Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Elle allait d’une flamme à l’autre, comme attirée par une force invisible. La succession des lumignons lui fit traverser d’étroites galeries s’ouvrant de temps à autre sur de larges anfractuosités. Elle trébucha sur le sol inégal, et se raccrocha à la paroi humide pour ne pas tomber. Elle s’engagea dans un passage au bout duquel rougeoyait une faible lueur. Le passage était incroyablement long, et par moments elle avait l’impression de se voir elle-même de très loin, avançant à tâtons le long du tunnel obscur.
Elle finit par atteindre la lumière au bout du passage et distingua plusieurs silhouettes assises en cercle. Un réflexe de prudence enfoui au plus profond de son esprit hébété par le breuvage magique l’incita à se cacher derrière un pilier de pierre. Les dix mog-ur étaient absorbés dans la célébration d’une cérémonie secrète. Après qu’ils eurent commencé de célébrer celle des hommes, ils avaient laissé à leurs servants le soin de la conclure, et s’étaient retirés dans leur sanctuaire pour y accomplir entre mog-ur certains rites réservés à eux seuls.
Chaque homme, enveloppé dans sa peau d’ours, était assis devant le crâne d’un ours des cavernes. D’autres crânes occupaient les niches dans la paroi. Au centre du cercle se trouvait un objet recouvert de poils qui intrigua Ayla. Mais quand finalement elle en comprit la nature, seule son hébétude l’empêcha de pousser un cri. C’était la tête tranchée de Gorn.
Elle contempla avec une horreur fascinée le mog-ur du clan de Norg saisir la tête, la retourner et, à l’aide d’un instrument, élargir l’orifice à la base du cou. La masse grise et rose du cerveau apparut. Le sorcier traça des signes symboliques au-dessus de la tête de Gorn puis, plongeant la main dans l’orifice, arracha un morceau de la cervelle. Il garda dans sa main la matière tremblotante tandis qu’un autre mog-ur s’emparait à son tour du crâne.
Malgré l’effet de la drogue, Ayla ressentit une violente répulsion, mais elle resta comme envoûtée par le spectacle des sorciers fouillant l’un après l’autre dans l’horrible tête. Elle s’efforçait désespérément de résister au vertige qui s’emparait d’elle, mais quand elle vit les sorciers porter leurs mains à leur bouche et manger le cerveau de Gorn, elle sombra dans un abîme sans fond, où rien n’existait plus que la peur.
Elle pensait hurler sans fin mais ne s’entendait pas, elle ne pouvait rien voir, rien éprouver d’autre que cette terrifiante sensation de chuter dans un vide infini et glacial.
Et puis la sensation de chute s’atténua soudain, en même temps qu’elle sentait comme une décharge dans son cerveau, un influx mental qui lui donnait le sentiment de sortir lentement du gouffre où elle était tombée. Elle éprouva des émotions qui n’étaient pas les siennes : de l’amour, mais aussi une violente colère et une peur immense, ainsi qu’un soupçon de curiosité. Stupéfaite, elle s’aperçut que Mog-ur avait pris possession de son esprit : c’étaient ses pensées qui étaient en elle, ses sentiments qu’elle éprouvait.
Le suc des racines qu’Iza serrait dans son petit sac rouge poussait à son paroxysme une tendance naturelle des hommes du Clan : la capacité à communiquer par la méditation avec leur mémoire commune, leur mémoire ancestrale. Les mog-ur, quant à eux, possédaient à un degré particulièrement développé cette faculté naturelle grâce à un entraînement délibéré, mais chez Mog-ur, ce don était exceptionnel.
Il savait comme personne conduire les esprits à travers les pages du temps que leur faisait revivre la mémoire. C’est pourquoi la communauté de son propre clan était plus riche et plus complète que celle de tout autre clan. Avec les mog-ur, il parvenait d’emblée à instaurer une communication télépathique. Le breuvage d’Iza, qui aiguisait les sens et ouvrait les esprits, lui permettait également d’entrer en symbiose avec Ayla.
