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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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Cette fois, Ayla comprit l’astucieux manège des sorciers, qui tenaient captivée l’assemblée.

Mog-ur attendit jusqu’au moment où il vit tous les regards rivés sur la gigantesque dépouille du Grand Ours des Cavernes, éclairée par le feu cérémoniel et entourée par les sorciers. Il fit à Ayla le signe discret qu’elle attendait. Elle se débarrassa en un clin d’œil de la fourrure qui l’enveloppait, remplit l’écuelle d’eau fraîche et, les racines à la main, elle se dirigea vers le grand sorcier borgne.

Quand Ayla pénétra dans le cercle de lumière, l’ébahissement fut général. Tant qu’elle était vêtue de sa peau de bête nouée à la taille par une longue lanière de cuir, elle parvenait à faire oublier combien elle était différente. Mais une fois débarrassée de ce vêtement informe, son corps fin et délié apparut dans toute son étrangeté, que rien ne pouvait dissimuler, pas même les lignes et les cercles rouges et noirs dessinés sur sa peau.

Il manquait à son visage les fortes mâchoires, et la platitude que lui donnaient son nez petit et son front haut ressortait étrangement à la lueur du feu. Les flammes jetaient un éclat d’or sur sa longue crinière blonde, qui brillait telle une splendide couronne sur la tête hideuse de cette femme née chez les Autres.

Mais sa taille, surtout, impressionnait. Ils ne s’en étaient pas vraiment rendu compte, quand elle allait et venait, l’attitude réservée, le plus souvent chargée d’un fagot de bois ou d’ustensiles de cuisine. A présent, debout devant les sorciers qu’elle dépassait tous d’une bonne tête, elle stupéfiait tout le monde par sa haute taille.

Mog-ur accomplit une série de gestes rituels, invoquant la protection de l’Esprit qui planait encore au-dessus d’eux. Alors Ayla mit dans sa bouche les racines séchées. Elle avait du mal à les mâcher car elle ne possédait pas les maxillaires vigoureux et la solide denture des membres du clan. Iza l’avait bien avertie de ne pas avaler la moindre goutte du jus qui se formait dans sa bouche, mais elle ne put s’empêcher de le faire. Il semblait à la jeune femme qu’il lui fallait mâcher sans fin pour ramollir les racines, et au moment où elle cracha la dernière bouchée de pulpe, la tête lui tournait. Elle remua ensuite le mélange jusqu’à ce qu’il devienne d’un blanc laiteux dans l’écuelle sacrée, et le tendit à Goov.

Les servants avaient attendu qu’elle ait fini de mastiquer les racines, une écuelle de datura longuement infusée à la main. Goov donna à Mog-ur le breuvage préparé par Ayla et en retour tendit à la guérisseuse une écuelle d’infusion, pendant que les autres servants faisaient de même avec les guérisseuses de leurs clans respectifs. Mog-ur but une gorgée de breuvage.

— Il est fort, fit-il remarquer à l’adresse de Goov. Donnes-en moins.

Goov approuva d’un signe de tête et tendit l’écuelle au mog-ur le plus important par le rang après Creb.

Ayla et les autres guérisseuses apportèrent leurs bols aux femmes et leur firent boire, ainsi qu’aux filles les plus âgées, une certaine quantité d’infusion. Ayla, but ce qui restait au fond de son bol, mais elle ressentait déjà une étrange impression de distance, comme si une partie d’elle-même s’était détachée et la regardait de loin. Certaines guérisseuses parmi les plus âgées s’emparèrent des tambours et commencèrent à battre les rythmes de la danse des femmes. Ayla contemplait, fascinée, le mouvement des baguettes dont chaque coup était sec et précis. La guérisseuse du clan de Norg lui offrit un instrument. La jeune femme se mit à taper, doucement d’abord, s’imprégnant du tempo, puis elle s’abandonna au rythme qui naissait de sa frappe.

