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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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— Lorsqu’un sage voit un inconscient se promener au bord d’une faille abrupte, il lui suggère la beauté de la vie plutôt que l’horreur du danger. Mais si cet inconscient est aveugle et impotent, que doit faire le sage pour le sauver ?

— Il n’y avait rien à faire, c’est cela que vous voulez dire ? Pourquoi les prévenir puisqu’ils seraient impuissants ?

— Je les ai prévenus. J’ai émis des pensées à l’attention de tous les sages de toutes les ethnies. Mais les tribus d’Uk’har n’ont pas voulu fuir. Ils ont choisi de défendre leur cité et leurs terres. Je n’ai pas réussi à leur faire saisir l’importance du péril qui les menaçait. Les autres ethnies, quant à elles, ont jugé que le danger était encore lointain, je suppose.

— Ils ne pouvaient se douter que des hordes de criquets arrivaient. Que tout serait dévasté.

— Des hordes de… quoi ?

— Des criquets. C’est un insecte de la Terre qui cause de grands ravages. »

Tancrède s’efforça de former une image claire d’un nuage de criquets dans son esprit.

« Oh, je vois », fit Yus’sur d’un air circonspect.

Il retira brusquement sa pique du foyer. La viande avait commencé à brûler.

« C’est pour cette raison que je t’ai contacté à travers la Nuit, reprit-il. J’ai longtemps cherché un humain qui pourrait réussir là où A’a avait échoué, qui serait la corde tendue entre nos deux mondes. »

Cette réponse troubla Tancrède.

« Mais je ne suis pas celui-là, répondit-il. Je ne suis pas un philosophe, comme A’a, je suis un soldat. Ma seule science est celle du meurtre…

— Les êtres ont besoin de connaître ce qu’il y a de pire en eux s’ils veulent découvrir ce qu’il y a de meilleur, fit l’Ancien sur un ton mental où perçait plus de douceur que d’habitude. Tu n’es pas un meurtrier, Tancrède de Tarente. Ce sont ton peuple et ton époque qui ont fait de toi ce que tu es, tu n’es pas le fruit d’une génération spontanée. Cependant, bien que l’on se soit donné beaucoup de mal pour faire de toi un soldat, ta véritable nature est différente. »

Tancrède médita cette réponse un instant. Il songea qu’on pouvait appliquer cette définition à la plupart des soldats, mais il comprenait ce que l’Atamide voulait dire.

« De plus, continua celui-ci, tu n’es pas venu seul… »

La surprise fit sursauter Tancrède.

« Pas venu seul ? » répéta-t-il les sourcils arqués. Soudain il comprit : « Albéric ? Vous parlez d’Albéric ? »

Yus’sur se contenta de dire : « Quelqu’un va venir… Il est différent… Fie-toi à lui… C’est ton autre face. »

Oui, Tancrède se souvenait de ce rêve !

« Ça alors ! Vous nous avez… poussés l’un vers l’autre ? Vous nous avez réunis ?

— Même si je le désirais, ce ne serait pas en mon pouvoir. Je ne peux pas obliger un individu à accomplir quelque chose de précis. Disons que j’ai fait en sorte que tu t’intéresses à lui si jamais tu croisais sa route.

— L’avez-vous appelé, comme moi ?

— Non, pas comme toi. Albéric est bien trop… scientifique. Il aurait rejeté de tels songes.

— Comment alors ? »

Yus’sur se pencha pour saisir une outre et but longuement. Il la présenta ensuite au Normand qui accepta et porta le goulot à ses lèvres. Il faillit recracher lorsqu’il s’aperçut que ce n’était pas de l’eau, mais une sorte d’alcool un peu aigre. Néanmoins, il se força par politesse et avala plusieurs gorgées.

« Un Ancien peut suggérer une apparence, reprit Yus’sur. Or, comme tu l’as compris, ce n’est qu’une suggestion, le corps ne change pas réellement. Dès lors, il n’y a pas de nécessité à créer l’illusion à l’endroit même où se trouve l’Ancien, comme je l’ai fait lors de notre première rencontre.

— Vous pouvez projeter cette suggestion au loin… simuler une présence à distance ?

— Je suppose qu’on peut le présenter de cette façon.

— Vous vous êtes donc montré à lui… Comment ? Sous l’apparence de qui ? Et que lui avez-vous dit ? »

Tancrède s’interrompit. Yus’sur restait silencieux, mâchonnant lentement son morceau de viande. Il était manifeste que le vieil Atamide n’appréciait guère les rafales de questions.

« Pourquoi n’avez-vous pas procédé ainsi avec moi ? reprit le Normand en tâchant de contenir son excitation.

— Avec toi, c’était l’inverse. Tu es… étais très imprégné de croyances mystiques. Le rêve était un véhicule bien plus efficace dans ton cas. De toute façon, je n’aurais pas eu la force de me manifester ainsi à vous deux. La suggestion à grande distance est épuisante. De plus, lorsqu’il la pratique, l’Ancien voit mal, entend mal. Bref, c’est un moyen de communication fort malaisé. Le contact par les rêves est bien plus facile. »

Tancrède avait toujours très envie de savoir sous quelle forme l’Ancien avait bien pu apparaître à Albéric. Toutefois, si Yus’sur ne le disait pas, c’était qu’il ne le voulait pas. Inutile donc de le demander.

« Peut-être vaudrait-il mieux ne pas en parler à ton ami. Il ne verrait pas les choses de la même manière que toi. »

Tancrède acquiesça. Il se doutait qu’Albéric aurait probablement l’impression d’avoir été l’objet d’une manipulation. Il en serait blessé. Peut-être qu’un jour il pourrait accepter cette révélation, mais pour le moment, c’était trop tôt.

« J’ai une dernière question, dit Tancrède.

— Je t’écoute.

— Pourquoi les Anciens n’ont-ils pas tenté de reconstituer la Conscience Globale après le retour du corps d’A’a ?

— La Conscience Globale n’était pas une simple construction élaborée par des esprits savants. C’était quelque chose de beau, de lumineux. C’était unique. Un peu comme une œuvre d’art née des fulgurances d’esprits brillants de l’ancien temps. La reconstituer n’était même pas envisageable. Pas plus que l’on ne pourrait reproduire à l’identique un chef-d’œuvre détruit. Je crois que les Anciens le savaient et qu’ils l’avaient accepté. » Yus’sur semblait sincèrement ému à l’évocation de la Conscience Globale. Ses rides paraissaient moins profondes, sa peau moins parcheminée et sa posture moins voûtée, à mesure qu’il transmettait à Tancrède l’amour que les Anciens avaient éprouvé pour cette création.

« La Conscience Globale fut un développement involontaire et authentique des psychés atamides de l’Âge d’or. Personne n’avait prédit son apparition et nul ne savait comment elle fonctionnait. Peut-être fut-ce l’augmentation du nombre des Anciens au fil des siècles qui finit par accoucher d’elle, et que c’est justement le déclin de ceux-ci, amorcé avant l’époque d’A’a, qui rendit impossible sa renaissance. Quoi qu’il en soit, jamais un Atamide n’eut à nouveau accès à une telle source d’énergie psychique, jusqu’à aujourd’hui. »

Tancrède, qui s’était laissé bercer par les puissantes pensées positives que l’Ancien émettait en parlant de temps meilleurs, releva brusquement la tête, comme piqué par un aiguillon.

« Qu’avez-vous…, commença-t-il sans être sûr d’avoir bien entendu. Vous venez bien de dire jusqu’à aujourd’hui ? »

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