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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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Ils utilisèrent Sheemie une demi-douzaine de fois au cours des cinq semaines où leur passion charnelle les consuma au plus haut degré — trois fois pour prendre rendez-vous, deux pour changer de lieu de rendez-vous et une pour en annuler un quand Susan repéra des cavaliers du Piano Ranch à la poursuite de bêtes égarées près de la bicoque de la Mauvaise Herbe.

Si la voix profonde ne mit jamais Roland en garde contre Sheemie ou contre les dangers de la pierre rouge… celle de sa conscience lui parla, et quand il mentionna le fait à Susan (alors que tous deux, enveloppés d’une couverture de selle, reposaient nus dans les bras l’un de l’autre), il découvrit que la conscience de cette dernière ne l’avait pas non plus laissée en repos. Il n’était pas juste d’impliquer ce garçon dans leurs tracas éventuels. Une fois arrivés à cette conclusion, Roland et Susan organisèrent leurs rendez-vous sans intermédiaire. Si elle était dans l’impossibilité d’aller le retrouver, lui dit Susan, elle étendrait une casaque rouge à sa fenêtre, comme pour la mettre à sécher. Si c’était lui qui ne pouvait pas, il n’aurait qu’à laisser une pierre blanche au coin nord-est de la cour — à l’opposé en diagonale du Relais & Sellerie Hookey — où se trouvait la pompe municipale. En dernier recours, ils utiliseraient la pierre rouge du pavillon, quel que soit le risque, plutôt que de mêler Sheemie à leurs affaires — amoureuses — à nouveau.

Cuthbert et Alain assistèrent à la chute de Roland dans son assuétude, d’abord avec incrédulité, envie et un amusement gêné, puis avec une sorte d’horreur muette. Envoyés ici soi-disant pour garantir leur sécurité, ils avaient découvert que s’y tramait une conspiration ; ils étaient venus effectuer un recensement dans une Baronnie où apparemment la majeure part de l’aristocratie avait transféré son allégeance à l’ennemi déclaré de l’Affiliation ; ils s’étaient fait des ennemis personnels de trois durs à cuire ayant probablement tué de quoi peupler un cimetière de bonne taille. Cependant, ils s’étaient sentis à la hauteur de la situation, parce qu’ils étaient venus ici sous la houlette de leur ami, auréolé dans leur esprit d’un statut quasi mythique pour l’avoir emporté sur Cort — avec un faucon pour arme ! — et être devenu ainsi pistolero à l’âge inouï de quatorze ans. Qu’eux-mêmes aient été munis d’armes à feu pour cette mission avait revêtu une grande signification à leur départ de Gilead et plus aucune dès qu’ils avaient commencé à saisir l’envergure de ce qui se jouait à Hambry-ville et dans la Baronnie dont elle faisait partie. Dès cette prise de conscience, Roland fut l’arme sur laquelle ils comptèrent. Et maintenant…

— Il est comme un revolver jeté à l’eau ! s’exclama Cuthbert, un soir que Roland venait de partir retrouver Susan à cheval.

Au-delà du porche du baraquement, la Chasseresse dans son premier quartier montait au ciel.

— Les dieux seuls savent s’il pourra tirer à nouveau, même si on le repêche et si on le sèche.

— Chut, attends, fit Alain, fixant la balustrade du porche.

Espérant égayer la mauvaise humeur de Cuthbert (tâche des plus aisées en temps ordinaire), Alain lança :

— Où est passée la vigie ? Partie se coucher avec les poules pour une fois ?

Ce qui contribua à augmenter l’irritation de Cuthbert. Cela faisait plusieurs jours qu’il n’avait pas jeté les yeux sur le crâne de corneille — combien, il n’aurait su le dire exactement — mais il interprétait sa perte comme un mauvais présage.

— Partie, mais pas se coucher, répliqua-t-il.

Il jeta un regard sinistre en direction de l’ouest, où Roland avait disparu, monté sur son étrange et vieux canasson.

