Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
— Oui. » Et Bartolommeo va profiter de l’occasion, et dans quelque mois, il épousera la fiancée éplorée du héros. « Un instant. » Elle ramassa l’épée, en frotta la lame sur l’aube tachée de rouge. « Du sang de bandit. »
Il eut un petit sourire. « Petite futée, murmura-t-il.
— Rentre au bercail, mon gars. Et vite. » Elle déposa un bref baiser sur ses lèvres puis s’écarta. Véhicule et pilote disparurent.
Elle se retrouva seule face au cadavre en plein soleil, l’épée à la main. Je suis pas mal sanguinolente, moi aussi, songea-t-elle distraitement. Serrant les dents, elle s’infligea deux coupures superficielles au-dessus des côtes. Personne n’irait les examiner de près, pas plus qu’on ne la soumettrait à la question. La science de la détection appartenait à un avenir lointain, à son avenir – si tant est qu’il existât. Dans la demeure de Cencio, le chagrin ferait oublier la raison à tous, jusqu’à ce que la fierté dispense son sévère réconfort.
Elle s’agenouilla, plaça le pommeau de l’épée dans la main droite de Lorenzo, envisagea de lui fermer les yeux mais se ravisa. « Adieu, lui dit-elle à mi-voix. S’il y a un Dieu, j’espère qu’il te consolera de tout cela. »
Elle se releva et se dirigea vers le pré et vers les tâches qui l’attendaient encore.
1990 apr. J.C.
Il lui téléphona chez ses parents, où elle résidait durant sa permission. Elle ne tenait pas à ce qu’il lui rende visite, de crainte d’avoir à leur mentir une nouvelle fois. Ils se retrouvèrent le lendemain matin, dans l’opulence anachronique de l’hôtel Saint-Francis. L’espace d’un instant, ils demeurèrent immobiles face à face, la main dans la main, les yeux dans les yeux.
« J’ai l’impression que tu préférerais être ailleurs, dit-il enfin.
— Oui, avoua-t-elle. On ne pourrait pas aller quelque part au grand air ?
— Bonne idée. » Il sourit. « Je vois que tu t’es habillée chaudement. Moi aussi. »
Il avait garé sa voiture dans le parking d’Union Square. Ils n’échangèrent que quelques mots tandis qu’il s’extirpait des encombrements pour gagner le Golden Gâte Bridge. « Tu es complètement rétabli ? lui demanda-t-elle à un moment donné.
— Oui, oui, lui assura-t-il. Depuis un moment. J’ai passé plusieurs semaines de temps propre à réorganiser le service avant de pouvoir me permettre un petit congé.
— L’histoire a repris son cours ? En tous temps et en tous lieux ?
— C’est ce qu’on me dit, et ce que j’ai pu observer le confirme. » Everard quitta la route des yeux pour se tourner un instant vers elle. Sèchement : « Tu as remarqué des différences ?
— Non, aucune, et pourtant à mon retour j’étais sur le qui-vive… et même un peu méfiante…
— Tu redoutais que ton père ait sombré dans l’alcool, ou que ta sœur n’ait jamais vu le jour, ou quelque chose dans le genre ? Tu n’avais aucune raison de t’inquiéter. Le continuum a vite fait de reprendre sa forme originelle, jusque dans les moindres détails. » Une telle déclaration n’avait aucun sens en anglais, mais ils avaient tacitement décidé d’éviter le temporel. « Et le point de divergence – celui que nous avons éliminé – se situait huit cents ans en amont.
— Oui.
— Tu ne sembles pas réjouie outre mesure.
— Je… je te suis reconnaissante d’être venu me voir si tôt dans ma ligne de vie.
— Eh bien, tu m’avais donné la date de ton arrivée. J’ai estimé que tu aurais besoin de deux ou trois jours pour profiter de tes parents et te détendre un peu. Apparemment, je me trompais.
— On ne pourrait pas en parler un peu plus tard ? » Tamberly alluma l’autoradio et le cala sur la chaîne KDFC. Les accords de Mozart égayèrent l’espace.