Le temps perdit toute signification. Quand elle releva les yeux, les hommes étaient partis et les femmes tournaient sur elles-mêmes, saisies d’une frénésie sauvage et sensuelle. Elle éprouva soudain le besoin de se joindre à elles et, comme elle reposait son tambour, celui-ci roula par terre. Elle le regarda, et la forme évasée de l’instrument lui rappela l’écuelle d’Iza, la précieuse relique qui lui avait été confiée. Où est le bol d’Iza ? se demanda-t-elle, soudain préoccupée par sa disparition. La dernière image qu’elle en avait était son doigt remuant le breuvage laiteux. Mais où l’ai-je mis ? Où est-il ?

Elle pensa à Iza, et les larmes lui vinrent aux yeux. J’ai perdu son bol. Cette merveille que les guérisseuses de sa lignée se sont transmises de mère en fille depuis des temps que l’esprit ne peut calculer. Elle vit Iza, et derrière Iza, il y avait une autre Iza, et une autre encore, et encore ; toute une file de guérisseuses dédoublant l’image d’Iza à l’infini, chacune d’elles tenant à la main l’écuelle sacrée. Puis la vision se dissipa, suivie d’une autre qui la foudroya : l’écuelle était brisée en deux morceaux. Elle tressaillit de tout son corps et, se frayant un chemin à travers les femmes en transe, trébuchant sur les coupes et les plats contenant les restes du festin, elle se mit en quête du précieux récipient. L’entrée de la caverne, faiblement éclairée par les torches, l’attirait, et elle s’en approcha en chancelant. Une silhouette gigantesque se dressa soudain devant elle, lui arrachant un hoquet de stupeur. La gueule monstrueuse de la dépouille de l’ours semblait se pencher sur elle. S’écartant d’un bond, elle franchit le seuil de la caverne.

Aussitôt, son regard fut attiré par une tache blanche, non loin de l’endroit où elle avait attendu le signal de Mog-ur. Elle s’agenouilla et saisit avec précaution l’écuelle d’Iza qu’elle serra contre son cœur. Il restait au fond un peu du liquide laiteux.

Ils n’ont pas tout bu, pensa-t-elle. J’en ai trop préparé. Que vais-je en faire ? Je ne peux pas le jeter, Iza m’a dit que c’était interdit. Mais qu’adviendra-t-il si quelqu’un s’en aperçoit ? On remettrait en question mon rang de guérisseuse. On me rejetterait comme une étrangère au Clan. On nous chasserait peut-être. Que faire ?

Je n’ai qu’à le boire moi-même. Comme cela, personne ne s’apercevra de rien. Ayla porta l’écuelle à ses lèvres et la vida. Le mystérieux breuvage était déjà fort, et les racines qui y avaient macéré l’avaient rendu plus puissant encore. Elle se dirigea vers la deuxième grotte avec la vague intention de mettre l’écuelle en lieu sûr mais, avant d’avoir atteint son foyer, elle commença à ressentir l’effet de la drogue.

Ayla était tellement désorientée qu’elle ne s’aperçut même pas qu’elle laissait tomber l’écuelle sacrée dans les limites du foyer. Elle avait dans la bouche le goût de la forêt ancestrale, celui de la mousse et des champignons, des souches pourrissantes et des feuilles perlées d’humidité. Les parois de la grotte s’écartaient, reculant de plus en plus loin. Elle eut l’impression d’être un insecte rampant sur le sol. Des détails infimes lui apparaissaient démesurément grossis : elle distinguait le contour d’une empreinte avec une incroyable netteté, voyait chaque petit caillou, chaque grain de poussière. Elle perçut un mouvement à la limite de son champ de vision et vit une araignée en train de grimper le long d’un fil de soie qui brillait dans la lumière d’une torche.

La flamme l’hypnotisa. Elle s’en approcha, puis en vit une autre qui l’attira. Mais quand elle l’atteignit, une autre torche l’appela, puis une autre, et Ayla s’enfonça de plus en plus profondément dans la montagne. Bientôt, sans qu’elle s’en rendît compte, les torches firent place aux petites lampes de pierre qui éclairaient la galerie menant vers le fond de la grotte. Personne ne la remarqua quand elle traversa une vaste salle où se trouvaient des hommes en transe, ni quand elle pénétra dans la salle plus petite où se déroulait sous la conduite des servants une cérémonie d’initiation réservée aux adolescents.

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