La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
Il en était là de ses réflexions et se raccrochait à cet espoir quand Bezu-cheux revint.
— Monsieur, dit-il, j'ai réfléchi, vous prétendez être venu ici pour affaires et non pour...
M» Mitaine se dérange
— Oui, monsieur, je le prétends! je suis avoué près...
— Prouvez-moi que vous êtes véritablement avoué ! Je l'ai dit à Griquetta qui se traîne à mes genoux, s'il me prouve sa qualité d'avoué, l'affaire perd de sa gravité (... S'il n'est pas avoué, j'ai soif de son sang ; s'il l'est, je consens à ne pas le perforer.
— Je suis avoué !
— Vous allez donc me donner une consultation de procédure... je verrai bien!... J*' suis M. de la Pricottière, connaissez-vous La devise de notre maison?
— Non.
— Je fricotterai, je frieotte, je fricottais ! Papa a fricoté, il a passé l'âge ; mais il prétend fricoter encore et fricoter toujours, en un mot, il dilapide! Je désirerais lui faire donner un conseil judiciaire.
C'est facile, répondit l'avoué, ses facultés intellectuelles sont-elles affaiblies?
Considérablement! commencement de ramollissement!... hélas, les la Pricottière n'ont jamais dépassé soixante ans sans être ramollis!
— Très bien !
— Papa est arrivé à cette douloureuse période 1 Et il prétend dilapider encore... Il parle d'aliéner la terre patrimoniale de la Fricottière et le château historique, berceau de notre famille! Vous voyez qu'il est temps de faire prononcer son interdiction!
— Très bien, monsieur votre père est ramolli et prodigue. C'est parfait, l'interdiction sera obtenue facilement...
— D'autant plus que, là-bas, chacun sait que c'est l'habitude dans la famille, tous les la Fricottière ont eu leur petit conseil judiciaire pour leurs folies de jeunesse et il y en a peu qui l'aient attendu jusqu'à soixante ans.
— Très bien, monsieur votre père interdit, il lui est défendu de plaider, transiger, emprunter, d'aliéner ou grever ses biens d'aucune hypothèque...
— Parfait! il ne peut pas se marier non plus, n'est-ce pas?
— Pardon, la loi le dit, l'interdit peut se marier sans l'assistance de son conseil.
— Diable ! je connais papa, il a mauvaise tète, il est capable de convoler pour me faire une niche... Écoutez, nous devrions être ennemis, mais si vous voulez vous occuper d'obtenir cette interdiction, je renonce à me baigner dans votre sang et j'oublie tout!
— Monsieur, je saisis avec empressement cette occasion de vous prouver que je sui- véritablement avoué, je me charge d'obtenir cette interdiction !
If' Mitaine, réconcilié avec Bezucheux, passa le reste de la nuit dans une chambre généreusement mise à sa disposition. Au matin, il partit, un peu ennuyé de l'accueil qui l'attendait chez lui.
Cependant*! M* Mitaine n'avait pas renoncé àl'enquète relative au procès Badinard ; cette soirée qui avait failli se terminerai cruellement pour lui fus le point de départ d'ion- série d'excursions dans un certain monde. Cri-quetta s'était amusée à lui donner de faux renseignements sur l'album aux photographies de M rne Badinard ; elle lui avait, on s'en souvient,<!donné à penser que d'après certains indices, d'après certains noms figurant dans l'album, la véritable propriétaire devait être, soit M llc Blanche de Nevers, demi-mondaine fort répandue dans le monde où l'on soupe, soit M lle Lucy Garramba, soit Anna Grog, non moins répandues que la première.
M 0 Mitaine se présenta chez ces dames; la discrétion nous fait un devoir de passer légèrement sur ces entrevues un peu scabreuses. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que l'insidieux avoué déploya, en pure perte, des talents diplomatiques qu'il eut pu mieux employer au service de son pays' Tour à
tour aimable, sec, galant et fallacieux, il tenta vainement d'amener chacune de ces dames à s'avouer propriétaire du fameux album.
Lucy Garramba le flanqua sans façon à la porte, Anna Grog accepta un bracelet, et Blanche de Nevers consentit à souper avec lui, mais toutes trois persistèrent à nier leur culpabilité.
M e Mitaine poursuivit donc son enquête. Ses recherches le conduisirent dans des boudoirs bleus et roses, dans les coulisses de quelques théâtres, car il se hasarda plusieurs fois à se présenter à la loge de Griquetta aux Folies musicales pour obtenir des suppléments de renseignements; et les petiU cabinets particuliers bleu de ciel ou satin feuille-morte des restaurants des boulevards le virent aussi plusieurs fois, amené par les exigences toujours croissantes du procès Badinard.
Ainsi, donc, la fatale influence de l'affaire Badinard s'exerçait sur M c Mitaine comme elle s'était exercée sur M° Taparel et sur les clercs de l'infortuné notaire; M° Mitaine se dérangeait! Chez lui il opprimait M me Mitaine sa ver-, tueuse épouse, et réduisait son train de maison particulier; au dehors il don-iiail des consultations gratuites pour des affaires litigieuses avec des directeurs de théâtre ou des créanciers récalcitrants, il offrait des petits soupers et des porte-bonheur adroite et à gauche, elle tout, hélas! sans apprendre rien de nouveau sur l'album.
Le jour du procès arrivait. M. Arsène Gratteloup, greffier de la treizième chambre civile, était assiégé de demandes de places à l'audience. Et comment résister aux grandes et petites dames toutes jeunes et jolies, qui dépensaient pour lui, greffier au cœur simple, toutes les grâces de leur coquetterie, tous les enivrements de leurs sourires ! Aussi, toutes les solliciteuses recevaient des places, depuis l'ambassadrice jusqu'à la plus petite figurante des Folies musicales; tant pis, la salle ne contenait pas le quart de la place nécessaire ; à l'audience, elles s'arrangeraient comme elles pourraient.
Les hommes étaient impitoyablement repoussés, il fallait être au moins académicien pour obtenir un strapontin. On ne pouvait pourtant pas agrandir le Palais de justice rien que pour l'affaire Badinard contre Cabassol.
M' Mitaine poursuivant son enquête
M u ° Biily se transformant en avocat.
Le grand jour du procès Badinard. -des témoins.
Les émotions de l'audience. — Audition - Révélations I
Le grand jour est arrivé. Une animation extraordinaire règne au Palais de justice, les postes de municipaux ont été doublés comme pour un grand procès politique ; dans la grande cour ouvrant sur le boulevard Saint-Michel, des avocats en robe pérorent avec animation, des nuées de reporters circulent affairés, pendant que les nombreux témoins cités dans l'affaire arrivent et se regardent les uns les autres avec défiance.
Les curieux se pressent ; à chaque minute, une voiture amène dans la cour quelques dames en toilettes tapageuses de cause célèbre. Les artistes du théâtre des Folies musicales arrivent par bandes, les hommes le nez en l'air et le menton bleutoutguilleret,faisantpar avance des calembours sur le procès, les dames riant de tout le monde, de la pauvre M mc Badinard, de feu Badinard, de Cabassolet des soixante-dix-sept témoins importants! Chacun discute et épluche par avance les points délicats et mystérieux du procès, les dames cherchent des yeux et réclament le héros de l'affaire, le pauvre Cabassol, disparu depuis l'ouverture des hostilités. Soixante-dix-sept vengeances! quel gaillard ! et les yeux se baissent un instant, les joues rougissent derrière les éventails agités avec frénésie.