La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
Cinq maris se sont réunis pour se porter partie civile et intenter a 1 infortuné Cabassol un second procès; le maestro Colbuche est à la tête de cette ligue, ils réclament'à MM. Gabassol, Taparel et Miradoux cinq cent mille francs de dommages et intérêts pour le préjudice conjugal à eux causé.
La treizième audience fut marquée par un incident qui donna un nouveau tour au procès. Un témoin trop rageur ayant parlé de son désir d'obtenir une réparation immédiate, Gabassol se leva et demanda la parole.
M Gabassol. — Le témoin M. Koppmann parle de réparation en termes que je me réserve de relever plus tard, hors de cette enceinte. Je dois lui dire aujourd'hui qu'il ne peut être, question de réparation quand il n'y a pas eu de sévices! Monsieur portait dans la liste des vengeances à exercer, le n» 58; ie n'ai pas eu le temps d'aller jusque-là, je n'ai donc rien à réparer...
M. Koppmann. — Allons donc!...
M. Cabassol. — Il n'y a pas d'allons doncl j'ai de l'ordre et de la mémoire, je n'ai pas eu le temps d'aller jusqu'à votre numéro, je vous l'affirme.
Projet de fontaine expiatoire & élerer en l'honneur des victimes de l'affaire Badinard.
fantaisies que M mc Koppmann peut s'être permises sans que j'y sois pour rien...
M. Koppmann. — Tenez, monsieurle président, voilà deux lettres que j'ai saisies dans un corset de M me Koppmann, lors des recherches que je fis quand les journaux m'apprirent que je me trouvais sur la liste des victimes de M. Cabassol!
(Le témoin, visiblement ému, passe deux petites lettres à M. le président, qui en donne lecture.)
Mardi. Vous voir, c'est vous aimer! vous aimer, c'est habiter le 7 e ciel ou plonger au plus profond de l'enfer, à votre choix, selon ce que vous déciderez pour le cœur profondément ému qui écrit ces lignes avec la tête perdue!
Vous êtes belle, soyez bonne ! ne me précipitez pas dans les affres du désespoir je vous l'ai dit hier, je vous l'avais dit avant hier, je vous le crie aujourd'hui, je vous aime! enfer ou paradis, décidez!
Gu bien, au moins ne me faites pas faire -rop de purgatoire.
Jeudi matin. Ma petite bichette chérie.
Si ma petite bichette chérie était bien gentille, mais là, bien gentille, je sais bien ce qu'elle ferait! elle viendrait avec moi écouter les Horaces à l'OdéonJ'ai une loge de faveur! comme ça la reposerait du naturalisme, et comme il serait doux de causer du grand Corneille à deux ! Ma petite bichette chérie m'expliquerait Gœthe, et elle prendrait l'engagement de ne pas être méchante comme hier et de ne plus me parler de son affreux mari qui est en voyage depuis 6. mois et qui ferait bien d'y rester !
M. Cabassol (accent indigné et sincère). — Jamais je n'ai écrit cela! je proteste!
M. le Président. — En effet, cela ne ressemble pas aux différents spécimens d'écriture que le tribunal a devant les yeux... et c'est signé Mir.f
M e Taparel, bondissant derrière Cabassol. — Et c'est signé Mir. ?
(M. Miradoux, placé à côté de M 6 Taparel, parait visiblement gêné.)
M e Taparel. — Mir., c'est Miradoux... Je prie M. le président de me laisser jeter un coup d'œil sur ces autographes...
M. Koppmann. — Mais vous me les rendrez, ils me sont indispensables pour obtenir le divorce...
M. Miradoux. --Je n'essaierai pas de feindre; ces deux lettres sont de moi. (Stupeur dans l'auditoire.) Affaire personnelle dans laquelle M. Cabassol n'a rien à se reprocher!... Je sollicite toute l'indulgence du tribunal pour un instant d'erreur... Oui, un instant d'erreur non partagée ! M me Koppmann est pure, elle n'est pas venue à lOdéon, je le jure... (M. Koppmann ricane et se croise les bras.) Mon Dieu, messieurs, c'est l'affaire Badinard qui est cause de ma chute... permettez-moi de m'expliquer. Nommé exécuteur testamentaire par la confiance de M. Badinard, quel était mon devoir? Tous les juristes s'accorderont à le dire : Mon devoir, mon devoir strict était de veiller à l'exécution des volontés du testateur et d'aider de tout mon pouvoir à cette exécution.
