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La grande mascarade parisienne

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La grande mascarade parisienne
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— Monistrol, vous êtes un polisson! s'écriait don Ramon, c'est moi qui vous ai présente à Tulipia...

— Vous m'en rendrez raison! répondait M. de Monistrol.

Liv. 72.

M. Arsène Gratteloup, greffier, jadis vertueux, en partie fine.

— Allons donc! allons donc' messieurs, disait M. Poulet-Golard, il n'y a que la science qui ne trompe pas!... je suis trompé comme vous, moi, et je ne me fâche pas!... voyez-vous, on ne peut demander à une parisienne de notre époque, la fermeté de principes des femmes de l'âge de pierre...

M. le président ne pouvant venir à bout du tumulte, leva l'audience et lit évacuer la salle par un peloton de municipaux.

Il y eut quatre duels le lendemain matin, pïï à Sceaux, un à Vincennes, un à Boulogne, et un à Sèvres. Don Ramon de Garabellas reçut un coup d'épée de M. Monistrol et lui rendit une petite piqûre.

M. Félicien Cabuzac, provoqué par un de ges compagnons de l'album, s'en

Les suites de l'affaire Badinard.

tira d'une façon très adroite, il profita de sa myopie bien caractérisée, pour pratiquer une large estafdade au nez d'un de ses témoins; cette blessure arrêta le combat, le duel étant au premier sang. — De cette façon, M. Gabuzac garantit sa tranquillité pour l'avenir, il avait fait ses preuves et dans tous les cas, il était maintenant certain de ne plus trouver de témoins.

Précieuse recette que nous livrons aux personnes qui n'aiment pas plus que nous les promenades sentimentales à l'épée ou autres instruments piquants et contondants.

Les autres duels se terminèrent sans autre malheur que l'effusion du sang des canards traditionnels.

Trois nouvelles demandes en séparation de corps furent déposées dans la matinée au Palais de justice et deux dans l'après-midi, ce qui porta les procès en séparation suscités par l'affaire Badinard au chiffre de quatorze. - Effrayant résultat de l'erreur de feu Badinard! Le Palais était en révolution, juges, avoués et avocats étaient littéralement sur les dents. M. Arsène

Gratteloup, greffier, jadis simple et vertueux, affectait maintenant des allures gommcuses qu'on ne lui avait pas vues jusque-là; il avait de longues conversations dans le greffe même avec sa protégée M ,le Billy et le bruit courait qu'un dimanche, on l'avait rencontré à Asnières, en train de faire une partie d'escarpolette dans le jardin d'un restaurant de canotiers.

Une foule encore plus compacte se pressa le lendemain de la révélation de Gabassol dans les couloirs et dans les salles du Palais de justice. On s'attendait à de nouveaux scandales, les journaux du matin ayant annoncé que le héros de l'affaire allait faire de nouveaux aveux et donner la liste, complète cette fois, des femmes du monde qu'il avait compromises— avec force détails à l'appui.

Ce fut au milieu du plus religieux silence que le tribunal entra en séance. — Un coup de théâtre inattendu vint décevoir les espérances des curieux : le greffier, aussitôt l'audience ouverte, donna lecture d'une ordonnance par laquelle l'affaire Badinard était renvoyée après les vacances.

f Le tribunal,

« Vu la nouvelle phase dans laquelle est entré le procès,

« Vu la nécessité d'une enquête sur les nouveaux faits introduits à la cause,

« Attendu l'état de confusion dans lequel se trouvent les renseignements con-tradicloires,

« Ordonne :

« L'affaire Badinard contre Cabassolest remise à trois mois.

