La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
Après sa déposition, le témoin va s'asseoir à côté de M. Cabassol.
Le banc des accusés.
M. Lacostadé, 35 ans, ancien officier de cuirassiers. — Le diable m'emporte, monsieur le président, si j'ai jamais entendu parler de M me Badinard. Voilà tout ce que je sais.
— Cependant, voici, dans l'album provenant de la succession Badinard, votre portrait avec cette dédicace :
A ma petite fleurette chérie,
Capitaine Lacostade!
— Pas possible! j'aurais appelé ma petite fleurette une dame que je n'ai jamais vue ? il doit y avoir erreur ! Comment s'appelle-t-elle de son petit nom, M me Badinard?
M e Mitaine consulta ses papiers et répondit :
— Quoique ceci soit bien inutile, puisque l'innocence de ma cliente est reconnue, je répondrai au témoin... M rae Badinard s'appelle de son petit nom Léonie.
— Léonie? je n'ai aucun souvenir, le diable m'emporte! et pourtant je me plais à déclarer que j'ai le culte des souvenirs !
— Que savez-vous sur M. Cabassol?
— Brave garçon! un peu intermittent, pendant des mois on le voyait tous les jours, puis il disparaissait... je dois dire que j'ai compris quand j'ai su la mission qu'il avait acceptée; je sais aussi qu'il a cherché à sévir contre moi et à m'enlever le cœur de celle que j'aimais, M lle Tul..., mais le nom ne fait rien à l'affaire. Je lui pardonne, car elle était déjà volage avant qu'il la connût!... volage et perfide!
Le témoin va serrer la main de M. Gabassol, et s'asseoit à côté de M. de la Fricottière.
M. Jules de Saint-Tropez, 30 ans, rentier. — Je jure devant Dieu et devant les hommes que je n'ai jamais vu M me Badinard. Quant à Gabassol, il fut mon ami, j'ai appris sans en comprendre la raison que j'avais été une des victimes désignées à la vengeance de Cabassol par un mari féroce à qui je n'ai jamais fait de peine. Qu'il porte le poids des chagrins qu'il a causés ! Cabassol dut, je le crains, se montrer sans pitié pour moi, tous les amis sont comme ça.
— Précisez !
— C'est difficile, je n'oserai jamais. Une dame du meilleur monde qui... que je... bref, qui m'avait donné maintes preuves d'une tendresse que je qualifierai de passionnée, me... fut... bref, il y eut un cataclysme auquel je n'ai jamais rien compris. Gomment concilier, je vous le demande, les preuves de tendresse passionnée dont je viens de parler avec la plus cruelle et la plus étrange des trahisons? Après cette affreuse découverte, Cabassol est demeuré mon ami et il l'est encore.
Le témoin salue le tribunal et va s'asseoir à côté de M. Cabassol.
MM. Pont-Buzaud et Bisseco font des dépositions presque identiques et se rangent ensuite derrière M. Cabassol.
M. Félicien Cabuzac, 33 ans, négociant. — Je suis innocent, monsieur le président, je suis innocent!... Jamais je n'ai entrevu M mc Badinard!
— Très bien! voici, dans l'album de la succession, votre portrait avec ces mots : à Elle! son Félicien Cabuzac.
M. Félicien Cabuzac se trouble fortement et regarde dans la salle où une jeune dame vient de s'évanouir. Il dit quelques mots tout bas à M. le président qui donne l'ordre à un municipal de conduire la dame dans une autre salle. On se raconte dans l'assemblée que cette dame est la femme du témoin, M mc Cabuzac elle-même.
— Voilà, dit sévèrement le président, le déplorable résultat des erreurs de jeunesse, que ceci vous serve de leçon! Dites ce que vous savez?
— Ce que je sais, c'est que M. Gubassol que voilà, a voulu venger M. Ba-dinard, sur moi qui suis innocent? Le jour même de mon mariage {hilarité dans l'auditoire) à l'arrivée de la noce au restaurant à Vincennes, nous avons trouvé M. Cabassol, déjà installé à table avec monsieur que voilà à côté de lui, (le témoin désigne M 6 Taparel) et un Chinois (hilarité). Je n'essayerai pas de vous peindre le désarroi jeté dans la noce par ces messieurs... M. Taparel a cherché à insinuer que j'avais, avant mon mariage, mené une existence
Incidents d'audience.
