Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Il rêva qu’elle touchait Beth, qu’elle le touchait, lui, et sentit la chaleur de cette caresse.
Il rêva qu’elle murmurait. Des mots merveilleux, réconfortants, qu’il ne put comprendre car le langage qu’elle employait n’était pas humain. Mais dont il entendait la musique. Des mots qui le berçaient.
39
Direction
Dès qu’il fut à peu près certain de pouvoir laisser Matt quelques heures seul, Tom Kindle repéra une voiture en état de marche – une Honda sur laquelle dégoulinaient des traînées de cendre délavée par la pluie et au volant de laquelle il prit la direction du nord, vers Casper.
Sa jambe le faisait horriblement souffrir. Il avait la sensation d’avoir une boule de braises incandescentes couvant dans le mollet. Au moins la blessure était-elle propre. Matt, de plus, l’avait bien bandée, et Kindle découvrit qu’il pouvait se déplacer sans trop de peine.
Une vague d’air frais, en provenance du nord, du Canada, avait chassé la pluie. Il emprunta une route – déserte, évidemment – et franchit la barrière de cendre pour entrer dans un paysage champêtre. Un peu de verdure après toute cette grisaille. Il en éprouva un plaisir inattendu. Il y avait même des fleurs le long des ruisseaux.
Moins réjouissant fut le spectacle de tous les animaux morts le long de la route et dans les prés. Le départ du vaisseau avait tué nombre d’entre eux. Le savaient-ils ? S’en souciaient-ils, ces soi-disant héritiers de l’humanité ? Kindle en doutait. Une saloperie de plus à ajouter à celles que l’homme infligeait au règne animal depuis la nuit des temps. Mais après tout, ce n’était pas pire qu’une catastrophe naturelle. Le bétail reviendrait rapidement à présent que les barrières étaient tombées.
À Casper, il trouva un émetteur-récepteur qui, il l’espérait, fonctionnerait avec une batterie de douze volts. Il ne savait trop comment la brancher, mais il n’était pas plus bête qu’un autre – il lirait le mode d’emploi.
Il aurait été tout de même plus simple d’avoir les conseils de Joey.
À la nuit tombante, il se mit en quête d’eau. Depuis que les robinets avaient cessé de couler, l’eau devenait une denrée rare. Dans un grand supermarché aux baies vitrées éclatées, il trouva une dizaine de bidons d’eau minérale.
Il les chargea dans une autre voiture pour le retour : une Buick commerciale avec le plein d’essence. Les pompes ne marchaient pas mieux que la plomberie mais, heureusement, ce n’étaient pas les véhicules qui manquaient.
Il roula de nuit, avec le chauffage et une odeur de métal chaud mêlée à des senteurs de pin synthétique. Vers le sud. Vers la lueur rouge sur l’horizon. Le cratère. Vers ce pays désolé de cendre et de boue. Vers l’enfer.
À Cheyenne, le lendemain matin, Kindle fabriqua deux croix de bois avec les planches trouvées dans une ancienne scierie.
À l’aide d’un clou, il grava une lettre dans la planche horizontale de la première croix. Travail long et difficile. Mais il persista.
L’une derrière l’autre, il aligna les lettres : A, B.
Puis il s’arrêta pour réfléchir. Aurait-elle préféré son nom complet, Abigail ? Ou son surnom ?
Il l’avait toujours connue sous le nom d’Abby, alors il se décida pour la plus simple version :
ABBY CUSHMAN
Sur la seconde croix, il inscrivit :
JOSEPH COMMONER
Il emporta ensuite les deux croix qu’il planta sur la pelouse grise devant les ruines du capitole, près de la statue d’un certain E. H. Morris. Bien entendu, Joey et Abby n’étaient pas enterrés là. Leurs corps étaient perdus, ensevelis quelque part sous les décombres, la terre et la cendre. Mais ils avaient droit à un geste commémoratif. Deux croix qui les rappelleraient au souvenir d’une humanité disparue.
