Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
— Nom de Dieu ! lâcha Pascal en revenant au centre de la tente. Alors cette fois, ça y est. Tu vas vraiment déclarer la guerre à l’armée croisée ! »
Il y avait tant de monde à réunir qu’aucune tente n’était assez grande.
Une grande bâche fut donc tendue entre huit poteaux pour se protéger de la pluie, puis des tranchées furent rapidement creusées autour afin de garder le sol au sec. On déroula quelques tapis par terre à l’attention des Atamides âgés et la grande réunion voulue par Tan’hem put commencer.
Tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, exerçaient une responsabilité dans la caravane étaient présents. Les huit sages, les trois chefs guerriers et les cinq chefs de famille. Yus’sur et Gena’erekku étaient là eux-aussi. À voir le respect que lui témoignaient les autres Atamides, ce dernier semblait être un peu plus qu’un simple transporteur. Sur les seize responsables de la caravane, sept étaient des femmes.
J’avais déjà remarqué auparavant que, contrairement aux humains, les Atamides ne manifestaient pas de réticence à laisser des femmes exercer un certain pouvoir. La seule exception à ma connaissance était la caste des guerriers qui semblait exclusivement composée d’éléments masculins. Toutefois, les caractéristiques corporelles très marquées de ceux-ci en étaient peut-être la cause. Je n’avais encore jamais vu de femme atamide avec ces attributs physiques. Cela signifiait-il qu’il ne naissait jamais de femme-soldat ? Je me dis qu’un jour je devrais peut-être aborder la question de la sexualité et de la reproduction avec Ka’nur afin d’élargir mes connaissances. Bêtement, j’étais embarrassé à l’idée de le faire avec Ci’kat.
Tous les humains avaient été conviés à la réunion et tous étaient venus à l’exception de Liétaud qui avait exprimé le besoin de rester seul.
Autour de notre abri improvisé, ceux des Atamides qui ne participaient pas au conseil et qui ne craignaient pas la pluie étaient autorisés à suivre les débats. Ils étaient une bonne trentaine et parmi eux, j’aperçus justement Ci’kat et Ka’nur. Ils avaient dû sentir qu’il se passait quelque chose d’important et ne voulaient pas manquer cela. Ci’kat m’adressa un petit signe de la main et je lui répondis aussi discrètement que possible. Je préférais éviter d’avoir l’air d’un dilettante au milieu de cette assemblée solennelle.
Des brûleurs à Uk’tis avaient été accrochés à chaque poteau, mais leur fumée parvenait à peine jusqu’à nous tant l’air était troublé par la pluie.
Ce fut Yus’sur qui commença. Afin d’être sûr que tous sachent bien de quoi il était question, il fit en pensée le récit intégral des événements qui concernaient le débat qui allait avoir lieu ici. En commençant par la visite des cinq militaires de la première mission, suivie de sa propre prise de conscience du danger qui menaçait les Atamides, puis sa quête de l’homme qui pourrait les sauver, jusqu’à sa rencontre avec Tancrède. Il raconta ensuite l’histoire d’A’a et ce fut à cette occasion que je compris à quel point les Atamides contemporains ignoraient tout de l’Ordre des Anciens. En fait, Yus’sur était connu et respecté de tous en tant que doyen des Atamides, mais bien peu avaient connaissance de son statut réel et de l’immense portée de son savoir. L’Ancien dut même procéder à une démonstration de l’art de la substitution d’apparence afin que tous soient en mesure de comprendre comment A’a s’y était pris pour que les humains l’acceptent parmi eux. Ses illusions métamorphiques impressionnèrent grandement l’assistance, moi inclus.
Pendant les parties de l’histoire que j’avais déjà entendues, je me pris à observer ce rassemblement hétéroclite, laissant vagabonder mon regard d’un visage à l’autre, observant les attitudes ou les expressions des uns et des autres. Quelle étrange expérience que d’assister à une conférence donnée en pensée, donc parfaitement silencieuse, face à un auditoire composé de créatures extra-terrestres et d’humains sur une planète étrangère. Comme ma vie d’avant me paraissait lointaine, et presque irréelle, devant la puissance symbolique et la charge émotionnelle d’une telle scène !
L’histoire d’A’a/Jésus fit presque davantage d’effet aux Atamides qu’elle n’en avait fait aux évadés. Découvrir qu’un des leurs était à l’origine – même indirectement – du fléau qui venait de s’abattre sur eux les mit en grand émoi. Les chefs de famille semblaient même scandalisés par l’irresponsabilité de leur ancêtre, Celui-qui-avait-trompé-les-humains. Yus’sur s’apprêtait à les raisonner, mais Tancrède s’exprima avant lui. Tan’hem traduisit ses paroles pour les guerriers et le reste de l’assemblée.
« Je vous comprends, vous qui avez perdu des proches dans ce conflit et qui fuyez depuis des semaines des troupes assoiffées de sang. Néanmoins, je vous conjure de ne pas vous tromper de responsable. A’a n’a pas commis d’autre crime que de croire qu’il pourrait changer les hommes ! Il espérait simplement pouvoir amener deux peuples à fraterniser. Certes, il a échoué ; toutefois, ce sont les humains qui ont perverti son message. Ne désignez pas le mauvais coupable. Aujourd’hui, ce sont des humains qui vous tuent ! »
Comme souvent, Tancrède avait touché juste et beaucoup d’Atas firent osciller leurs épaules d’avant en arrière, geste qui équivalait à opiner du chef pour un humain. Le Normand exposa ensuite son point de vue sur la situation. Il expliqua que l’armée chrétienne n’était pas venue simplement pour conquérir le tombeau d’A’a, pas plus qu’Uk’har elle-même, mais toute la planète et qu’elle n’accepterait jamais de la partager avec les Atamides. Il insista sur la nécessité pour les tribus de s’organiser afin de se donner une chance de faire jeu égal avec les légions croisées et précisa que si les Atas le souhaitaient, il se ferait un devoir de les instruire des spécificités militaires humaines, de leur enseigner les techniques de combat qu’il maîtrisait.
Grâce à la force de conviction que je lui connaissais bien, Tancrède était en train d’emporter facilement l’adhésion de son auditoire, j’étais effaré que personne ne songe à envisager d’autres manières de mettre fin l’agression humaine que faire monter la violence d’un cran. À tel point que je me décidai à intervenir.
« Excusez-moi si j’énonce une absurdité, dis-je soudain, mais… » Comme tous les regards venaient de se braquer sur moi, il me fallut une seconde pour affermir ma voix. « Mais ne pourrait-on pas essayer d’arrêter cette guerre, plutôt que de provoquer une nouvelle bataille ? »
Il y eut un certain flottement dès que les Atas eurent la traduction de ma question. Je suppose que s’ils avaient été humains, il y aurait eu des ricanements. Ce fut Tancrède qui répondit.
« Bien sûr que cela vaudrait mieux, mais comment réussir une telle prouesse ?
— Disons que… si l’on prouvait sans équivoque aux soldats que leurs dirigeants, ainsi que l’état-major, leur servent d’ignobles mensonges depuis le début, alors peut-être qu’ils refuseraient de continuer le combat. Surtout s’ils apprennent que le Christ était un Atamide !
— Il va de soi que je préférerais – et de loin – cette option. Mais comment faire ? Nous ne détenons pas la moindre preuve et même si nous en avions, comment les diffuserions-nous ? »
Ancelin prit la parole en levant la main, comme s’il était à l’école.