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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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L’Atamide volant qui avait transporté Tancrède se leva à son tour et s’adressa à l’assemblée. Il me sembla que sa façon de parler différait de celle des membres de la caravane. Impossible de savoir s’il s’agissait d’un accent propre à sa caste ou juste d’un trait de personnalité.

« Je m’appelle Gena’erekku, dit-il. Certains d’entre vous me connaissent déjà, car j’ai participé à de nombreuses opérations de sauvetage à la bataille d’Uk’har. J’ai l’honneur d’être l’un des cinq seigneurs de ma caste et je commande à plusieurs milliers des miens. Comme l’a dit le noble Arnut’har, j’ai une confiance absolue en Yus’sur. S’il a choisi cet humain pour nous mener au combat, alors c’est qu’il est le seul à pouvoir nous sauver. Tancrède de Tarente, je me mets dès maintenant à ton service et je te promets que les Yaze’ers ne reculeront pas devant leur devoir. Pour commencer, chaque chef de guerre qui se rendra dans une autre tribu pour transmettre le message de Yus’sur sera transporté par l’un des miens. »

L’annonce fit son effet. Même si je n’avais aucune peine à imaginer que ces Yaze’ers représenteraient une force essentielle lorsque le temps des combats serait venu, le simple fait que Gena’erekku s’engage à faire transporter par voie aérienne tous les chefs de guerre permettrait déjà de gagner un temps précieux.

Ainsi, cette fois, les dés étaient jetés pour de bon. Plus question de reculer.

Nous venions de nous engager sur une route longue et dangereuse sans avoir la moindre idée de ce qui nous attendait au bout. À cet instant, j’avais peur. Non pas la peur physique du combat. Celle-là, je supposais qu’elle viendrait plus tard, quoique toujours trop tôt. Non, j’avais simplement peur de ne pas être à la hauteur.

Toutes les parties présentes à cette réunion avaient fait de grandes déclarations solennelles, et moi, qui représentais par la force des choses la « caste » – pour parler comme un Atamide – des ingénieurs humains, tout ce que j’avais été fichu de dire était « j’ai une idée un peu dingue ! » Si déjà je n’étais pas capable de me hisser au niveau de ce moment-là, qu’en serait-il des moments critiques que nous promettaient les décisions prises par cette assemblée ?

* * *

Alpha du Centaure était déjà basse sur l’horizon tandis que Tancrède marchait vers la tente de Tan’hem. Il avait enfilé sa cape de pluie réglementaire dont le tissu technique reflétait si peu la lumière qu’il était presque indétectable dans le crépuscule. Dans sa lente descente vers la nuit, la grande étoile parvenait à percer par intermittence l’épaisse couverture nuageuse, provoquant à chaque fois des fulgurances de lumière dans l’atmosphère saturée de pluie, embrasant fugitivement les draperies de vapeurs qui dérivaient lentement entre ciel et terre.

Comme le grondement sourd de la pluie masquait tous les bruits et que personne ne s’aventurait dehors par ce temps, le camp paraissait désert. Toutefois, certains Atamides avaient relevé une paroi de leur tente, laissant entrevoir des scènes de vie ordinaire, certains préparant le dîner, d’autres jouant avec des enfants ou discutant au coin d’un feu.

En approchant de la tente de Tan’hem, Tancrède s’apprêtait à appeler de l’extérieur afin de prévenir qu’il était là, lorsque la fente-porte s’élargit soudain. Le vieillard venait de l’ouvrir et lui faisait signe d’entrer. Avec les capacités mentales des sages atamides, l’expression « rendre visite à l’improviste » perdait tout son sens.

« Am’ak, Tan’hem », fit Tancrède pour saluer en entrant. Même s’il ne connaissait pour le moment que quelques mots, il avait décidé, à l’instar d’Albéric, de tenter d’apprendre la langue des Atamides.

« Am’aaâk, Tanh’cred », répondit Tan’hem à voix haute, sans pouvoir s’empêcher de rectifier la prononciation en laissant traîner la deuxième syllabe du salut.

Le doyen des sages de la caravane disposait d’une tente pour lui tout seul ce qui, à première vue, constituait un privilège. Cependant, Tancrède avait l’impression qu’il s’agissait plutôt d’une obligation dont Tan’hem se serait bien passé. Par ailleurs, cette tente était beaucoup plus petite que les autres.

Yus’sur était là, assis près du feu, en train de faire griller un mets indéfinissable au bout d’une pique.

Tancrède ôta sa cape et la secoua près de l’entrée, avant de la donner à Tan’hem.

« J’espère que je ne dérange pas, dit-il tandis que le sage suspendait le vêtement à un crochet. Je voulais parler à Yus’sur.

— Ma tente t’est toujours ouverte. Je vais vous laisser.

— Non, non, je n’avais pas l’intention de te mettre dehors ! Je peux très bien revenir plus tard.

— Ne t’inquiète pas, pensa Tan’hem en lui posant une main sur le bras. Je vais souvent me promener le soir, cela aide le vieil Atamide que je suis à trouver le sommeil.

— Mais il pleut à verse !

— Et alors, ce n’est que de l’eau, non ? »

Il ramassa une couverture et se la jeta sur les épaules. Puis il sembla se raviser et se tourna vers Tancrède.

« Est-ce que je pourrais… commença-t-il, l’air gêné. Pourrais-je t’emprunter ton étrange cape ? J’avoue que j’ai très envie d’essayer un vêtement humain pour une fois !

— Bien sûr, je t’en prie », répondit Tancrède, amusé par cette demande ingénue.

Tan’hem eut un petit rire, que l’on aurait presque pu qualifier d’enfantin, puis enfila la cape en se tortillant pour y entrer. Lui et Tancrède ayant à peu près la même corpulence, il put même rabattre la capuche sur son crâne. Après un signe de remerciement, il passa la porte et disparut dans la nuit.

Tancrède s’approcha de Yus’sur. L’Ancien dégustait la viande qu’il venait de faire cuire en soufflant pour la refroidir.

« Je me doutais que tu viendrais », dit Yus’sur en mastiquant consciencieusement.

Tancrède se fit la réflexion que l’un des avantages de ce mode de communication était que l’on pouvait vraiment parler la bouche pleine.

« Peut-être n’as-tu pas dîné ? Si tu veux te joindre à moi…

— Non merci, j’ai déjà mangé. »

Ce n’était pas tout à fait vrai, toutefois le Normand n’avait guère envie de goûter les rubans gluants aux teintes violacées que le vieil Atamide enfilait sur sa pique avant de les faire cuire. Puis il se rappela qu’on ne pouvait cacher ce genre de pensée à un sage au et se mordit la lèvre. Décidément, ce n’était pas toujours simple de fréquenter des êtres doués d’un tel talent. Il enchaîna :

« J’espère que je ne vous importune pas.

— Non. »

Yus’sur enfila un nouveau morceau de chair sur la pique et la tendit au-dessus des braises qui se mirent aussitôt à crépiter sous les projections de graisse.

« Tu as bien parlé à la réunion, tout à l’heure.

— Merci. » Tancrède hésita un instant avant de se lancer : « Puis-je vous poser quelques questions ? Il y a un ou deux points qui me tracassent. »

L’Ancien lui jeta un regard indéchiffrable par-dessus les flammes puis fit un geste signifiant « je t’en prie ».

« Vous saviez que les humains arrivaient en masse pour attaquer Akya, et en particulier Uk’har. Pourquoi ne pas avoir prévenu votre peuple de cette invasion imminente ?

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