La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
Un monsieur lui avait appris à nnger.
M. le Président. — Témoin, ne questionnez pas le tribunal...
M. de Monistrol. — Pardon, mais nous étions à Dieppe, ma femme et moi, dans le même hôtel que M. Cabassol... dans le même couloir... {hilarité) cette coïncidence m'a frappé... M. Cabassol n'est pas venu sans intention so loger dans le même couloir qu'une personne signalée à sa vengeance, voici la photographie de M mc de Monistrol, vous pouvez voir qu'Agnès est joiie... et... (hilarité).
Lucrézia m'inonda de sa brime chevelure.
M. le Président. — Témoin, il est inutile de...
M. de Monistrol. —Pardon... mais je regrette de ne pas l'avoir fait photographier dans son costume de bains de mer, comme pièce à conviction... je mesuis absenté pendant quinze jours (hilarité prolongée), etj'ai appris qu'Agnès avait beaucoup valsé au Casino pendant mon absence, qu'elle s'était commandé six toilettes et quatre costumes collants pour le bain.... et enfin qu'un monsieur lui avait appris à nager et à faire la planche.... Ce monsieur ne serait-il pas l'audacieux Cabassol ?... et s'est-il borné à la natation?...,
Je veux savoir la vérité. Monsieur le président... je voudrais une certitude... vous ne voulez rien me dire, soit, j'irai consulter une somnambule !
M. Ramon de las Carabellas, 40 ans, rentier. — Je ne connais qu'une chose je ne suis pas coupable de la moindre peccadille vis-à-vis de M. Badinard, mais si M. Cabassol a tenté de me faire des chagrins conjugaux, nous nous mettrons dans une chambre, dans l'obscurité, avec un revolver et un couteau et nous tirerons l'un sur l'autre, sans aucune pitié!... mais il n'y aura que le mien de chargé !
M. Achille Val/berné, 37 ans, propriétaire. —Je n'ai rien à me reprocher, je n'ai jamais connu M. ou M mc Badinard. Maintenant, ai-je été victime de M. Cabassol, le vengeur de Badinard? je l'ignore, mais j'ai de fortes présomptions de le croire, depuis un an ma femme m'inquiète; elle qui, dès le commencement de notre mariage, un mariage d'inclination pourtant, se montrait acariâtre, jalouse et querelleuse, elle est maintenant la douceur même! ça n'est pas naturel, monsieur le président, j'en appelle à tous les maris! Je vous conjure, monsieur le président, d'avoir pitié de mes angoisses et de me dire si je suis victime?... Mon cœur est brisé, se peut-il que l'ange de mon foyer, l'idole démon âme, celle que dans ma candeur, j'avais placée sur un piédestal...
M. le Président. — Arrêtez-vous, témoin, comment accordez-vous ces beaux sentiments sur l'ange de votre foyer, avec ces mots de votre main sous votre photographie : « Le diable emporte ma femme, à toi mon cœur 1
« Vauberné. »
Explosion de rires. Le témoin rougit et balbutie, il parle $ erreurs de jeunesse et dit que s'il a papillonné jadis il est aujourd'hui dévoré par les remords.
M. le président {avec sévérité). — Allez, et tachez, par votre conduite, de faire oublier ces erreurs à l'ange de votre foyer!
Le témoin, confus, se dirige vers la sortie; en passant devant la barre dupu-blic, il reçoit brusquement une paire de gifles que lui administre une dame du premier rang.
— Voilà ! dit la dame, voilà pour ton vœu : le diable emporte ma femme! et voilà pour tes soupçons !
Une scène de confusion indescriptible se produit dans l'auditoire, des applaudissements éclatent sur quelques bancs, on se pâme de rire sur les autres. Quelques dames voisines de M me Vauberné allongent des coups d'ombrelles au témoin en l'appelant vieux monstre ! Les municipaux tentent de se frayer un passage jusqu'à M' ne Vauberné pour l'expulser, mais dans la bagarre ils reçoivent aussi de nombreux horions.
L'audience est suspendue pendant un quart d'heure. M. Vauberné en profite pour prendre quelques témoins qui attesteront devant les tribunaux que M m - Vauberné s'est portée sur lui à des voies de fait. De son côté, M mc Vauberné choisit immédiatement un avocat et un avoué et les charge d'erilamer sur l'heure un procès en séparation.
VI
Suite do l'audition dea témoins. — Révélations nouvelles. — L»s faiblesses de Miradoux. — Réparations proposées par Cabassol. — Coup de théâtre.
Les audiences du grand procès Badinard contre Cabassol se succédaient plus mouvementées les unes que les autres. Le grand mouvement de curiosité excité par la première audience, loin de s'être apaisé, n'avait fait
M"" Vaubemé choisit immédiatement un avocat.
que s'accentuer, chaque jour le Palais de justice était assiégé par la foule. Ceux qui n'entraient pas attendaient dans les couloirs ou dans la salle des Pas-Perdus les nouvelles de l'audience et les transmettaient aux curieux du dehors. Des notabilités de tous les mondes garnissaient la salle et ne manquaient aucune audience : on voyait des hommes politiques soucieux de s'éclairer sur les grandes questions mises en jeu par le procès, et notamment sur la question du divorce, à laquelle le procès apportait un grand nombre d'arguments pour ou contre, des auteurs dramatiques attirés par les curieuses révélations qui soulevaient par bien des coins, le voile delà vie privée du monde du xix e siècle — des grandes dames en quête de détails piquants, des" artistes dramatiques, des diplomates, des petites dames, etc., etc.
Cabassol est vivement pris à partie par les témoins qui continuent à défiler devant le tribunal. La lumière ne se fait pas, M me Badinard, tout le monde s'accorde à le dire, est innocente, mais aucun des témoins, soit oubli, Soit mauvaise volonté, n'a révélé le nom delà véritable propriétaire de l'album au 71 photographies, de la collectionneuse de souvenirs amoureux, cause de tout le mal.
Les chroniqueurs et les mauvaises langues se font un malin plaisir de donner des noms purement imaginaires, et de mettre cette collection malencontreuse sur le dos de personnes bien innocentes. Dès la seconde audience on a parlé de Criquetta qui a répondu spirituellement par un certificat de Bézucheux de la Fricottière, l'un des 77, attestant sa parfaite innocence. Ensuite on a prononcé le nom de GoVa Pearl, mais, vu le nombre relativement peu important des portraits, les soupçons se sont portés bien vite sur d'autres jeunes personnes. Une grande dame du noble faubourg fut un instant indiquée comme
Le public à l'audience.
la véritable collectionneuse, puis une écuyère endossa la responsabilité du Snes témoins protestent à l'unanimité de l'innocence de M- Badiriard et déclarent que jamais ils n'ont offert le moindre portrait à cette dame, en revanche, ils ne se se gênent pas pour fulminer contre la férocité aveugle de feu Badinard et contre le pauvre Gabassol. M° Taparel et Miradoux sont aussi fortement maltraites par les témoins furieux du rôle joué par eux en cette affaire.