Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Assurant plus fermement son emprise sur les esprits, le puissant sorcier, qui contrôlait à la fois les neuf cerveaux semblables au sien et celui d’Ayla, identique et différent, les transporta dans les lointains du temps, à l’aube de l’humanité.
Ayla sentit lui venir à nouveau le goût de la forêt primitive, puis une impression de chaleur saline. Elle éprouvait la sensation de revivre la naissance de toute chose. Mog-ur constata que le tréfonds de son être, les couches les plus profondes, correspondaient aux siens. Nos commencements furent identiques, pensa-t-il. Ayla percevait dans leur unicité ses propres cellules, et revivait la manière dont elles s’étaient divisées et différenciées dans les eaux tièdes et nourrissantes, et cette évolution avait un sens. Une nouvelle mutation, et les timides pulsations de la vie se transformèrent en un organisme plus complexe.
Une autre mutation, et Ayla ressentit la souffrance de la première bouffée d’air respirée dans ce nouvel élément. Un autre bond, et ce fut la terre riche, l’apparition des premières pousses et la fuite devant les bêtes sauvages. Un bond, et ce fut la chaleur et la sécheresse qui la firent retourner vers la mer. Au bond suivant, la sensation d’avoir laissé un chaînon dans l’élément liquide, et de voir sa silhouette changer. Elle grandit et perdit sa fourrure originelle.
Désormais, elle se tenait debout, marchant sur deux jambes, les bras libres de leurs mouvements, les yeux découvrant un horizon plus vaste. Elle prenait une direction différente de Mog-ur ; mais pas si éloignée cependant qu’il ne pût continuer à avancer parallèlement à sa voie. Il interrompit la relation télépathique avec les autres sorciers qui se trouvaient à présent assez proches pour continuer sans lui. De toute façon, leur voyage à travers le temps se terminait bientôt.
Ils restèrent donc tous les deux, le vieil homme du Clan et la jeune femme qui venait de chez les Autres. Ce n’était plus lui qui guidait, mais chacun avançait sur sa propre voie tout en observant celle de l’autre. Elle vit la terre se recouvrir de glace, mais dans une région beaucoup plus éloignée, dans l’espace comme dans le temps, une région située au bord d’une mer infiniment plus vaste que celle qui bordait leur péninsule.
Elle vit une caverne, qui avait abrité quelque ancêtre du grand sorcier, un homme aux traits semblables. La vision était floue, vue à travers le vide qui séparait leurs races respectives. La grotte formait une large anfractuosité au pied d’une falaise abrupte qui faisait face à une rivière et, au-delà, à une vaste plaine. Un grand rocher coiffait le sommet de la paroi, un rocher de la forme d’un haut pilier dont l’inclinaison donnait l’illusion qu’il allait basculer dans le vide. La roche qui le composait était d’une nature différente de celle de la falaise.
Le déluge et les secousses terrestres l’avaient charrié là, juste au-dessus de la grotte dans la falaise. La vision disparut, mais son souvenir se grava dans la mémoire de la jeune femme.
Un chagrin bouleversant l’envahit soudain. Elle était seule. Mog-ur ne pouvait la suivre plus avant. Elle trouva son chemin jusqu’à son propre présent et même un peu au-delà. La caverne lui apparut, puis elle eut la vision kaléidoscopique d’une succession de paysages qui n’étaient pas soumis aux caprices de la nature mais organisés selon des schémas réguliers. Des structures cubiques sortaient de terre et de longs rubans de pierre se déroulaient, sur lesquels se déplaçaient à grande vitesse d’étranges animaux. De gigantesques oiseaux volaient sans agiter leurs ailes. Puis d’autres scènes suivirent, si étranges que leur sens lui resta totalement étranger. Tout cela ne dura que l’espace d’un instant. Dans sa course éperdue pour gagner le présent, elle avait été emportée au-delà de son but, au-delà de son temps. Puis la vision se dissipa et elle se trouva, cachée derrière le pilier, en train de regarder les dix hommes assis en cercle.
