour y voir.

— Comment le faire redevenir comme avant ? demanda Rhéa à la femme qu’elle entrevoyait dans la lune. Dis-le-moi, toi ! Dis-le-moi !

Mais la Chasseresse ne lui dit rien et Rhéa finit par rentrer, suçotant ses phalanges sanguinolentes.

Moisi, la voyant venir, se faufila dans l’étroit espace entre le tas de bois et la cheminée.

CHAPITRE 2

La fille à sa fenêtre

1

Maintenant, la Chasseresse avait « le ventre plein », comme disaient les anciens — même à midi, on pouvait la distinguer dans le ciel, blême vampiresse surprise par le lumineux soleil d’automne. Devant des établissements tel le Repos des Voyageurs et sur les vérandas des maisons de maître de ranches aussi importants que le Rocking B de Lengyll ou le Lazy Susan de Renfrew, des pantins à tête de paille revêtus de vieilles salopettes commencèrent à faire leur apparition. Chacun était coiffé d’un sombrero et tenait un panier de denrées au creux de son bras ; chacun regardait le monde qui se vidait de ses yeux blancs brodés au point de croix.

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