La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
Les vociférations continuent dans la salle. — Non, pas de réparation possible! — Le revolver! le sabre 1 etc., etc.
M. le Président. — Qui a parlé?
M. Ramon de las Carabellas dans la foule. — Moi!
Le colonel Ploquin, idem. — Moi ! j'ai été traité de vieux singe, je veux laver cette injure dans le sang de M. Cabassol !
M. le Président. — M. Cabassol a dit que dès le premier jour il avait songe qu'il vous devait une réparation. Laissez-le s'expliquer.
M. Gabassol. — Feu Badinard avait dit : la peine du talion! Sa femme était très compromise, à ses yeux, par les soixante-dix-sept portraits de l'album, je devais donc compromettre les épouses de ces soixante-dix-sept portraits!... j J ai à me reprocher d'avoir compromis quelques personnes... bien à tort, je le reconnais, mais enfin... j'ai compromis ! Que devais-je faire pour
Je ne veux pas qu'on le tue, moi!
réparer autant qu'il était possible mes torts envers les personnes lésées? Après avoir bien réfléchi, après avoir bien pesé les avantages et les inconvénients, je me suis arrêté à un projet que je demande à dévoiler à monsieur le Président...
M. le Président. — Dévoilez tout haut.
M. Cabassol. — La ville de Paris manque de bornes-fontaines; grâce à la haute c générosité d'un homme qui allie la philanthropie au goût épuré des beaux-arts, elle a les fontaines Wallace, mais elles ne sont pas en nombre suffisant... j'ai donc pensé...
(Don Ramon Carabellas se démène furieusement dans l'auditoire et parle encore de recoh'er.)
M. Cabassol. — Je me suis donc arrêté au projet de doter la Ville de nouvelles bornes-fontaines artistiques, presque monumentales, dont le principal ornement serait, pour chacune, le buste d'une personne lésée...
Dqn Ramon Carabellas, vociférant. —Je ne suis pas de Paris! je préfère le revolver !
M. Cabassol. — D'abord vous n'êtes pas lésé, vous, vous n'auriez pas droit à ma borne-fontaine !
Le colonel Ploquin. — Le sabre 1 pas de fontaine !... le qualificatif borne est encore une injure!
M. le Président. — Ces interruptions sont déplacées. — Je ne vois rien que de fort louable dans l'idée de M. Cabassol. — M. Cabassol entraîné par les circonstances est tombé dans des erreurs regrettables, mais il me paraît entré dans la voie des remords sincères. Son projet à quelque point de vue qu'on l'envisage, me paraît digne d'être discuté.
M c Mitaine. — Ce n'est qu'un projet en l'air!
M. Cabassol (Sortant une liasse de papiers, de sa poche.) — Voici les devis de l'architecte que j'ai consulté, voici le devis du plombier et enfin voici le croquis du sculpteur! vous voyez que ce projet était sérieux. Sans le procès, les bustes seraient en cours d'exécution! On peut citer le plombier, l'architecte et le sculpteur...
M e Mitaine. — Si c'est sur l'actif de la succession Badinard que M. Cabassol prétendait élever des bustes aux personnes lésées, je proteste au nom de M m: Badinard... Le testament injurieux de feu Badinard portait que, dans le cas où M. Cabassol renoncerait aux vengeances ordonnées, ou bien ne réussirait pas dans ses tentatives, la fortune personnelle de M. Badinard servirait à élever une maison de retraite douce et confortable pour les maris maltraités par le sort. Il ne peut plus être question de cet asile maintenant que l'on sait que feu Badinard fut un maltraité imaginaire. Donc pas de vengeance, pas d'asile, mais l'annulation du testament!...
