Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Pour Ayla, comme pour les autres, c’était la magie qui créait ce son pentatonique, qui n’avait rien de terrestre. Cette musique venait du monde des esprits, à l’appel du sorcier, et de même que l’instrument agité par Creb un instant plus tôt imitait le mugissement de l’ours des cavernes, la flûte exprimait, elle, la voix spirituelle d’Ursus.
L’énorme ours tournait en rond dans sa cage. Il n’avait pas été nourri et, pour la première fois depuis sa capture, il connaissait la faim. On l’avait également privé d’eau, et il avait soif. La foule, dont il sentait la tension et l’excitation, le son des tambours et des instruments sacrés auxquels il n’était pas habitué, tout contribuait à l’inquiéter.
En voyant Mog-ur s’approcher de sa cage, il se dressa sur ses pattes de derrière en poussant un grognement. Creb sursauta, mais il reprit vite contenance, s’efforçant de faire passer son émoi pour un mouvement maladroit dû à son infirmité. Son visage noirci, comme celui des autres sorciers, ne laissait rien voir de son trouble quand il déposa aux pieds du malheureux animal une coupe remplie d’eau faite de la calotte crânienne d’un humain.
Pendant que la bête se désaltérait, vingt et un jeunes chasseurs encerclèrent sa cage, brandissant des lances toutes neuves. Broud, Gorn et Voord sortirent alors de la caverne et se postèrent devant la porte de la cage solidement fermée par des lanières de cuir. Ils étaient nus, à l’exception d’un pagne en peau qui leur ceignait les reins, et leurs corps étaient recouverts de signes rouges et noirs.
La coupe d’eau ne suffit pas à désaltérer le gros ours, mais la présence des hommes lui fit espérer en obtenir davantage sous peu. Il s’assit par terre et tendit la patte, geste qui était rarement demeuré sans réponse. Devant le peu de succès que remportaient ses efforts, il se leva lourdement et passa son museau entre les barreaux.
La flûte s’arrêta brusquement sur une note aiguë, accroissant le sentiment d’inquiétude qui s’était emparé de la foule muette. Creb retira le crâne vide avant de reprendre place devant les sorciers qui se mirent à exécuter de concert les gestes du langage cérémoniel.
— Accepte cette eau en gage de notre reconnaissance, ô Gardien Puissant. Ton Peuple du Clan n’a pas oublié tes enseignements. Cette caverne qui te protège de la neige et du froid est notre demeure. Tu as partagé notre vie et tu sais que nos mœurs sont les tiennes.
« Nous te vénérons, toi le premier d’entre les Esprits. Nous te demandons d’intercéder en notre faveur dans le monde des forces invisibles, en témoignant de la bravoure de nos chasseurs et de l’obéissance de nos femmes. Nous implorons ta protection contre les esprits maléfiques. Nous sommes ton peuple, Grand Ursus, nous sommes le Clan de l’Ours des Cavernes. Honneur à toi, le Plus Grand des Esprits.
Au moment où les mog-ur terminaient leur invocation, les vingt et un jeunes lancèrent leurs lances à travers les barreaux de la cage, en s’efforçant de transpercer l’énorme animal. Tous les traits ne l’atteignirent pas, car la cage était vaste, mais la douleur rendit l’ours des cavernes fou de rage. Un terrible grognement rompit le silence et tout le monde tressaillit d’effroi.
A cet instant, Broud, Gorn et Voord escaladèrent les barreaux de la cage jusqu’au sommet, coupant au passage les lanières de cuir. Broud arriva le premier en haut ; mais ce fut Gorn qui réussit à se saisir du rondin de bois qui y avait été placé au préalable. Éperdu de douleur, l’ours des cavernes se dressa sur ses pattes de derrière et avec un grognement furieux battit l’air de ses pattes en direction des trois hommes au-dessus de lui. Puis il se dandina lourdement vers la porte qui céda sous sa poussée. La cage était ouverte, et l’ours furieux en liberté !
Armés de leurs lances, les chasseurs accoururent pour faire un rempart de leurs corps entre la brute affolée et l’assistance terrifiée. Réprimant leur envie de s’enfuir, les femmes serraient leurs bébés contre leur sein, tandis que les enfants plus âgés s’accrochaient à elles, les yeux exorbités.
