Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
— Si on lui parle…
— Il est revenu à la vie un moment, Matthew, mais je crois que c’est fini. Si vous voulez encore parler à un Serveur, à mon avis, faut aller en Ohio.
Matt acquiesça. De temps à autre, il baissait les yeux sur ses mains. Ses mains roses, régénérées.
— Vous pensez que je suis responsable ?
— De quoi ? Du fait que le vaisseau reste là ?
Il haussa les épaules. Il y avait réfléchi.
— Il s’agit de la décision collective de milliards d’âmes ; je serais étonné que Matthew Wheeler ait fait pencher la balance. Mais en tout cas, vous êtes tombé en plein cœur de leurs débats, c’est sûr. Ça les a sûrement obligés à regarder un peu ce qu’ils ont laissé derrière eux. Et peut-être, en plus, que vous n’étiez pas le seul. Si ça se trouve, ce genre de petite scène s’est reproduite des milliers de fois sur la planète. Les gens les suppliaient : si vous voulez être Dieu, alors montrez un peu de compassion divine. Ou si vous êtes encore humain, un peu de compassion humaine.
— Vous m’en voulez de ce que j’ai fait ?
— Non.
— Mais ça ne vous plaît pas.
— Non.
Kindle trempa les lèvres dans son café réchauffé. Trop fort. Trop amer.
— Non, vraiment pas.
Beth se réveilla, complètement groggy, le lendemain matin. Groggy, mais guérie. Une petite reprise de peau saine et neuve avait remplacé la blessure.
Elle demanda des nouvelles de Joey et du colonel Tyler. Matt lui expliqua, plutôt brutalement parce qu’il était difficile de le dire en douceur, ce qui s’était passé.
Elle écouta attentivement mais ne parla guère par la suite.
Le soir, elle s’assit près du feu, tassée sur elle-même, sa tasse de café à la main. La discussion glissait autour de son silence, comme l’eau de la rivière autour d’une pierre.
Régulièrement, sa main remontait sur son épaule et se posait sur le blouson, là où avait été gravé le tatouage – où il était encore, d’ailleurs. Le Serveur ne l’avait pas ôté. Sans doute que certaines blessures étaient plus difficiles à soigner que d’autres.
Elle dormit ce soir-là roulée en position fœtale sur un matelas du motor-home.
Au matin, ils se mirent en route vers l’est et franchirent la frontière du Nebraska.
Tom Kindle promit de parcourir un bout de chemin avec eux. Seulement un bout.
Le Nebraska était un État mixte. Aride à l’ouest, fécond à l’est. La route 80 rejoignait le Platte à l’est du barrage de Kingsley, et le Platte fertilisait une riche vallée où poussaient en abondance blé, betteraves, et pommes de terre.
Matt conduisait presque tout le temps. Kindle était gêné par sa jambe qui, très vite, avait tendance à se crisper en crampes douloureuses. Parfois, Beth venait s’asseoir près de lui. Quand Kindle n’y était pas.
Loin des oreilles de Kindle, elle parlait plus volontiers de ce qui s’était passé – de ce qui pourrait se passer.
— Ils sont encore en nous, dit-elle. Les… comment ils les appellent, déjà ? Les néocytes.
— Ils seront avec nous encore longtemps.
— Toi aussi, tu sais ?
— Oui.
— Comme moi ? Je veux dire… personne ne t’a dit, mais tu sais, c’est ça ?
— C’est ça.
— Ils sont en nous. Mais en sommeil. Ils ne feront rien jusqu’à ce que…
— Tu peux le dire, Beth.
Elle hésita.
— Jusqu’à ce qu’on meure. Alors ils nous donneront une autre chance de dire oui. D’aller avec eux.
Matt hocha la tête.
— Comme le paradis, dit-elle.
— Si tu veux, oui.
— Et pas seulement nous. Tous ceux qui vivent dans cette ville, cette ville en Ohio.
