Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
À leur retour dans le salon, le comte dit : « Amusez-vous, mangez, buvez. Ensuite, vous passerez voir mon secrétaire pour recevoir votre rétribution. »
Mikael fit oui de la tête, distraitement.
Berni les rejoignit.
« Ne disparaissez pas, ajouta le comte, qui distribuait déjà sourires et salutations à ses invités. J’ai organisé d’autres soirées pour les prochaines semaines et j’aurai besoin des services de… la Sainte », dit-il avant de s’éloigner.
« Alors ? Qu’est-ce qu’il t’a dit ? », demanda Volod dès que le comte se fut éloigné.
Mikael le regarda. « De chercher… la vérité.
— C’est tout ? dit Volod.
— Oui. »
Volod hocha la tête. « Ils sont tous pareils, ils savent seulement faire des phrases, comme toi. Allons boire, au moins la soirée aura servi à quelque chose.
— Non, ne reste pas ici », dit Emöke à Mikael en serrant de nouveau sa main.
Mikael lui sourit. « Non, nous ne restons pas.
— Faites comme vous voulez », marmonna Volod d’une voix sourde en se dirigeant vers un serviteur qui proposait du vin.
Mikael ressentit à nouveau un profond mépris pour cet homme qu’il avait pourtant regardé comme un héros, en un temps qui semblait maintenant appartenir à une autre vie. Volod n’était qu’un homme plein de colère, de rancœur et de frustration, qui révélait à présent sa vraie nature.
« Ce n’est pas vrai, dit Emöke.
— Quoi ? »
Emöke ne répondit pas et l’emmena vers la sortie du salon.
« N’oublie pas que la vie est une bouffonnerie ! lui cria Berni en les voyant partir. Ris, mon frère ! »
Mikael vit Emöke se tourner et sourire à Berni.
Sur le chemin du retour, Mikael regarda les gens qui se bousculaient dans les rues, malgré la nuit déjà bien avancée. On aurait dit qu’ils ne savaient pas quoi faire, comme lui. Il regarda Emöke marcher, l’air vide. En apparence, rien ne la touchait. « Qu’est-ce qu’on fait ici ? lui demanda-t-il sans attendre de réponse.
— Tu n’as pas encore la force de rentrer, répondit-elle. C’est un long chemin. »
Mikael, étonné, la regarda. Il hocha la tête. « Il n’y a aucune vérité ici, dit-il le visage sombre, en repensant aux paroles de Jan Hus.
— Un champignon se cache sous des millions de feuilles dans un bois, dit Emöke. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas le trouver. »
Ils marchèrent en silence, côte à côte, dans le vacarme de la foule.
« Tu n’es pas folle, hein ? finit par lui demander Mikael.
— Ris, mon frère ! », dit-elle. Et elle se mit à chanter, pas à sa manière habituelle, mais plutôt comme n’importe quelle jeune fille joyeuse.
61
Agnete regarda sans rien dire la servante qui apportait le dîner d’Eloisa.
Cette servante, nommée Lucilla, avait moins de vingt ans. Elle était gracieuse, le sein opulent, un cul qui balançait sous sa jupe. Comme chaque jour depuis des semaines, elle posa le plateau sur la table et lança un regard à la grosse chatte au long poil touffu roux et noir, lovée sur le lit.
« Pourquoi vous gardez cette sale bête ? dit-elle.
— Tu me poses la question un jour sur deux, répondit Agnete. Tu peux dire à la personne qui t’a chargée d’enquêter…
— Qui ? Personne m’a demandé…
— Tu peux dire à la personne qui t’a chargée d’enquêter, répéta Agnete d’une voix qui couvrit celle de Lucilla, que nous la gardons parce que c’est une excellente compagnie pour une femme enceinte prisonnière dans un château. Et dis-lui également que Sa Seigneurie la princesse nous a personnellement autorisées à la garder.
— Ah, si la princesse l’a dit… », ironisa Lucilla.
