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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Le parterre cessa ses murmures, fasciné par cette transformation. Le comte lui-même, qui s’était levé, se rassit.

La vieille dame, lentement, ouvrit les mains.

Le chant d’Emöke devint déchirant, comme inspiré par une douleur antique, profonde. Des larmes lui vinrent aux yeux. Ses mains, à présent complètement ouvertes, s’accrochèrent à sa robe sur sa poitrine, comme si elle voulait l’arracher dans son désespoir. Puis, quand la douleur qu’elle chantait atteignit son comble, la mélodie changea peu à peu pour devenir un chant plein de douceur, presque une berceuse, où il n’y avait pas de bonheur mais une profonde sérénité, une acceptation. C’était le chant de l’eau qui s’écoule, limpide, et emporte avec elle, sans violence, tous les restes de la colère et de la douleur.

Mikael vit couler une larme solitaire sur la joue de la vieille dame. Elle avait porté les mains, ouvertes, à son cou.

Le parterre était muet. Le comte, abasourdi, ne pouvait plus détacher ses yeux de sa mère.

« Essayons maintenant, dit Berni à mi-voix. Venez. »

Mikael et Volod le suivirent discrètement, rasant le mur du salon jusqu’à une porte. Ils sortirent, et Berni les guida le long d’un couloir qui menait à l’escalier des souterrains. Ils se retrouvèrent face à une dizaine d’hommes armés.

« Qu’est-ce que tu veux ? demanda le capitaine des gardes à Berni.

— Nous voulons voir le prisonnier. »

Le capitaine eut un rire railleur. « Tu me prends pour un imbécile, bouffon ? dit-il. Personne peut l’approcher. Ordre du comte.

— Allons, ce sont deux amis, dit Berni en montrant Mikael et Volod.

— Des amis de qui ? De l’hérétique ?

— Des amis à moi.

— Des amis à toi ? Des bouffons comme toi, donc ! » Le capitaine se tourna vers ses hommes. « Ils veulent faire rire l’hérétique ! »

Les gardes ricanèrent.

« L’hérétique n’a guère de quoi rire, le procès se termine et on prépare déjà le bûcher, dit le capitaine. Partez, avant que je perde patience.

— Nous pouvons vous payer pour votre obligeance, intervint Mikael. Il est important pour nous de lui parler.

— Et il est important pour moi de ne pas être pendu. Personne ne peut parler à l’hérétique.

— Que pourrions-nous faire ? Nous sommes désarmés », continua Mikael.

Le capitaine dégaina son épée. « Partez », répéta-t-il.

Derrière lui, les gardes posèrent la main sur leur arme.

Volod s’en alla. « Ce que je peux être idiot ! Faire confiance à un bouffon ! s’exclama-t-il rageusement tandis qu’ils revenaient par le même couloir.

— Vous l’avez entendu vous aussi, se justifia Berni. La fin approche et ils craignent un coup de main de ses partisans… »

Volod, sans répondre, revint dans le salon, suivi par Mikael et Berni, au moment où Emöke terminait son chant.

Les nobles étaient secoués. Ils s’étaient attendus à une simple chanteuse. Or il leur semblait avoir assisté à autre chose. Ils n’auraient su dire quoi, mais chacun s’était senti touché dans la partie la plus intime de son être. Personne n’applaudit, ce fut juste un murmure confus, gêné. Certaines dames avaient le regard empli d’émotion. Les hommes essayaient de se donner une contenance. Quand les serviteurs apportèrent des carafes de vin français et des plateaux de victuailles, tous se jetèrent dessus.

Le comte s’approcha de sa mère. « Vous avez pleuré ? », lui demanda-t-il avec stupeur.

La vieille comtesse ne répondit pas. Elle fit signe à Emöke de s’approcher.

Mikael l’aida à descendre de l’estrade et la conduisit près de la comtesse.