Quant à Jacopetti, Ganish, Makepeace et Tyler…
Ils pouvaient pourrir sur place.
Il retourna au motor-home et reprit la garde devant les deux corps inertes de Matthew et de Beth.
Matthew semblait dormir. Ses mains, couvertes d’une substance brillante et charbonneuse, paraissaient gantées.
— Matthew ? demanda Kindle. Vous m’entendez, Matthew ?
Mais le médecin ne répondit pas. Pas plus qu’il ne l’avait fait la veille ou deux jours plus tôt.
Beth était recouverte de la même substance, mais de la taille au sommet du crâne. Kindle ne chercha même pas à lui parler. À quoi bon ? Elle avait la tête couverte. Le nez, la bouche.
Il fit un feu et regarda la fumée s’élever dans le crépuscule indigo.
Il y avait peu de chance pour que quelqu’un le repère depuis Cheyenne. La moitié de la ville fumait encore. Mais il lui faudrait se montrer prudent en rase campagne où il serait aisé de remarquer un feu de camp la nuit. Il y avait peut-être encore des irréductibles qui n’avaient pas choisi l’Ohio. Il pouvait rôder d’autres colonels Tyler.
Matt se réveilla au petit matin.
Ses gants de goudron noir avaient disparu. Kindle se demanda où. Absorbés par le corps ? Évaporés ?
— J’ai soif, dit Matt.
Kindle lui apporta de l’eau. Matt tendit les mains devant lui ; elles étaient toutes neuves.
— J’ai rêvé de Beth, dit-il. J’ai rêvé qu’ils la guérissaient.
— C’est peut-être bien vrai, acquiesça Kindle.
Matt l’aida à faire le feu pour le soir. Ils réchauffèrent le café et s’assirent près de la source de chaleur vacillante.
— Je pensais que vous étiez peut-être parti pour toujours, dit Kindle. Que vous finiriez en peau vide, comme les autres.
Matt secoua la tête. Non, ce n’était pas la décision qu’il avait prise.
Kindle laissa le silence s’installer. Rien ne pressait. Le ciel du Wyoming était étoilé, ce soir.
— J’ai parlé avec l’Ohio, dit-il enfin.
— Vous avez trouvé une radio ?
— Oui. Les Serveurs ont repris du service. Je suppose qu’ils n’ont pas dû marcher pendant un moment. Tout s’est arrêté quand le vaisseau des Voyageurs, le premier, est parti. Plus de courant. Les Voyageurs entretenaient toutes les machines, les turbines, etc. S’il y avait encore de l’électricité dans le pays, et ailleurs, je suppose, c’est grâce à eux. Maintenant, c’est revenu. Mais d’après le gars, seulement en Ohio et sur un certain périmètre autour de la nouvelle ville. Et dans quelques autres endroits du monde.
— Un périmètre ?
— Pas une barrière, bien sûr. Mais d’après ce que j’ai compris, si on s’éloigne un peu trop, on se retrouve vraiment seul. Plus de courant, plus d’eau, plus aucune sécurité.
— C’est un lieu protégé, autrement dit.
— Le paradis, ironisa Kindle. On peut pas trouver mieux, non ? Un vrai jardin d’Éden. Venez vivre ici, on s’occupe de vous. Dieu vous garde pendant toute votre vie. Dieu fait briller le soleil. Dieu fait pousser l’herbe.
— Ils ne sont pas Dieu.
— Vous voyez une différence ?
— Leur paradis ne va pas au-delà de l’Ohio. Et il durera peut-être juste le temps que le vaisseau gravite encore autour de la Terre.
— On n’est pas sûr qu’il parte. Le type d’Ohio disait que rien n’était encore décidé, d’après les Serveurs.
— La guerre au paradis ?
— Une controverse, en tout cas.
Matt se tourna vers la triste pelouse du capitole où se dressait toujours la statue du Serveur, de leur Serveur – celui à qui il avait adressé sa prière.