Agnete fit semblant de ne pas avoir entendu et poursuivit : « Et tu peux aussi dire à ton maître que nous trouvons la compagnie d’une chatte plus agréable que celle des poules comme toi, qui caquettent sans arrêt ». Elle agita la main comme on fait pour chasser une poule. « File. »
Lucilla haussa les épaules, fit la moue et partit.
« Allez vous faire foutre, toi et l’autre ! », s’exclama Agnete en direction de la porte qui se fermait.
Eloisa, couchée près de la chatte, se mit à rire. Mais nerveusement, comme chaque fois qu’elle s’apprêtait à manger, depuis qu’elle avait entendu la conversation entre le prince Marcus et l’aide-comptable. Elle posa la main sur son ventre, terrorisée à l’idée qu’il puisse arriver quelque chose au bébé. Chaque nuit, elle faisait de terribles cauchemars.
Agnete prit une écuelle de terre cuite où elle posa une des cailles farcies aux châtaignes et au lard. « Allez, viens, Eva, et que Dieu te protège », dit-elle à la chatte.
La chatte se leva paresseusement, bâilla, s’étira puis descendit du lit. Elle avait un ventre énorme.
Agnete l’avait apportée depuis qu’elle avait appris le complot des deux autres pour priver Ojsternig de l’héritier qu’Eloisa portait. « Mais pourquoi cette pauvre chatte, qui est grosse ? », avait protesté faiblement Eloisa. La réponse d’Agnete avait été lapidaire : « Certains poisons tuent les gens. D’autres provoquent des avortements ». Eva goûtait désormais tous les plats destinés à Eloisa.
La chatte flaira l’écuelle avant de commencer à manger.
Agnete étudiait attentivement ses réactions.
« Mère… dit Eloisa.
— Attends, répondit Agnete sans quitter la chatte des yeux.
— Mère… La voix d’Eloisa se faisait plus pressante.
— Ne me distrais pas, bon Dieu ! maugréa Agnete.
— Mère… j’ai perdu les eaux. »
On n’entendit plus pendant un instant que le bruit des dents d’Eva croquant la carcasse. Agnete bondit alors vers le lit et souleva la jupe d’Eloisa. La peau de loup était inondée d’un liquide visqueux.
« Sainte Vierge, murmura Agnete, ça y est. » Quand elle regarda sa fille, ce fut avec une expression calme et résolue. « Tu sais toi aussi que c’est seulement le début… lui dit-elle.
— J’ai peur.
— Peur de quoi ? dit Agnete. Accoucher est la chose la plus naturelle du monde. C’est pour ça que nous sommes nées, nous les femmes.
— J’ai peur, répéta Eloisa, les yeux écarquillés.
— Tu as vu accoucher des dizaines de femmes.
— Et certaines sont mortes… » La voix d’Eloisa était proche des larmes.
« Mais ça ne t’arrivera pas.
— Pourquoi ? demanda Eloisa d’une voix enfantine.
— Parce que tu es ma fille. Ça ne peut pas t’arriver.
— Pourquoi ?
— Parce que je ne le permettrai pas. »
Eloisa parut se calmer.
« C’est juste le début. Tu sais bien comment ça se passe. Maintenant je vais essuyer tes jolies fesses roses. Tu n’as rien d’autre à faire que respirer et rester calme. Il peut encore se passer des heures avant que les douleurs commencent.
— Oui…
— C’est bien, ma fille. » Agnete ôta la peau de loup trempée, avant d’essuyer Eloisa avec un linge de lin. Elle se pencha sur l’entrée de son vagin et hocha la tête. « On n’y est pas encore. Reste là tranquille pendant que je vais tout préparer.
— Non ! s’écria Eloisa en s’agitant. Ne me laissez pas seule.
— Qui va me chauffer de l’eau et m’apporter tout ce qu’il me faut ? » Elle jeta un coup d’œil vers la chatte. « Eva, peut-être ? »