Le sentiment unanime de la foule, surprise par cette remise d'une affaire à peu près élucidée, fut qu'une haute influence diplomatique avait dû agir sur le Palais de justice. Sans nul doute Tulipia, épouse morganatique du prince de Bosnie, troublée dans sa lune de miel par les révélations scandaleuses du procès Badinard, cherchait à étouffer l'affaire, ou tout au moins à la faire traîner en longueur pour avoir le temps de colorer d'une façon toute différente sa participation aux chagrins de feu Badinard. On raconta dans les cercles bien informés, qne le précepteur du prince de Bosnie, le baron de Bliken-dorf. s'occupait spécialement de l'affaire, et cherchait partout une jeune personne qui consentît moyennant une petite somme, à endosser la responsabilité de l'album au lieu et place de Tulipia, princesse de Bosnie.

On demande une jeune personne.

Départ pour le château de la Fricottière.

VII

La gouvernante de M. de la Fricottière le père. — M. de la Fricottière candidat. — Profession de foi. — Réunion publique.

La remise de l'affaire Badinard avait considérablement chagriné M a Mitaine, l'avoué poursuivant. Sa proie pouvait lui échapper, cette remise arrivait juste au moment où il se flattait d'obtenir haut la main la condamnation de Gabassol ; qui sait ce qui pouvait se passer pendant ce délai I Gagner du temps pour un plaideur c'est presque gagner sa cause

Pour se consoler, il s'était attelé le soir même aux petites affaires de séparation que le grand procès lui avait amenées, il les étudiait avec amour et se promettait d'en profiter pour entretenir la curiosité publique avec ces bribes de l'affaire Badinard, jusqu'à la reprise des hostilités.

Bezucheux de la Fricottière Ris, se présentant dans son cabinet le lendemain de la remise, le trouva donc au travail; les dossiers de quatre maris tirés de l'album, et de cinq ou six femmes compromises parCabassol, étaient déjà préparés, M p Mitaine les houspillait et les mettait en pièces avec beaucoup de verve dans de? esquisses préparatoires de plaidoiries et il souriait à la pensée défaire retomber sur ses adversaires du grand procès le scandale de ce* affaires incidentes.

— Bonjour, cher maître ! dit Bezucheux en prenant un siège, vous souvient-il de notre affaire de Beaumesnil?Vous rappelez-vous que nous devions nous couper la gorge?

— Mille pardons! nous nous sommes expliqués... s'écria M 0 Mitaine en reculant son fauteuil.

— Sans doute! sans doute! sans cela ce serait déjà fait! je veux dire : vous rappelez-vous que nous faillîmes nous cntregorger ? je vous prenais pour mon rival et dame! en pareil cas... mais vous m'avez juré de ne plus pensera Criquetta, ma blanche colombe, et j'ai consenti à oublier votre présence à une heure indue, à une condition!... vous souvenez-vous de la condition?

— Non !

— Comment non ! Vous avez oublié que vous m'aviez promis de vous occuper, en avoué et en ami, de l'interdiction de M. Bezucheux de la Fricot-tière, mon père?

— Ah ! c'est vrai ! Eh bien ?

— Eh bien ! il est temps d'agir. Papa dépasse toutes les bornes, il devient hvperboliquement torrentueux !

— Vous dites? demanda l'avoué en se préparant à prendre des notes.

— Je dis qu'il cascade de façon à faire dresser les cheveux au blason de notre famille, s'il en avait. Notre blason n'est pas bégueule, vous savez : je fricotte, etc. Mais, il est des choses auxquelles il n'a pas été habitué !... Passe pour fricotter, mais... Quelle conduite, cher maître, pour un descendant des croisés !

— Diable ! que fait donc monsieur de la Fricottière?

— Mon cher maître Mitaine, je n'oserai jamais vous l'avouer!... et cependant il le faut... tous les la Fricottière, ces tiers barons couverts de fer dont les nobles figures ornent les panneaux de la grande salle de notre manoir; tous ces vieux et rudes chevaliers doivent en tressaillir de fureur dans leurs tombes...

— Mais enfin, monsieur votre père...

— Il veut... il prétend...

— Quoi?

— Enfin, mon bon, il veut épouser sa gouvernante 1 Bigre!...

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