échevelée, il a dit que j'arrivais usé, que ma femme devait être inévitablement malheureuse, etc., etc. Pendant ce temps, M. Cabassol profitant du trouble causé par ces insinuations, prodiguait des consolations à ma femme, il lui offrait son cœur et lui embrassait la main... (hilarité). Puis M e Taparel parla de divorce et nous engagea réciproquement à plaider en séparation! Le résultat de tout cela fut que la première année de mon mariage se trouva tout à fait gâtée... Nous devions partir, ma femme et moi, pour notre voyage de noces en Italie... Ma femme n'en voulut pas entendre parler et prétendit rester chez sa mère... Nous fûmes sur le point de plaider!... Pas de lune de miel, (hilarité prolongée, des dames se tordent sur les bancs. M. le président parle de faire évacuer la salle). Non, pas de lune de miel!... Nous sommes à peine réconciliés depuis trois mois, et voilà que cette malheureuse photographie vient encore de troubler mou ménage I... je suis las d'être la victime de If. GabassoI,je vais lui intenter un procès!
M.GOLBOCHE, compositeur de musique. (Mouvement de curiosité dans l'auditoire.) — J'ai appris il y a trois semaines par les articles des journaux, l'odieuse mission acceptée par M. Cahassol ; j'ai su que l'on me rangeait au nombre des victimes du vengeur de M. Badinard! Pouvais-je m'attendre à une pareille révélation? Je n'ai jamais vu M me Badinard et mon portrait ne ûgure pas dans l'album de cette dame... Donc, quel motif peut avoir poussé M. Cabassol à sévir contre moi? Ses tentatives sont sans excuses...
M Bien EL, avocat de M. Cabassol. — Pardon 1 il y avait contre le témoin des probabilités qui justifient les tentatives de M. Cabassol. Il y a dans l'album au n° 23. une photographie presque effacée qui ne laisse voir qu'un crâne ravagé par la calvitie. La dédicace accompagnant cette photographie est ainsi conçue : «A elle! le plus bouillant des Billes de billard, iockol (pour les dames). » Le témoin fait partie du club des Billes de billard, son crâne, on peut le constater, présente plus d'un rapport avec celui de la photographie. De là, l'erreur. Mon client croyait exercer une vengeance légitime... N'oubliez pas qu'il avait accepté un devoir sacré!
M. CoLBuem-:, rouge de colh-e. — Et c'est sur d'aussi faibles indices que M. Cabassol s'est lancé sur moi!... Il s'est fait passer pour dentiste, il m'a abîmé la mâchoire... S'il n'avait abîmé que cela! mais enfin il y a toute une correspondance que j'ai saisie dans le secrétaire de M me Colbuche, une correspondance tour à tour brûlante et mélancolique... Hélas! Madame Colbuche répondait en cachette, et elle était brûlante aussi !
Et ii parait que l'on a retrouvé la copie de ces lettres sur les registres de l'étude de M e Taparel notaire à Paris, qui n'a pas craint de prêter son ministère à des actes aussi étrangers à sa mission sociale ! Les journaux en ont publié quelques extraits qui me couvrent de ridicule et je vais plaider en séparation, tout cela par la faute de M. Cabassol... et ma pièce, la Petite Favorite, que le misérable a fait crouler, en me suggérant l'idée ridicule du ballet du mal de dents!... Et grâce à la dent, à la dent jadis excellente qu'il m'a déracinée, je souffre et j'ai d'horribles fluxions â tous les changements de temps!
M. RoQUEBAL, auteur dramatique.. (Mouvement de curiosité et rires sur les bancs occupés par le personnel des Folies Musicales). — Feu Lcsurques n'était pas plus innocent du meurtre du courrier de Lyon que je ne le suis des chagrins conjugaux de feu Badinard. Je ne peux pas prouver d'alibi, mais je jure que jamais je n'ni seulement entrevu le bout du nez que je suppose joli, de M" Badinard! Quant à l'auteur de lous les maux de tant de braves gens, quant au féroce Cabassol, je l'ai vu un peu aux Folies Musicales, quand mon pauvre collaborateur et ami Colbuchc faisait répéter la Petite Favorite. ; cet !