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La grande mascarade parisienne

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La grande mascarade parisienne
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exécuteur des hautes œuvres m'a toujours déplu. Je n'ai aucun grief particulier contre lui, car je suis heureusement célibataire et s'il est vrai qu'il a essayé de me nuire dans l'esprit d'une jeune et aimable personne, il est aussi prouvé qu'il n'a pas réussi à ébranler la fidélité alors solide, de cette jeune et aimable personne. C'est donc à tort que l'on m'a mis au nombre des victimes du féroce vengeur de feu Badinard.

— M. Bizouard, 42 ans, artiste peintre. {Le chef de l'école naturaliste et impressionniste est très ému.) — Je jure par tout ce que j'ai de plus sacré, c'est-à-dire sur la tête d'Estelle, ma femme chérie, que je n'ai jamais vu M me Badinard, que je n'ai jamais fait son portrait, et que c'est absolument sans motif que M. Cabassol a voulu venger sur moi, l'infortuné Badinard. Je fais partie du club des Billes de billard, mais jamais personne ne m'a appelé Jocko, comme les journaux l'ont insinué. M. Taparel m'a présenté M. Cabassol comme un riche amateur naturaliste... Grâce à M. Cabassol je plaide MBt ColbuCb6 , épondait cn cacheté. en séparation avec Estelle depuis l'année dernière; il y a eu des réconciliations, pour donner satisfaction à Estelle, j'avais renoncé aux modèles féminins, je ne peignais plus que des chaudrons, mais le procès Badinard a tout remis en question et nous replaidons! Voilà l'œuvre de M. Cabassol !

M. Malbousquet, 52 ans, docteur en médecine. — J'étais le médecin de M. Badinard (ah! ah! ah! dans Vauditoire, rires étouffés) et je suis encore celui de M me Badinard (oh! oh! oh! sur un grand nombre de bancs , les éventails s agitent avec fureur.)

M. le Président. — Alors vous avouez que cette photographie signée Jocko...

M. Malbousquet. — Je n'avoue rien du tout. Je dis que je suis le médecin de M mc Badinard, mais ce n'est pas moi qui figure dans l'album sous un pseudonyme qui ne sied aucunement à mon caractère! M. Cabassol ne doit pas s'y tromper; il est venu me demander mes soins contre un certain nombre d'affections dont je ne lui ai pas dissimulé la gravité... Il était très bas; un beau jour il n'est pas revenu. Je suis à la fois surpris et charmé de le voir rétabli. j

M. Teéodule Ploquin, colonel en retraite. — Le diable m'emporte, sacrr...

pardon... si j'ai jamais entendu parler d'un Badinard quelconque! je ne connais pas davantage M. Cabassol et je ne sais pas du tout ce qu'est venu me chanter an papier timbré d'un huissier parlant à la personne de mon ordonnance !

M. le Président. —Monsieur le colonel se souvient-il d'une photographie donnée à une dame avec une dédicace signée Jocko?

Le colonel Ploquin. — Jocko!... Gomment, encore! j'ai à dire que j J ai reçu un jour une lettre signée « une personne anxieuse », dans laquelle au nom d'un intérêt sacré, on me demandait si jamais une dame ne m'avait appelé Jocko!... Alors c'est sérieux, je suis impliqué dans une affaire... J'aimerais mieux une rencontre au sabre qu'un procès, mais n'importe, je répondrai franchement, et le mari m'enverra ses témoins s'il le veut... Ah! ah! ah! je vais parler, mais faites sortir les dames !

Émotion profonde dans la salle. Tout le monde attend avec anxiété les révélations du colonel.

Le colonel Ploquin. — Oui, je l'ai déjà dit et je le répète, il y avait Cachucha qui m'appelait Théodoule, puis Rosette qui me nomma toujours Bibi, parce qu'elle n'aimait pas Théodoule,... elle était de Marseille, Rosette, et sacrebleu, c'était une riche nature...

M. Le Président. —Pardon, colonel, il ne s'agit pas de...

Le colonel Ploquin, d'un air furieux. — C'était une riche nature ! Pardon, monsieur le président, je suis retraité, j'ai ma sacrée goutte, mais je suis encore en étai de répondre à un mari, et j'aimerais mieux, je vous l'ai dit, une conversation au sabre de cavalerie! sacrrebleu!... ce ne doit pas être le mari d'Amline, elle n'était pas mariée, qu'on me donne le nom du mari qui me traîne devant les tribunaux et j'en fais mon affaire!.... je ne dérangerai pas d'huissier pour lui, mais...