On était en janvier et le ciel était couvert en ce jour de semaine. Lorsqu’ils rejoignirent la Highway One, ils étaient quasiment les seuls à rouler vers le nord. Ils s’arrêtèrent à Olema pour acheter des sandwiches et de la bière. Arrivé à Point Reyes Station, il prit la direction du Parc national maritime. Passé Inverness, la vaste étendue de lande semblait réservée à leur seul usage. Il se gara près de la côte. Ils descendirent sur la plage et marchèrent le long de l’océan. La main de Tamberly trouva la sienne.
« Qu’est-ce qui te hante ? demanda-t-il au bout d’un temps.
— Tu sais, Manse, tu es beaucoup plus observateur que tu ne le laisses deviner. »
Le vent faillit emporter ces paroles au loin, car elle les avait prononcées à voix basse. Un vent violent et tonitruant, qui étouffait le fracas des vagues, giflait leurs visages de sa froidure, leur ébouriffait les cheveux et leur salait les lèvres. Dans les hauteurs, les goélands volaient en miaulant. Le flux n’avait pas encore atteint la haute mer et ils arpentaient un sable mouillé et compact. De temps à autre, leur pied faisait crisser un coquillage, éclater une vésicule de varech. À l’horizon, sur leur droite et derrière eux, des dunes de sable lapaient les falaises. Sur leur gauche, les vagues écumantes venues de l’infini fonçaient à l’assaut du rivage. L’unique navire qu’on apercevait dans le lointain semblait bien seul. Le monde était un camaïeu de blanc et de gris argenté.
« Non, je ne suis qu’un vieux bourlingueur, dit Everard. Tu es beaucoup plus sensible que moi. » Un instant d’hésitation. « Lorenzo… c’est ça, le problème ? La première mort violente, et peut-être la première mort tout court, dont tu aies été le témoin ? »
Elle opina. Sa nuque paraissait raide.
« Je m’en doutais, fit-il. C’est toujours hideux à voir. C’est en cela que la violence au cinéma est particulièrement obscène de nos jours. Les cinéastes se complaisent dans le sang, comme les Romains regardant les gladiateurs s’entre-tuer, mais ils ignorent… ou peut-être sont-ils trop stupides pour le concevoir, à moins qu’ils n’aient pas assez de courage… ils ignorent ce que cela signifie vraiment. Une vie, un esprit, tout un monde de savoir et de sensations oblitéré à jamais. »
Tamberly frissonna.
« Néanmoins, reprit Everard, il m’est déjà arrivé de tuer et ça m’arrivera sans doute encore. Je souhaiterais que les choses puissent se passer autrement, mais ce n’est qu’un vœu pieux et je n’ai pas le loisir de me lamenter là-dessus. Et toi non plus. D’accord, tu avais fini par le trouver sympa, ce Lorenzo. Et moi aussi. Nous voulions l’épargner à tout prix. Et nous pensions pouvoir le faire. Mais la situation nous a échappé. Et notre premier devoir était envers… envers tous ceux que nous connaissons et que nous aimons. D’accord ? Alors, je sais, Wanda, tu as vécu une expérience atroce, mais tu l’as surmontée comme un bon petit soldat, et je sais que tu es trop saine pour continuer à la ressasser indéfiniment. »
Elle contempla la vaste étendue déserte devant elle. « Je sais, répondit-elle. Ce n’est pas cela qui pose problème.
— Qu’est-ce donc, alors ?
— Nous ne nous sommes pas contentés de tuer un homme… de causer sa mort… de nous impliquer dans sa mort. Nous avons renvoyé au néant plusieurs centaines de milliards d’êtres humains.
— Pour en ramener combien d’autres à la réalité ? Wanda, les mondes que nous avons vus n’ont jamais existé. Nous conservons leur souvenir, ainsi que quelques autres Patrouilleurs ; dont certains conservent aussi des cicatrices ; sans parler de ceux qui ont perdu la vie dans l’aventure. Mais néanmoins, ce dont nous nous souvenons n’est jamais arrivé. Nous n’avons pas fait avorter des avenirs distincts. Ce n’est pas le terme approprié. Nous avons empêché leur conception. »