M. le Président. — Le tribunal, avant de rien décider sur cette question, doit faire la lumière sur toutes les autres. — Le point capital du procès c'est l'innocence ou la culpabilité de M me Badinard, le défenseur ne met pas en doute cette innocence, soit, mais alors, à qui appartenait l'album sur lequel le testament est basé? tout est là! Quelle est donc la personne qui possède à un si haut degré le culte des souvenirs photographiés? Les témoins qui lui offraient tant et de si tendres hommages n'ont pas seulement pu se rappeler son nom... Inconstance désastreuse! légèreté inouïe! oubli lamentable!... Il est temps cependant de faire sortir de son incognito cette aimable collectionneuse; j'adjure M. Gabassol de sortir de sa réserve et de nous dire ce nom qu'il cache sans doute par un excès de discrétion blâmable. Je l'adjure de nous le dire, au nom d'une femme outragée et calomniée, au nom même de son adversaire, au nom de M me Badinard!
(Sensation profonde ; on attend avec anxiété la réponse de M. Cabassol.) M. Cabassol (d'une voix grave). — Monsieur le président ne fait pas en vain appel à ma délicatesse — Je reconnais n'avoir pas le droit de laisser peser plus longtemps sur une tête innocente l'erreur de feu Badinard... La per-
Hier a été célébré le mariage morganatique de..
sonne qui avait collectionné les soixante-dix-sept photographies... c'est M m0 Tulipia Balagnyl
Émotion indescriptible, l'auditoire pousse des exclamations où percent la surprise, la colère, la gaieté, l'ironie ou l'indignation; on rit beaucoup au banc occupé par les artistes des Folies-Musicaies — Des reporters s'échappent rapidement pour aller porter la nouvelle à leurs journaux.
(Tous les témoins dispersés dans la salle font des efforts surhumains pour descendre à la barre à travers Vawlitoire tumultueux. Bezucheux de la Fricottière, Lacostade, Bisseco, Saint-Tropez et Pontbuzaud assis à côté de Cabassol, se lèvent et tinterpellent...)
— Mon petit bon, tu en es sûr? s'écrie Bezucheux, mais alors, messieurs, c'est une affreuse trahison, vous me trompâtes plus que je ne pensais...
— Ht vous! indigne ami, vous nous...
— Je me disais... ils me trahissent un petit peu... légèrement... mais... Lis amis, moi je trouve ça dégoûtant, décidément!... c'était avant ma première brouille avec Tulipia, il y a deux ans et demi, trois ansl...
— Il y a trois ans? alors, dit Lacostade, c'est moi le premier en date... d'ailleurs, j'avais le n° 37, dans l'album... vous pouvez vérifier... eh bien! je date d'il y a quatre ans, moi, messieurs, je sortais du régiment... je me suis brouillé cinq fois avec Tulipia, et cinq fois nous nous raimâmes!... donc c'était moi le plus trompé!
— Moi s'écria Bisséco, je vis la perfide Tulipia il y a deux ans et demi pour la première fois;... mon portrait porte le n° 58 dans l'album au* souvenirs... du diable si je me doutais...
— C'est moi le dernier, mes enfants, j'ai le n° 62 ! déclara Saint-Tropez, Tulipia date de mon conseil judiciaire, il y a deux ans et deux mois ...j'obtins mon conseil judiciaire un vendredi, le samedi je soupais avec la perfide et elle me consolait...
— Alors, misérable, c'est toi qui nous trompas tous!...
— Allons, messieurs, dit Gabassol, un peu de philosophie!
— Horreur, fit Bezucheux, nous apprenons ça aujourd'hui, quand ce matin les gazettes nous ont déjà porté un si rude coup au cœur... Tiens, lis cet entrefilet du Figaro.
TÉLÉGRAMMES ET CORRESPONDANCES
« Vienne. — Hier a été célébré à l'église grecque le mariage morgana-« tique de Son Altesse le prince Michel de Bosnie, avec la baronne de Balagny, une charmante Parisienne qui va éblouir de son sourire et de ses vertus l'antique et solennelle cour de Bosnie. L'auguste père du prince Michel « avait négocié naguère une union avec la maison de Klakfeld, mais le cœur « ayant parlé, la raison politique a dû s'incliner.
— Diable! fit Cabassol, pauvre Tulipia, ma révélation va peut-être la gêner!... je ne voulais rien dire, mais vous avez vu, vous êtes témoins, j'ai été forcé de parler...
Un bruit de gifles données et rendues précipitamment l'interrompit. C'était le bouillant don Ramon Carabellas qui s'expliquait avec M. de Monistrol.