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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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— Ayla, prépare-toi, vite. Il reste très peu de temps. (Creb gesticulait devant elle.) Dépêche-toi, mais ne laisse rien au hasard. Viens me voir quand tu seras prête. Uba, donne Durc à Oga pour qu’elle le nourrisse. Ayla n’aura pas le temps.

Il fallut à la femme et à la fillette un moment pour comprendre ce que leur disait Creb. Enfin Ayla acquiesça d’un signe de tête. Puis elle courut vers son foyer pour prendre un vêtement propre.

Mog-ur se tourna vers la jeune femme qui veillait son compagnon blessé.

— Mog-ur aimerait savoir comment va le chasseur ?

— Arrghha dit qu’il vivra et pourra marcher de nouveau. Mais sa jambe ne sera jamais plus comme avant.

La femme s’exprimait dans un dialecte inconnu d’Ayla et Uba, qui avaient communiqué avec elle en signes conventionnels. Le sorcier, qui connaissait les dialectes des autres clans, préféra toutefois s’adresser à elle de la même façon afin de mieux se faire comprendre.

— Mog-ur aimerait connaître le totem de cet homme.

— Le Bouquetin, répondit-elle.

— Cet homme a-t-il le pied aussi sûr que la chèvre des montagnes ?

— C’est ce qu’on dit de lui. Mais aujourd’hui, cet homme n’a pas été aussi agile. Est-ce qu’il pourra marcher de nouveau ? Chasser ? Comment veillera-t-il à mes besoins ? Que reste-t-il à un homme s’il ne peut plus chasser ?

— Cet homme est en vie. N’est-ce pas le plus important ? dit Mog-ur pour la consoler.

— Mais cet homme est fier. S’il ne peut plus chasser, il va peut-être regretter d’être en vie. C’était un bon chasseur. Il aurait pu être le second du chef un jour. Maintenant il n’aura plus de rang du tout, se plaignit-elle.

— Femme ! s’exclama Mog-ur, l’expression sévère. Un homme choisi par Ursus ne peut perdre son rang. Cet homme a prouvé son courage ; il a failli accompagner Ursus dans son voyage. Et l’Esprit d’Ursus ne choisit pas à la légère ses compagnons. Le Grand Ours des Cavernes lui a permis de vivre, mais il l’a marqué de sa griffe. Cet homme peut s’honorer d’un second totem, celui d’Ursus, dont il portera la marque avec fierté. Il veillera à tes besoins. Mog-ur parlera à ton chef ; ton compagnon a le droit de réclamer une part sur toutes les chasses. Et puis il pourra peut-être chasser de nouveau. Il n’aura plus l’agilité du bouquetin, il marchera un peu comme l’ours, mais ça ne veut pas dire qu’il ne chassera plus. Sois fière de lui, femme, sois fière de ton compagnon qu’Ursus a choisi.

— L’Ours des Cavernes est son totem ? demanda la femme, incrédule.

— Et le Bouquetin aussi. Il peut prétendre aux deux, affirma Mog-ur.

Le ventre de la femme sous son vêtement témoignait d’un début de grossesse. Il n’est pas étonnant qu’elle soit aussi inquiète, pensa le vieux sorcier.

— La femme a-t-elle déjà des enfants ? demanda-t-il.

— Non, mais la vie a commencé, répondit-elle en portant la main à son ventre. J’espère avoir un fils.

— Tu es une femme généreuse, et une bonne compagne. Quand il se réveillera, transmets-lui les paroles de Mog-ur.

La jeune femme hocha la tête, puis elle jeta un coup d’œil à Ayla qui sortait en toute hâte de la caverne.

La petite rivière qui coulait près de la caverne du clan-hôte devenait au printemps un torrent impétueux emportant arbres et rochers sur son passage. L’eau qui, en été, courait sur le large lit caillouteux flanqué de rochers et de troncs d’arbres abattus avait cette couleur verte qu’ont les eaux de fonte des glaciers. Ayla et Uba avaient exploré les environs peu après leur arrivée et repéré les endroits où poussaient les plantes dont elles auraient besoin pour se purifier au cas où l’une d’elles se verrait chargée de préparer le breuvage.