Les mains de la vieille dame n’étaient plus serrées. Son visage ridé s’était détendu, il avait perdu sa dureté figée. « Qui es-tu, ma fille ? », lui demanda-t-elle. Même sa voix, nota Mikael, n’avait plus toute cette âpreté. « Si tu avais des ailes, je croirais que tu es un ange.

— Les anges n’ont pas d’ailes, madame, répondit Emöke avec sérieux. Ce ne sont pas des pigeons. Et ils n’ont même pas de corps.

— Comment sont-ils faits, alors ?

— Ils ne sont faits d’aucune manière, madame. Ils sont une petite brise.

— Une petite brise ?

— Oui, comme le passage d’un voile de soie. » Emöke se baissa et chuchota à l’oreille de la comtesse. « Il ne vous arrive jamais de penser qu’une de vos dames est entrée dans la pièce, et quand vous vous retournez, la pièce est vide ? chuchota-t-elle. Mais ne dites à personne que vous entendez les anges, sinon ils vous prendront pour une folle. »

La vieille dame la regarda et une lueur imperceptible passa dans ses yeux. Elle se tourna vers son fils. « Récompense cette fille par toute chose qu’elle désirera, lui dit-elle.

— Elle aura les cinq pièces d’or convenues.

— De l’argent ! marmonna la comtesse, qui regarda Emöke. L’argent t’intéresse, ma fille ? »

Emöke fit non de la tête.

La vieille comtesse prit la main d’Emöke dans sa main racornie. « Merci, ma fille. Toi et moi savons ce que tu m’as aidée à faire, n’est-ce pas ? »

Emöke la regardait de ses yeux vides.

« Madame… », intervint Mikael. Il baissa la tête avec respect. « Puis-je moi-même vous demander quelque chose ? »

La vieille dame le regarda en levant un sourcil. « Toi, l’argent t’intéresse, je parie.

— Non, madame.

— Et que voudrais-tu ?

— Parler avec Jan Hus », répondit Mikael.

Le comte s’interposa : « Impossible.

— Tais-toi », le coupa la comtesse. Elle regarda Mikael puis Emöke. « C’est toi qui veilles sur elle ?

— Oui, madame.

— Vous faites une étrange compagnie, dit la vieille dame, avec une moue amusée. Pourquoi veux-tu parler avec lui ?

— Impossible, mère, intervint de nouveau le comte d’un ton péremptoire, avant que Mikael ne puisse répondre. Il est sous ma tutelle et je ne peux pas l’autoriser. »

La comtesse fixa Emöke. « C’est important ? », lui demanda-t-elle.

Emöke acquiesça.

« Fais-la parler avec l’hérétique, dit alors la comtesse à son fils.

— Non, mère…

— J’ai promis de donner à cette femme tout ce qu’elle pouvait désirer. Elle ne veut rien pour elle-même. Et elle a cédé son crédit à ce garçon », l’interrompit la comtesse. Puis elle se tourna vers ses dames de compagnie. « Emmenez-moi dans ma chambre, idiotes. »

« Impossible de raisonner cette femme », soupira le comte en regardant sa mère s’éloigner. Puis il se tourna vers Mikael et lui dit : « Venez, je vous laisserai parler avec Jan Hus ».

Le cœur de Mikael bondit dans sa poitrine.

60

Le comte ordonna qu’on fasse place devant le corps de garde. Berni fixa le capitaine et dit : « Alors, c’est qui, le bouffon ? »

L’autre devint rouge de colère.

Berni fit un clin d’œil à Mikael et murmura : « Ris ».

En descendant l’escalier obscur, précédé par le comte et suivi d’Emöke et de Volod, Mikael sentait son sang courir plus vite dans ses veines. Ils allaient rencontrer l’homme pour qui ils étaient venus à Constance. L’homme qui s’était rebellé sans peur contre l’Église en dénonçant les crimes, la corruption et l’infâme commerce des indulgences. L’homme qui ne craignait pas les puissants, qui n’avait plié devant aucun des trois papes. Et cet homme-là répondrait à ses questions, pensait Mikael, ému.

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