La naissance traumatique qui avait endommagé le cerveau de Mog-ur et l’avait privé d’une partie de ses moyens physiques n’avait pas altéré la formidable intelligence psychique qui faisait sa force. Mais l’homme boiteux était le dernier de sa race. A travers lui, le Peuple du Clan avait atteint l’apogée de son évolution. Comme la gigantesque créature qu’ils vénéraient, parmi d’autres qui partageaient leur environnement, ils étaient sur une terre encore en formation, alors que la leur était désormais achevée.
Cette race d’hommes qui avait assez de conscience sociale pour veiller sur les faibles et les malades, assez de spiritualité pour enterrer les morts et vénérer un grand totem, cette race d’hommes aux cerveaux volumineux mais démunis de lobes frontaux, qui ne réalisa guère de progrès pendant près de cent mille ans, était condamnée à disparaître, au même titre que le mammouth et le grand ours des cavernes.
Ayla eut soudain l’impression qu’un sang étranger coulait dans ses veines, se mêlant au sien. L’esprit puissant du grand sorcier explorait les tréfonds de son cerveau, cherchant à s’en rendre maître. Ayla comprit soudain que c’était lui qui l’avait sauvée de l’abîme où elle s’enfonçait peu avant, et qu’en outre il empêchait les autres mog-ur, eux-mêmes en relation télépathique avec lui, de prendre conscience de sa présence. Elle ne sentait rien du contact qu’ils avaient avec Mog-ur. Eux avaient senti que le grand sorcier avait établi un contact parallèle, mais ils en ignoraient la nature et étaient à cent lieues de se douter qu’il s’agissait d’Ayla.
Et en même temps qu’elle se rendait compte que Mog-ur l’avait sauvée et la protégeait, elle comprit la profonde dévotion avec laquelle les sorciers s’étaient livrés à l’acte qui l’avait tant révoltée. Elle n’avait pas réalisé qu’il s’agissait d’une communion. Le but du Rassemblement était de renforcer les liens entre clans, de se reconnaître comme Peuple du Clan de l’Ours des Cavernes. Les dix clans rassemblés ici étaient loin de représenter le peuple entier. Les clans absents étaient trop éloignés pour faire le voyage, mais ils partageaient tous le même héritage, la même mémoire, et toute cérémonie célébrée dans n’importe lequel des Rassemblements avait la même signification pour tous. Les mog-ur étaient convaincus, en absorbant le courage du jeune homme qui s’en était allé avec l’Esprit d’Ursus, d’accomplir un geste bénéfique pour tous les clans. Et, en leur qualité de sorciers, doués de capacités mentales particulières, ils communiquaient ensuite à tous le courage ainsi acquis.
Telle était la raison de la peur et de la colère de Mog-ur. La tradition ancestrale voulait que seuls les hommes participent aux cérémonies du Clan. Le fait qu’une femme assiste à une cérémonie ordinaire au sein d’un seul clan entraînait pour ce dernier la malédiction. Or, en la circonstance, il ne s’agissait pas d’une cérémonie ordinaire, mais d’un rite d’une importance extrême pour tout le Rassemblement. Ayla était une femme et sa présence allait provoquer un grand malheur pour tous. Et Ayla n’était même pas une femme du Peuple du Clan.
Cela, Mog-ur le savait désormais sans la moindre équivoque.
Il le sut dès qu’il prit conscience de sa présence alors que le mal était déjà fait. Il lui fallut accepter l’inévitable, mais devant la gravité de son crime, il ne savait à quel parti se résoudre. Même le châtiment suprême serait insuffisant. Avant de prendre une décision, il désira en savoir davantage à son sujet et, à travers elle, au sujet des Autres.
Il avait été étonné en l’entendant appeler à l’aide. Les Autres étaient certes différents, mais il devait nécessairement y avoir des points communs. Mog-ur ressentait le besoin impérieux de connaître la vérité, d’abord pour le salut du Clan, mais aussi poussé par une profonde curiosité. Ayla l’avait toujours intrigué, et il voulait savoir en quoi résidait la différence. Il décida de tenter une expérience.