M e Biciiel, avocat de M. Cabassol. — En droit, M. Miradoux a raison. L'exécuteur testamentaire doit exécuter ou veiller à ce que le légataire exécute! Sirey, Dalloz, Dupin, Troplong sont d'accord là-dessus, et je pourrais citer maints jugements qui affirment ce devoir de l'exécuteur testamentaire.
M e Mitaine. — Certainement, la question de droit ainsi posée doit être résolue dans ce sens, mais la question de fait! Je défie l'éminent avocat de la partie adverse de trouver dans Sirey, Dalloz ou Dupin, rien qui autorise M. Miradoux à appeler la femme du témoin ma petite bichettechérie ! I!
M e Bjcuel. — Sans nul doute ! mais il n'en est pas moins vrai que M. Miradoux, exécuteur testamentaire, devait tout faire pour aider à l'exécution du testament de feu Badinard? Je profite de l'occasion pour bien établir son rôle... Ce rôle fut à la fois modeste et actif; M. Miradoux se chargea de recueillir sur les soixante-dix-sept personnes, vouées à la vengeance de M. Cabassol, tous les renseignements nécessaires à l'exécution rapide et discrète des volontés du testateur. Je n'ai pas à discuter la légitimité des griefs de M. Badinard, il est maintenant prouvé que l'infortuné fut jeté dans l'erreur par un concours de circonstances encore inexpliqué. Je reviens à M. Miradoux. Pour être modeste, le rôle accepté par lui n'en était pas moins rempli de périls cachés, de fossés dissimulés sous les fleurs ! Pensez-y, messieurs, dans le cours de ses recherches, M. Miradoux dut être exposé bien des fois à des émotions aussi délicates que dangereuses, à des troubles particuliers... il est homme et par conséquent fragile... Vingt fois il triompha de son cœur, la vingt-unième fois ii succomba!... 11 a droit, en
— M. Miradoux dût être exposé à d,es émotions délioatu et dangereuses.
raison de sa situation particulière, à toutes nos indulgences ; il était exécuteur testamentaire, il a exécuté, un peu trop et voilà tout !
M. Miradoux {timidement). — Excès de zèle!...
M. le Président. — Cette affaire, messieurs, est profondément triste, elle nous montre à quelles faiblesses des hommes, d'un caractère sérieux pourtant, peuvent se laisser entraîner par suite d'une mauvaise interprétation du devoir.
M. Koppmann. — Il n'en est pas moins vrai que j'ai été victime. Je redemanderai au tribunal les lettres de M. Miradoux pour les poursuites ultérieures.
If. Gabassol. — Je déclare solennellement ici que dès l'instant où j'ai connu à quelles déplorables erreurs, l'erreur première de M. Badinard m'avait conduit, j'ai cessé toutes hostilités, et que j'ai immédiatement songé à offrir une réparation discrète aux personnes lésées... (Mouvement dans l'auditoire.)
M. le Président. — Ce sentiment est louable; mais de quel genre de réparation voulez-vous parler?
Une voix dans la salle. — Le revolver! (Émotion profonde.)
Une autre voix. — Le sabre IMille cartouches!...
Une autre voix. — Pas de réparations possibles !
Une autre voix. — C'est sa vie qu'il me faut d'abord l
Une autre voix. — Cinq cent mille francs de dommages et intérêts ensuite !
M. le Président. — Si ces manifestations peu respectueuses pour la justice continuent, je ferai évacuer la salle.
Une voix féminine au banc des avocats. — Je ne veux pas qu'on le tue, moi!
(M. le président regarde du côté des avocats et dit quelques mots à un huissier. Un avocat est saisi par le garde municipal, il veut protester, mais sa toque tombe et de longues tresses blondes se montrent indiscrètement. Quelques personnes croient reconnaître sous la robe de l'avocat une actrice des Folies-Musicales. Quelques jeunes avocats prennent son parti et sont expulsés avec elle.)