Mog-ur la regardait, et elle reconnut dans l’œil fixé sur elle le même chagrin qu’elle avait ressenti quand elle s’était retrouvée seule. Il avait tracé de nouvelles voies dans le cerveau d’Ayla, des voies qui lui permettaient d’entrevoir l’avenir, mais il ne pouvait en faire autant lui-même. Il n’avait perçu que l’impression fugitive d’une possibilité qui n’était pas pour lui, mais pour elle seule.
Mog-ur ne pouvait pratiquement pas concevoir d’idées abstraites et il lui fallait fournir un effort immense pour compter un peu au-delà de vingt. Son esprit, il le savait, était beaucoup plus puissant que celui d’Ayla, mais leurs génies étaient de nature différente. Il pouvait se remémorer leurs origines à tous les deux, mieux que quiconque dans tout le Peuple du Clan. Il pouvait même la faire se souvenir. Mais il sentait en elle la jeunesse et la vitalité d’un organisme nouveau : une mutation s’était à nouveau produite, dont il était exclu.
— Dehors !
Ayla sursauta à son ordre brutal, surprise qu’il ait crié si fort. Puis elle se rendit compte qu’il n’avait proféré aucun son. L’ordre lui avait été transmis de l’intérieur.
— Sors de la grotte ! Vite ! Sors de là !
Elle quitta sa cachette et s’enfuit en courant dans le tunnel. Certaines lampes s’étaient éteintes, mais il en restait suffisamment pour qu’elle retrouve son chemin. Un silence profond régnait dans la caverne où les hommes et les garçons dormaient d’un sommeil sans rêves. Elle se précipita dehors.
Il faisait encore nuit, mais l’aube commençait à poindre. Ayla ne ressentait plus l’effet du puissant breuvage mais elle était complètement épuisée. Elle vit les femmes étendues sur le sol, exténuées, et elle s’allongea à côté d’Uba.
Quand Mog-ur sortit de la caverne, quelques instants plus tard, elle était profondément endormie. Il contempla sa longue chevelure blonde, si différente de celle des autres femmes, comme l’était également toute sa personne, et une immense tristesse l’envahit. Il n’aurait pas dû la laisser partir. Il aurait dû au contraire la conduire devant les hommes et la faire mourir sur-le-champ. Mais à quoi cela aurait-il servi ? Cela n’aurait pas évité la catastrophe que sa présence à la cérémonie allait déclencher, cela n’aurait pas empêché la malédiction de s’abattre sur le Peuple du Clan. A quoi bon la tuer ? Ayla incarnait une autre espèce, et puis elle était celle qu’il aimait.
25
Goov sortit de la caverne, se frotta les yeux, ébloui par le soleil, et s’étira. Il vit Mog-ur, assis tout voûté sur une souche, fixant le sol d’un air absent, et songea à lui demander la permission de regarnir les lumignons de peur que quelqu’un ne se perde dans le dédale des tunnels. Mais à la vue de la mine défaite et accablée du grand sorcier, il préféra ne pas l’importuner. Je m’en occuperai tout seul, décida-t-il.
Mog-ur se fait vieux, songea le servant en regagnant la caverne, une vessie de graisse d’ours ainsi que de nouvelles mèches à la main. J’ai tendance à oublier son âge. Le voyage a été une rude épreuve pour lui, et la cérémonie l’a vidé de toute son énergie. Il doit appréhender le retour, c’est naturel. Étrange tout de même, se fit-il la remarque, je ne l’avais encore jamais à ce jour considéré comme un vieux.
Quelques hommes sortirent de la caverne en clignant leurs paupières alourdies par leur profond sommeil et contemplèrent le spectacle des femmes nues affalées par terre en se demandant, comme à chaque fois, ce qui avait bien pu les mettre dans cet état. Les premières femmes à se réveiller coururent à leurs vêtements et se mirent en devoir de secouer leurs compagnes avant que tout le monde soit sorti.