Les hommes pointèrent leurs épieux, prêts à défendre leur famille, mais personne ne recula ni ne bougea de sa place.
Quand l’ours blessé eut franchi la porte de la cage, Broud, Gorn et Voord se jetèrent sur lui par surprise. Broud lui sauta sur les épaules et s’agrippa à la fourrure de sa gueule qu’il tira de toutes ses forces vers le haut. Pendant ce temps, Voord, qui lui était tombé sur le dos, avait empoigné la peau flasque de son cou et pesait dessus de tout son poids. Leurs efforts combinés forcèrent l’animal à ouvrir la gueule et Gorn, à cheval sur une de ses épaules, lui fourra aussitôt le rondin de bois verticalement entre les mâchoires.
Mais cette ruse, tout en privant la bête d’une arme redoutable, ne suffit pas à la réduire à l’impuissance. L’ours enragé donnait de furieux coups de pattes aux hommes qui s’accrochaient à lui. Ses énormes griffes s’enfoncèrent sauvagement dans la cuisse de Gorn et l’arrachèrent de son perchoir pour le saisir entre ses bras puissants. Les hurlements de douleur du jeune chasseur furent brutalement interrompus, sa colonne vertébrale littéralement broyée par l’étreinte de l’ours. Une immense plainte monta des femmes, quand l’ours laissa choir à terre le corps inerte du courageux jeune homme.
Puis l’ours marcha droit sur le groupe d’hommes en armes qui le cernaient. D’un coup de patte, il ouvrit une brèche dans la muraille humaine, assommant trois hommes et déchirant jusqu’à l’os la jambe d’un quatrième. L’homme se plia de douleur, trop ébranlé par le choc pour crier, tandis que les autres chasseurs se ruaient vers la bête en furie, qui cherchait à piétiner le blessé.
Ayla, serrant Durc contre elle, observait la scène, pétrifiée de terreur. Mais quand l’homme tomba à terre, perdant abondamment son sang, elle agit sans réfléchir. Elle tendit son bébé à Uba et plongea dans la mêlée. Se frayant un chemin entre les hommes agglutinés en masse compacte, elle réussit à dégager le blessé, le tirant et le portant tant bien que mal, en appuyant fortement d’une main sur l’emplacement de l’artère, à la hauteur de l’aine. Puis elle trancha avec les dents le lacet de cuir qu’elle portait à la taille pour garrotter la cuisse et transporta l’homme dans la caverne avec l’aide de deux autres guérisseuses accourues à son aide.
Quand l’ours succomba enfin sous les traits des chasseurs, la compagne de Gorn échappa à ceux qui cherchaient à la réconforter pour se précipiter sur son corps disloqué, collant son visage sur sa poitrine velue, et le suppliant de se relever avec des gestes de démente. Lorsque les mog-ur s’approchèrent du cadavre, sa mère et la compagne de Norg tentèrent d’entraîner la jeune femme à l’écart. Le plus puissant des sorciers se pencha vers elle et lui dit, en lui relevant la tête avec douceur :
— Ne te lamente pas sur lui. Gorn a reçu le plus grand honneur. Il a été choisi par Ursus pour l’accompagner dans le monde des esprits. Il intercédera en notre faveur auprès du Grand Esprit. L’Esprit du Grand Ours des Cavernes choisit toujours le meilleur et le plus valeureux pour voyager avec lui. La Fête d’Ursus sera également celle de Gorn. Son courage et sa volonté de vaincre entreront dans la légende et on se les remémorera au cours de chaque Rassemblement. Quand Ursus reviendra parmi nous, l’esprit de Gorn fera de même. Il t’attendra pour que vous puissiez vous retrouver et vous unir à nouveau, mais tu dois te montrer aussi courageuse que lui. Oublie ton chagrin et partage la joie qui est celle de ton compagnon dans son voyage vers l’autre monde. Ce soir, les mog-ur lui rendront un hommage particulier afin que son courage soit transmis à l’ensemble du Clan et y demeure.