La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
— Tu vas voir, le printemps prochain, à quoi les hommes peuvent être utiles ! s’esclaffa-t-il.
— Cause toujours ! Lysos aurait dû supprimer la parlote des chromosomes Y et vous mettre un peu d’efficacité à la place !
C’était le genre de reparties que Naroïne et les femmes d’équipage échangeaient sans en penser un mot et qui bluffait Maïa par leur audace, leur brio. Elle se redressa, se peigna avec ses doigts et secoua la tête, faisant voltiger ses mèches courtes. « C’est bien mieux », conclut-elle.
Ses cicatrices n’avaient rien de honteux, mais elle se félicitait qu’elles aient épargné son visage. Un visage qui avait bien changé, ces derniers mois. S’il avait conservé sa rondeur adolescente et son teint frais, les privations et les épreuves lui avaient sculpté un contour plus ferme et donné à ses yeux une transparence adulte étonnante. Elle trouvait à ses traits une beauté et une gravité qu’elle n’imaginait pas à l’époque où elle les contemplait dans un miroir de table terni, dans une mansarde minable pleine de rêves irréalistes.
— Et voilà, fit Brod en lui rapportant ses vêtements pliés.
Comme elle, ils avaient bien changé. Et ça valait pour Brod, se dit-elle en se tournant vers lui. Il s’habillait en passant les doigts dans les déchirures de sa chemise.
— On va emporter ce qu’il faut pour les recoudre en attendant de trouver le temps de le faire. Et puis, qui sait ? On aura peut-être la chance de tomber sur une garde-robe neuve.
— Et trois bols de soupe, et trois lits où dormir ? fit Maïa en se regardant une dernière fois dans la glace.
« Avant, en même temps que moi, je voyais Leie. Mais cette nouvelle Maïa est unique. Personne au monde ne lui ressemble. »
Et bizarrement, cette idée n’avait rien de déprimant.
Propres et un peu reposés, ils reprirent leurs explorations et se retrouvèrent bientôt dans une nouvelle zone où un formidable séisme avait détruit toutes les cloisons et mis à nu la roche craquelée. Ils avançaient avec précaution quand le sol penchait ou qu’une faille avait fendu le sol. Une partie de ces dévastations était peut-être à mettre sur le compte des millénaires, mais Maïa croyait plutôt qu’elles avaient été provoquées de l’espace, comme sur Botjelli et les autres îles.
« Grimké n’était qu’un avant-poste, se disait-elle. La forteresse principale devait être ici. »
Maïa et Brod constatèrent que les occupants n’avaient pas tout emporté en s’exilant. Des salles immenses étaient encore pleines de machines et d’appareils complexes. Maïa reconnut des transformateurs et des générateurs, parents éloignés de ceux qu’elle connaissait, mais à une échelle incommensurablement plus grande que ceux qu’offrait actuellement la technologie stratoïne. La taille des machines confondait Maïa. Il y avait là plus de métal que dans tout Port Sanger ! Et ils n’avaient pas tout vu…
Ils entrèrent dans une salle de cent mètres de côté et qui semblait trois fois plus haute, presque entièrement occupée par un bloc massif fait d’une matière ambrée, translucide, et soutenu par de robustes armatures du même métal rouge sang dont était faite la porte à énigme. De vagues lueurs tremblotaient dans ses profondeurs, indiquant que si sa puissance était en sommeil, elle n’était pas morte. L’envie les prit de s’en aller sur la pointe des pieds, de peur de la réveiller.
La forteresse semblait infinie. Maïa se demanda s’ils étaient voués à chercher éternellement la sortie de ce purgatoire où ils s’étaient donné tant de mal pour entrer. Soudain, le couloir déboucha sur un autre, plus large, aux murs renforcés. À leur gauche se dressait une nouvelle porte de métal rouge, épaisse de près d’un mètre et soutenue par des gonds monstrueux. Elle était ouverte. Quelqu’un y avait accroché une banderole de tissu portant un message peu engageant :
ENTRÉE INTERDITE
ON VOUS AURA PRÉVENUS !
« Ne dites pas de bêtises, songea Maïa. Qui que vous soyez, vous ne nous avez jamais prévenus de rien du tout.
« Comme si on en avait quelque chose à foutre, d’ailleurs. »
— Tu crois que ce sont les pirates qui ont écrit ça ? hasarda Brod.
