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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Yus’sur braqua à nouveau son regard entièrement noir sur lui. Le feu s’y reflétait.

« Depuis quelque temps, il y a du nouveau. Je sens une présence. Comme le grondement d’une rivière souterraine, où la rumeur continue d’une tempête au loin. Je sens quelqu’un ou quelque chose parmi nous. Partout et nulle part à la fois. Je ne comprends pas ce que c’est, mais cette chose recèle une puissance fabuleuse pour celui qui saurait lui parler… » Tancrède percevait le mélange d’inquiétude et d’intérêt dans le ton de l’Ancien.

« Depuis combien de temps cette… chose est-elle là ?

— Elle est arrivée avec les humains. »

5 janvier 2206 TR

Arnut’har sent le souffle puissant de l’air sur son visage. Il aime voler avec Opag’oor, le Yaze’er qui le transporte de tribu en tribu à travers tout le T’ug. Bien qu’ils ne soient pas à une altitude très élevée, l’horizon paraît loin, beaucoup plus loin que vu du haut d’un rocher. Arnut’har aime cette sensation.

Tout semble petit lorsqu’on vole, même les plus grandes Ern’nuris dont les sillons mauves et violets tranchent dans la monotonie ocre du T’ug. Pourtant, Arnut’har a une vision si perçante qu’il parvient à repérer certains animaux au fond des vivantes failles forestières.

Depuis deux jours, la pluie a cessé et les nuages ont reculé devant le puissant A’pio qui règne à nouveau dans le ciel. C’est tant mieux. Non pas qu’Arnut’har redoute la pluie ; simplement il sait qu’Opag’oor n’aime pas voler dans ces conditions. L’effort demandé est bien trop important. Surtout qu’avec le gabarit d’Arnut’har, le malheureux Yaze’er est déjà soumis à rude épreuve.

L’effet hypnotique de l’alternance de dunes et de rochers défilant en contrebas fait somnoler le chef de guerre un instant. Mais il ne veut pas s’endormir, il veut garder toute sa vigilance en cas d’urgence. Alors, il se force à se remémorer tout ce qu’il a fait ces derniers jours afin de rester éveillé. Il tente de tirer un premier bilan de son périple.

Voici dix jours qu’ils ont décollé.

Dès le lendemain de la grande réunion avec le Dernier-des-Anciens, Yus’sur-qui-Songe, le seigneur Gena’erekku avait ordonné à trois de ses meilleurs Yaze’ers de rallier la caravane pour se mettre au service des trois chefs de guerre. Arnut’har avait fait ses adieux dans les règles, non sans avoir délégué le commandement à l’un des guerriers, et Tan’hem lui avait solennellement souhaité bonne chance.

Il avait pris son envol sans attendre, imité peu après par ses deux lieutenants, Uker’tanuk et It’uip’uok, partis dans d’autres directions. Arnut’har s’était retourné de temps à autre pour les chercher du regard dans l’immensité du T’ug et du ciel, mais avait dû renoncer au bout d’une demi-heure. Même son regard digne d’un Ap’dip brun ne parvenait plus à les repérer.

C’était il y a dix jours.

Dix longues journées à voler, se présenter aux tribus ou dans les caravanes en fuite, palabrer pendant des heures, puis repartir dès le lendemain. C’est épuisant, mais Arnut’har en retire du plaisir.

Il aime la vie au grand air, sous les rayons d’A’pio qui brûlent sa peau tannée, qui chauffent ses écailles endurcies ; il aime descendre dans les profondes Ern’nuris où le gibier abonde pour trouver sa nourriture quotidienne ou remplir son outre ; il aime parler avec Opag’oor le soir, enveloppé d’une couverture de feutre, en cuisant la viande sur un feu, les étoiles brillant dans le ciel par-dessus leurs têtes ; il aime l’excitation qu’il ressent lorsqu’il repère des humains et doit ruser pour rester en vie ; il aime utiliser ses plumules de camouflage pour disparaître aux yeux de ses ennemis et les épier sans qu’ils s’en rendent compte. Arnut’har aime cette vie, elle est faite pour lui.