M. le Président. — Il ne s'agit pas de cela, colonel, dites-nous seulement...

Le colonel Ploquin. — Faites sortir les dames, je dirai tout!... ou bien qu'elles restent tout de même, moi je m'en moque... si ça ne les gêne pas! En 59, en revenant d'Italie, nous allâmes tenir garnison à Bordeaux. Enthou-siame indescriptible à l'arrivée! je reçus une lettre : Vaillant capitaine, je suis italienne! j'ai fait un vœu à la madone, au commencement de la campagne: Sainte Vierge, ai-je dit, si l'Italie est délivrée, je vous promets d'adorer pendant deux jours au moins un des guerriers de la Francia! je vous ai vu ce matin à cheval à la tête de vos hussards, vous êtes ce guerrier que j'ai promis à la madone d'adorer pendant deux jours.

Les deux jours sont commencés. ~

Lucrézia.

m'appeler Jocko, Lucrézia,

Un quart d'heure après j'étais aux pieds de Lucrzia... Faites sortir les dames.' quelle patriote que cette Lucrézia ! et comme elle aimait les Français... son mari était français, mais il était son mari, ce n'était plus la même chose! Sacrrrehleu... Enfin, si c'est lui, comme je commence à le soupçonner, qui me fait ce procès... Je reprends, Lucrézia pâlit à ma vue, tomba dans mes bras, m'inonda de sa brune chevelure,...

— M. le Président. — Arrêtez-vous, témoin I il n'est pas question de Lucrézia, du moment où vous n'êtes pas le Jocko de la photographie, nous n'avons plus rien à vous demander.

Le colonel Ploquin en se retirant. — Sacrrr. une femme qui avait fait à la madone le vœu de m'adorer deux jours... et qui a tenu son vœu pendant trois ansl

M. Poulet Golard, 60 ans. Mouvement de curiosité. (Lillustre savant est vêtu d'une grande lévite marron, il a sespoches bourrées de papiers et tient sous le bras un numéro de la Revue Préhistorique.) —Tous mes instants sont consacrés à l'étude des populations préhistoriques, c'est vous dire, monsieur le président, que je n'ai nullement l'honneur de connaître M mt Badinard qui ne doit certainement pas dater de l'âge de fer, sans quoi elle aurait difficilement réuni la collection de souvenirs aimables dont parlent les feuilles légères que je ne lis jamais I je vous prie de le croire, monsieur le président — une idée m'est venue que je qualifierai de lumineuse : cette dame ne s'occuperait-elle pas d'études anthropologiques? dans ce cas cette réunion de portraits pourrait être une collection scientifique...

M. le Président. — Voudriez-vous éclairer le tribunal sur un point délicat? soit en raison de vos travaux sur l'origine de la race humaine, soit pour tout autre cause, ne vous appelle-t-on pas quelquefois Jocko?

M. Poulet Golard. — Je le reconnais. (Sensation profonde.) Le point de départ de la race humaine, le...

M. le Président. — Alors cette photographie effacée est la vôtre et voilà bien votre écriture?

M. Poulet Golard. (Rajustant ses lunettes.) — Oui...

M. le Président (avec sévérité). — Je suis profondément surpris de voir un homme de votre mérite et de votre situation, perdre ainsi le sentiment de la

— Faites sortir les dames.

dignité, descendre jusqu'à mettre au bas d'une photographie cet autographe pou scientifique :

A elle, le plus bouillant des Billes de billard.

Et ajouter entre parenthèses ces mots :

(Pour les dames! Jocko.)

M. Poulet Golard. — J'ignore comment cet autographe dont je déplore aujourd'hui le manque de tenue, a pu tomber entre les mains de M me Badinard. Ce n'est pas à elle que j'ai fait hommage de mon portrait. M. le Président. — Dites-nous alors à qui?

M. poulet Golard. — Je suis confus, monsieur le président, mais je ne puis préciser, il faudrait me dire le nom et je fouillerais dans mes souvenirs... Je comprends maintenant pour quelle raison, M. Cabassol s'est fait présenter à moi; sous prétexte de science et de littérature, il venait pour venger feu Badinard... Alors, c'est donc lui qui m'a enlevé Tul... je veux dire une de mes élèves... M. Eugène de Monistrol, 36 ans, propriétaire. — J'avoue tout, excepté M me Badinard que je n'ai pas la joie de connaître. J'ai donné jadis bien des photographies à des dames en échange de leurs précieux portraits, mais c'était avant mon mariage, aux heures de ma fougueuse jeunesse. J'étais libre, depuis j'ai toutbrûlé! j'ai tout dit, maintenant je demande si.... monsieur le président est marié sans doute, il comprendra mon inquiétude,... je devrais dire ma cruelle anxiété! je connais la mission de M. Cabassol, eh bienl je demande s'il a vengé Badinard sur moi-même?

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