— Je l’ai perdue, je suppose. Comme certain individu a perdu esprit, cœur et bon sens.

— Ça lui passera, dit Alain maladroitement. Tu le connais aussi bien que moi, Bert — on le connaît depuis toujours. Ça lui passera.

Tranquillement, sans nulle trace de sa bonne humeur coutumière, Cuthbert répondit :

— Je n’ai pas l’impression de le connaître en ce moment.

Chacun à sa manière, tous deux avaient tenté de parler à Roland et s’étaient attiré la même réponse — à savoir, pas de véritable réponse. Le regard rêveur, distrait (et peut-être légèrement troublé) de Roland au cours de ces échanges à sens unique n’aurait pas surpris quelqu’un tâchant de raisonner un drogué. Ce regard ne révélait que trop que Roland avait l’esprit préoccupé par Susan, la forme de son visage, l’odeur de sa peau, le contact de son corps. Préoccupé était un adjectif faible, tombant un peu à côté. Car cela n’avait rien d’une préoccupation et tout d’une obsession.

— Je la déteste un peu pour ce qu’elle a fait, dit Cuthbert.

Alain décela dans son ton une nuance qu’il n’y avait jamais entendue — nuance où se mêlaient jalousie, frustration et peur.

— Et peut-être plus qu’un peu.

— Il ne faut pas !

Alain essaya de ne pas paraître choqué mais ne put s’en défendre.

— Elle n’est pas responsable de…

— Ah non ? Elle est allée à Citgo avec lui. Elle a vu ce qu’il a vu. Les dieux savent ce qu’il lui a dit d’autre, une fois qu’ils ont eu fait la bête à deux dos. Et elle est tout au monde sauf crétine. Rien que la façon dont elle a conduit l’affaire de son côté le prouve.

Bert faisait référence, devina Alain, à sa petite astuce de la corvette.

— Elle doit savoir qu’elle est devenue elle-même une partie du problème. Elle doit bien savoir ça !

À présent, son amertume se faisait jour d’une façon effrayante. Il est jaloux d’elle car il l’accuse de lui avoir volé son meilleur ami, songea Alain, mais ça ne s’arrête pas là. Il est aussi jaloux de son meilleur ami car il a obtenu les faveurs de la plus belle fille que nous ayons jamais vue.

Alain se pencha et prit Cuthbert par l’épaule. Quand ce dernier daigna se détourner de sa morose contemplation de la cour pour regarder son ami, la sévérité qui imprégnait le visage d’Alain le frappa.

— C’est le ka, dit Alain.

Cuthbert ricana à moitié.

— Si j’avais dîné chaud chaque fois que quelqu’un a attribué au ka le moindre larcin ou béguin, ou autre niaiserie de ce calibre…

Alain accentua sa poigne jusqu’à la douleur. Cuthbert aurait pu s’en délivrer, mais n’en fit rien. Il observa attentivement Alain. Le plaisantin avait plié bagage, temporairement du moins.

— On peut difficilement se payer le luxe de blâmer qui que ce soit, tous les deux, dit Alain. Tu ne vois pas ça ? Et si jamais c’est le ka qui les a emportés, blâmer est inutile. On ne peut porter aucun blâme. Il faut voir plus haut. On a besoin de lui. Et il se peut qu’on ait besoin d’elle, également.

Cuthbert fixa Alain au fond des yeux pendant une éternité, sembla-t-il. Alain vit qu’en Bert la colère le disputait au bon sens. Enfin (et seulement peut-être pour l’instant présent), son bon sens l’emporta.

— D’accord, parfait. C’est le ka, le bouc émissaire favori de tout un chacun. Le monde de l’invisible est fait pour ça, après tout, n’est-ce pas ? Pour qu’aucun de nos agissements stupides ne nous soit reproché ? Tu veux bien me lâcher maintenant, Al, avant que tu me brises l’épaule.

Alain obtempéra et se rassit dans son rocking-chair avec soulagement.

— Si on savait seulement quoi faire avec l'Aplomb. Si on commence pas bientôt à compter par là-bas…

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