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La grande mascarade parisienne

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La grande mascarade parisienne
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cédure du programme politique de monsieur de, la Fricottière.

gramme, la ligne de conduite que je tiendrai si j'ai l'honneur d'obtenir vos suffrages ; mon état de maladie ne me permet pas de vous le dire moi-même, mais madame qui possède une des plus belles voix de France, va vous en donner lecture 1

La gouvernante tira un manuscrit de sa poche, but un verre d'eau sucrée préparée par le galant président du bureau et commença sa lecture après quelques tintements de sonnette préparatoires.

Un seul des assistants se permit d'interrompre le programme de M. de la Fricottière. La lectrice en était à l'exposé des vues particulières du candidat sur le chapitre de l'impôt et de l'emploi des finances département taies, lorsqu'un électeur mal inspiré osa élever une objection :

— On dit que le candidat va avoir un conseil judiciaire! Si l'on juge imprudent de le laisser gérer ses finances personnelles, à plus forte raison...

— A la porte, l'agent provocateur! hurlèrent quelques voix dévouées à M. de la Fricottière.

— A la porte ! à la porte !

— Permettez ! s'écria M. de la Fricottière, je comprends votre indignation, mais le propagateur de cette infâme calomnie n'est pas digne de votre colère!... Il n'est nullement question de conseil judiciaire... cependant je dois dire qu'un conseil judiciaire ne peut pas être une raison d'indignité.

Un homme par pure philanthropie, peut se laisser aller à de généreux entraînements., qui éveillent certaines craintes chez ses héritiers... on peut traiter cela de prodigalité et parler de conseil judiciaire... (on fait courir ce bruit parce que j'ai offert une pompe à la commune...) Mais cet homme, messieurs, n'est point pour cela incapable de bien gérer les intérêts de son pays!..

— Bravo ! bravo ! A la porte l'agent provocateur. La gouvernante reprenait sa lecture lorsque M. de la Fricottière parut tout à coup inquiet et agité; il venait d'apercevoir au fond de la salle quelques nouveaux arrivants. C'était M. Bezucheux de la Fricottière fils qui envahissait le manoir paternel à la tête de ses amis Gabassol, Pontbuzaud, Bisscco et Saint-Tropez, flanqués de M 0 Mitaine, avoué près le tribunal de la Seine.

Ces messieurs avaient déjeuné à Chinon, en descendant de chemin de fer, puis ils avaient frété deux voitures et s'étaient dirigés avec les dames sur la Fricottière. Lacostade, natif de la Fricottière, camarade d'enfance de Bezucheux, possédait une petite villa gaiement perchée sur la colline, à deux cents mètres du village. Ce fut là que les voitures s'arrêtèrent. Les dames descendirent et procédèrent à l'installation d'un campement dans la villa ; Lacostade resta pour les aider pendant que Bezucheux s'en allait avec ses autres amis, prévenir monsieur son père que l'heure du conseil judiciaire était arrivée.

Ils tombaient en pleine réunion électorale; ils durent entendre la fin du programme lu par la gouvernante, et avaler ensuite un speech du président de la réunion et quelques menus discours de conseillers municipaux de la commune. Puis, sur un vote d'acclamation enlevé par le président, l'assemblée se sépara.

Bezucheux et ses amis se frayèrent un chemin jusqu'à la tribune et portèrent leurs félicitations au candidat.

— Dis donc, papa, dit Bezucheux après les premières effusions, tu connais tous mes amis, Pontbuzaud, Bisscco, Saint-Tropez et le pauvre Cabassol dont tu dois savoir les malheurs, mais j'ai une autre personne à te présenter.

Et démasquant M' Mitaine, il l'annonça cérémonieusement.

— M c Jules Mitaine, mon avoué !

— Ah ! ah ! fit M. de la Fricottière, en faisant la grimace, je comprends ! CY;it pour la demande en interdiction...

— Qu'est-ce que tu veux, papa ! c'est la destinée de tous les la Fricottière !... Le moment fatal est arrivé, il faut y passer... je t'ai prévenu il y a déjà longtemps, mais tu neveux pas enrayer, tu veux dilapider toujours!

Le moment fatal est arrivé!

— C'est bon, nous discuterons cela... ces messieurs me feront bien l'honneur de diner à la Fricottière ?

— Certainement... tu sais, nous sommes descendus chez Lacostade... nous ne pouvions pas, vu l'état de guerre où nous allons entrer, descendre ici.

La gouvernante avait disparu, abandonnant sur la tribune le programme du futur conseiller général. M. de la Fricottière le ramassa soigneusement ci rentra au château soutenu par son fils.

La galerie d'ancêtres de M. de La Frioottière. — Le procès en interdiction. — M* Mitaine ae dérange I

— Alors, monsieur, dit solennellement M. de la Fricottière, quand il fut seul avec son fils, pendant que ses amis se promenaient dans le parc, vous venez annoncer à l'auteur de vos jours que vous croyez nécessaire de lui faire donner un conseil judiciaire?

— Oui, papa ! C'est ce que je viens vous annoncer... M e Mitaine, mon avoué, est là pour ça!

— J'ai horreur des grands mots et des scènes mélodramatiques... je suis calme... vous voyez, j'ai toujours été pour la tranquillité... dune je ne me laisserai pas aller à de violentes récriminations, mais si, dure extrémité, je me vois dans la nécessité de vous donner ma malédiction paternelle, je prendrai la poste pour intermédiaire... tu la recevras par lettre chargée!...

— Papa, inutile de te mettre en frais de malédiction paternelle! Voyons, franchement, tu dilapides encore comme un jeune homme... à ton âge I

— Je te conseille de parler de dilapidation... qu'as-tu fait de ce oui t'es revenu de ta mère?

— Je l'ai écorné tout d'abord ! fougue de jeune homme, je le reconnais, mais depuis, je me suis arrangé pour le faire durer le plus longtemps possible...

— Tu fricottes aussi, te dis-je 1

— Légèrement!... tandis que toi, papa, tu y vas carrément! ainsi les fermes, bois, vignes, prés, etc., etc., formant le domaine de la Fricottière, tu as tout aliéné ou hypothéqué...

— Qu'est-ce que tu veux, avec ma goutte je ne pouvais plus surveiller le» fermiers.

— Et le château de nos ancêtres? hypothéqué comme le reste 1 Ah! mais

Le farouche Robin de la Fricottière.

je ne voudrais pas que vous fricottassiezle berceau de notre maison !

— Que veux-tu, mes ancêtres m'ont légué leurs faiblesses en même temps que leurs domaines!... il y a la satanée devise de la famille, j'ai été obligé de m'y conformer !...

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