Toutes les âmes au paradis, songea Matt.
Ils roulèrent de nuit.
Ce fut Kindle qui remarqua le premier la ligne de démarcation qui apparaissait sur le vaisseau, un équateur sombre sur le cercle lumineux.
— C’est la division, dit Kindle qui avait de nouveau communiqué avec l’Ohio. C’est ce qu’ils m’ont expliqué. Il y aura deux vaisseaux au lieu d’un. Un qui partira se promener dans les étoiles. Et un autre qui restera là.
— Comme un berger.
— Ou un dieu local, répliqua Kindle avec un regard appuyé à l’attention de Matt. Vous n’avez pas l’air plus surpris que ça.
— Non, c’est vrai.
— Vous étiez au courant ?
— Oui.
— Comment ?
Matt haussa les épaules.
Kindle se détourna. Un long moment, il regarda la route défiler.
— Vous n’êtes plus le même, dit-il enfin.
— Plus tout à fait.
— Crénom, dit Kindle.
Ce n’était adressé à personne en particulier. Pas à Matt en tout cas. C’était juste un pauvre juron qui résonna tristement dans la semi-pénombre de la cabine.
— Crénom de Dieu !
Épilogue
En dépit de leur infinie sagesse, les Voyageurs étaient venus vers la Terre avec des raisons et des opinions soumises à leur propre jugement. Et donc limitées. C’étaient des géants de bonne volonté mais patauds. Et les héritiers de l’humanité, désormais seuls en orbite, étaient malgré eux victimes de la métamorphose inachevée dont ils avaient fait l’objet.
Dans les océans, la population des organismes créés par les Voyageurs se réduisit considérablement. Toutefois, ceux qui restaient poursuivirent leur travail ; il y avait encore trop de gaz carbonique dans l’atmosphère. Mais leur tâche ne revêtait plus un caractère d’urgence. Finis les cyclones.
Il n’était plus nécessaire non plus de maintenir le courant et l’eau dans toutes les villes de la planète. Une tâche que les Voyageurs, qui n’avaient pas prévu l’entêtement incompréhensible de la race humaine à se cramponner à sa propre mortalité, avaient dû organiser au pied levé.
La race humaine s’organisa – en Ohio, en Ukraine, en Chine, au Kenya, et dans une dizaine d’autres points du globe.
Hors de ces limites résidait l’infinitude de la terre sauvage, pour ceux qui le souhaitaient.
Le vaisseau humain, lui, se divisa en deux. Le premier partit à l’aventure dans la Galaxie. L’autre resta pour chérir son propre passé, ses parents, et le berceau de sa naissance.
Après un hiver affreusement éprouvant, le printemps fleurit enfin sous un ciel paisible et dégagé.
Kindle s’arrêta à la frontière de l’Iowa et refusa d’aller plus loin.
Il disparut pendant une journée entière. Quand il revint, il chevauchait un cheval nerveux que la solitude et les rigueurs de l’hiver n’avaient pas tout à fait encore rendu à l’état sauvage. D’après lui, pendant la saison sèche, l’essence finirait par s’évaporer des réservoirs de tous ces véhicules abandonnés ; ou l’huile s’épaissirait, les moteurs rouilleraient. Enfin bref, l’espèce automobile était en voie d’extinction. Un bon cheval, en définitive, que pouvait-on rêver de mieux ?
— Vous allez vers l’ouest ? demanda Matt. Vers les Whiskey Mountains ?
— Quelque part par là, oui, confirma Kindle.
Beth, qui observait les deux hommes en train de se séparer, eut la sensation que chacun voyait en l’autre le reflet de ce qu’il aurait pu être – ce qu’il aurait dû être – mais ne serait jamais. Un regret qui allait au-delà de l’amitié, de la tristesse.
Leurs chemins divergeaient et jamais plus ne se croiseraient. L’un et l’autre en étaient conscients.