Malheureusement, cette satisfaction est ternie par la culpabilité de tirer du plaisir d’une situation dramatique pour son peuple, par le souvenir de tous ses amis morts, assassinés par les hordes monstrueuses surgies de la Nuit. Toutefois, il se répète qu’il n’est pas responsable de la situation, qu’il n’a pas à avoir honte de pouvoir pratiquer ce à quoi il s’est toujours exercé : la guerre.

La vie à Uk’har ne lui valait rien. Trop de monde, trop de règles, trop de chefs. Là-bas, il n’était personne. Juste un chef guerrier parmi les autres. Depuis qu’il a fui avec sa famille et quatre autres qui se sont jointes à la sienne, il est redevenu quelqu’un. Pour la centaine d’Atamides de la caravane, il est la planche de salut. Ils ont remis leurs vies entre ses mains et il fait tout pour ne pas les décevoir. Il veille sur eux.

Voilà dix jours qu’il vole de tribu en tribu dans l’espoir de convaincre les autres chefs de guerre. Au rythme d’une caravane par jour, il en a déjà vu dix. Onze même, puisque celle d’hier était si proche d’une autre, qu’il a réuni leurs chefs pour les voir en même temps, « faire d’une pierre deux coups » comme un humain a dit une fois dans une discussion. Il avait aimé cette expression.

Néanmoins, sa fierté est blessée, car les choses ne se passent pas aussi bien qu’il l’avait espéré. Jusqu’à maintenant, le bilan de ces palabres n’est guère brillant.

En premier, il y a la stupéfaction qu’il provoque à chaque fois. Personne ne comprend qu’un chef de guerre atamide s’abaisse à une alliance avec un monstre humain. Ensuite vient l’effarement lorsqu’il répète le récit de Yus’sur-qui-Songe et que tout le monde réalise que c’est un Atamide des temps anciens qui est la cause de ce cauchemar, puis la peur à l’idée de l’extermination, le génocide. Enfin, cela finit toujours par la perplexité devant le plan de fédérer les tribus et de riposter face aux barbares.

À chaque tribu, tout se répète immanquablement. Arnut’har doit trouver en lui des trésors de patience dont il ne soupçonnait pas l’existence pour répéter tout le temps la même chose et rester convaincant.

Seul un chef de guerre a dit oui tout de suite. Un vieil ami d’Arnut’har qui connaît également Tan’hem. Huit autres ont montré de grandes réticences, mais ont accepté d’envoyer un de leurs sages au repaire des rebelles humains afin de rencontrer Yus’sur-qui-Songe et Tan’hem. Même si Arnut’har ne doute pas qu’ils seront convaincus, il est frustré de ne pas parvenir à entraîner lui-même les autres chefs. Deux autres ont refusé de s’y rendre et n’ont rien voulu entendre. Avec l’un d’eux, un vétéran des guerres d’Iro, stupide et obtus, Arnut’har s’est même mis en colère. Il sait qu’il ne devrait pas, mais… Uk nah’tar ! Je suis guerrier, pas diplomate !

Arnut’har espère que ses deux lieutenants se sont mieux débrouillés.

Heureusement que les Yaze’ers ont apporté leur aide. S’il avait fallu visiter toutes ces tribus à pied, la tâche aurait été insurmontable !

Lorsqu’il y réfléchit, il ne sait même pas s’il est lui-même convaincu par cette alliance contre nature. Des humains et des Atamides combattant côte à côte ! Il y a tant de choses chez eux qu’il ne comprend pas.

Comme ce besoin étrange de se retrouver seuls par moments, ou de ne partager que des tentes de deux places, alors qu’un être évolué cherche normalement le contact et la proximité avec les autres, s’entoure de la famille la plus grande possible. Une fois, il a même entendu l’un d’eux expliquer que les familles humaines ne comptaient en moyenne que cinq ou six individus. Kuk ! Se dégoûtent-ils les uns les autres pour se fuir ainsi ?

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