Ayla courut cueillir des saponaires, des prêles et quelques ansérines, l’estomac noué par la nervosité. Puis elle attendit impatiemment que l’eau bouille pour y faire macérer les plantes avec la décoction desquelles elle se laverait les cheveux. Les nouvelles circulaient vite dans le clan et tout le monde savait déjà qu’elle était autorisée à accomplir le rite traditionnel. La décision des mog-ur modifia considérablement l’opinion que chacun avait d’elle et son prestige s’accrut en proportion. Les sorciers avaient confirmé sa filiation avec Iza en l’élevant au rang suprême des guérisseuses. Le chef du clan parmi lequel Zoug comptait des parents se sentit obligé de reconsidérer le refus clair et net qu’il avait opposé à la demande qui lui avait été faite. Après tout, il se pourrait fort bien qu’un de ses hommes accepte de la prendre, ne serait-ce que pour seconde compagne. Sa présence au sein du clan pourrait se révéler des plus utiles.

Mais Ayla était trop préoccupée pour prêter attention aux commentaires dont elle faisait l’objet. En réalité, elle était terrifiée. Je n’y arriverai jamais, se lamentait-elle en courant vers la petite rivière.

Je n’aurai jamais le temps de me préparer. Que se passera-t-il donc si j’oublie quelque chose ? Je déshonorerai Creb, et Brun également. Je déshonorerai tout le Rassemblement, si je commets la moindre erreur !

Les femmes s’activaient sans relâche, tout en houspillant leurs enfants que la mise à mort de l’ours avait plongés dans un état d’excitation extrême. En outre, n’ayant jamais connu la faim, ils avaient du mal à supporter les appétissants fumets qui s’élevaient des plats que l’on préparait autour d’eux.

Des monceaux de tubercules et de racines mijotaient doucement dans des récipients en peau suspendus au-dessus des feux. Des asperges, des oignons sauvages et des rhizomes d’iris, des légumineuses, des petites courges et des champignons étaient accommodés de diverses manières alléchantes. Une montagne de laitue sauvage, de bardane et de pissenlits n’attendait pour être servie que son assaisonnement de graisse d’ours chaude et de sel, ajouté au dernier moment.

L’un des clans avait pour spécialité un mélange d’oignons, de champignons et de petits pois de vesce, agrémenté d’une sauce tenue secrète faite d’herbes et de lichen. Un autre avait apporté des graines provenant du pin pignon, un pin à graines comestibles qui ne poussait que dans la région où vivait ce clan.

Les femmes du clan de Norg avaient passé au peigne fin tous les champs de framboisiers, de myrtilles et de fraises sauvages qu’elles connaissaient à des kilomètres à la ronde. A présent, le violet de la myrtille, le rose vineux de la framboise et le rouge pâle de la fraise remplissaient à ras bords de grandes coupes tressées que convoitaient les regards brillants de gourmandise des enfants... et des autres.

Les femmes du clan de Brun, elles, avaient passé des jours à moudre les glands séchés qu’elles avaient apportés, à les réduire en une pulpe rincée à l’eau pour en faire passer l’amertume, pour ensuite la cuire au four sous forme de galettes qu’elles trempaient alors dans du sirop d’érable et laissaient sécher au soleil. Le clan-hôte, qui récoltait également la sève d’érable pour en faire du sirop, fut vivement intéressé par cette recette de galettes qui lui était inconnue, et ses femmes décidèrent de l’essayer elles-mêmes plus tard.

Tout en surveillant Durc du coin de l’œil pendant qu’elle aidait les femmes, Uba admirait l’impressionnante quantité de nourriture, tout aussi variée qu’abondante, en se demandant s’ils seraient capables d’en venir à bout.

La fumée des brasiers s’élevait dans la nuit noire parsemée d’étoiles. C’était la nouvelle lune et, tournant le dos à la planète, l’astre réfléchissait sa lumière dans les froids abysses de l’espace. La nourriture avait été éloignée du cœur de la fournaise mais néanmoins maintenue au chaud, et les femmes étaient rentrées dans leur foyer pour mettre leur plus belle fourrure et prendre quelque repos.

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