— Ce n’est pas leur genre, renifla Maïa. Elles seraient plutôt du genre à foncer dans le tas en gueulant.
— Il doit y avoir quelque chose d’important là-dedans, reprit Brod. Viens. Ce sera peut-être instructif.
« Si c’est tellement important, songea Maïa en le suivant, ils n’avaient qu’à fermer la porte à clé, non ? »
Eh bien non, justement. « Parce qu’ils n’auraient jamais pu la rouvrir. Les gens qui travaillaient ici, quels qu’ils soient, ne connaissaient pas la combinaison ! »
C’était une longue salle tubulaire, d’une quarantaine de mètres de long, aux murs bardés de contreforts de métal rouge, sans doute destinés à résister à… à quoi ? Maïa reconnut des consoles d’ordinateurs, infiniment plus grosses que les unités com de Caria mais manifestement du même genre. Tout semblait avoir été utilisé la veille et non mille ans auparavant. Elle imagina des opératrices spectrales frappant sur des claviers, lâchant des jurons agacés et libérant des forces effroyables rien qu’en appuyant sur un bouton.
— Maïa, regarde ça !
Brod tendait le bras vers un nouveau panneau.
Propriété du Conseil régnant.
Entrée interdite sous peine de mort.
Votre présence a été signalée.
Appelez immédiatement l’Autorité de l’équilibre planétaire à l’aide de l’unité com placée ici.
Réfléchissez ! Tout aveu vous vaudra la clémence.
L’obstination, c’est la mort !
— « Votre présence a été signalée…», lut Brod. Tu crois qu’elles surveillent toutes les portes ? Hé, peut-être qu’elles sont en train de nous écouter ou de nous regarder !
Il parcourut la salle en ouvrant de grands yeux. Mais Maïa éprouvait un étrange sentiment de détachement.
« Le Conseil connaît donc cet endroit. Ben voyons… C’était tout de même le cœur de la Grande Défense. Elles n’auraient jamais laissé une telle puissance à l’abandon, sans surveillance. On ne sait jamais, ça pourrait toujours servir…
« Bon, et mon idée selon laquelle le vieux Bennett aurait dit ces mots parce qu’il avait hérité d’un secret mystérieux ? »
Peut-être y avait-il bien un secret, datant des heures de gloire de Botjelli. Un secret qui aurait survécu à la honte, après le bref épisode des Rois. À moins que ce ne fût une légende, née du regret de la grandeur perdue, conservée par une petite chapelle d’hommes au fil des siècles, perdant son sens mais gagnant en ritualisation à mesure qu’elle était transmise à de nouveaux adolescents recrutés auprès de leurs mères.
— Si on suivait l’antenne jusqu’à l’entrée ? suggéra Brod en indiquant l’unité com mentionnée dans le message : une console standard, reliée à des câbles fixés aux murs. Tu sais, je doute qu’elles sachent comment on est arrivés ici ! Elles ne savent peut-être même pas qu’on est là, après tout.
« Bien vu », se dit Maïa. À côté de l’unité com était posé un épais carnet noir. Elle le feuilleta et poussa un soupir.
— Non seulement elles connaissent cet endroit, mais elles viennent s’y entraîner… tous les dix ans, environ, à ce qu’il semble. Regarde : trois – non, quatre clans, sans doute spécialistes de l’armée, subventionnés par le Conseil. Brod, cet endroit est toujours en fonction !
— Ben tiens ! fit-il avec un mélange d’amertume et de résignation. L’Ennemi une fois repoussé, imagine que les techs hommes et femmes qui travaillaient ici aient pris la grosse tête et exigé je ne sais quoi, tu ne crois pas que les Savantes, les Prêtresses et les grands clans auraient eu la frousse ? D’ici qu’elles aient inventé le putsch des Rois pour se justifier de foutre dehors tous les gens qui vivaient là ! Mais il aurait été idiot d’abandonner complètement ces installations, ou de les démanteler, continua-t-il, tandis que Maïa se disait que son scénario avait beau être un peu tiré par les cheveux, il tenait debout. Alors elles ont choisi des guerrières compétentes et leur ont donné des sinécures à vie, pour s’entraîner au cas où l’Ennemi reviendrait.