La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
Maïa éprouva une vague déception, comme si elle regrettait de n’avoir pu relever ce défi. « Ferme-la », dit-elle à la maniaque des énigmes qui s’agitait au fond d’elle-même. Bientôt, son sens de l’orientation lui dit qu’ils s’enfonçaient de plus en plus profondément dans l’île de Botjelli.
Les deux jeunes gens crurent tous leurs espoirs réduits à néant quand, à un détour du couloir, ils se retrouvèrent nez à nez avec un amas de roche qui obstruait le passage. Un rai de lumière artificielle filtrait près de la voûte, suggérant l’existence d’un moyen de franchir l’obstacle. Brod et Maïa escaladèrent l’éboulis et entreprirent de déblayer le passage. S’échiner ainsi sous terre, et pourtant dans une lumière aussi éclatante, avait quelque chose de bizarre. La conclusion s’imposait : « Si des gens étaient passés par là, ils auraient laissé des traces comme les nôtres. De tous ceux qui ont tenté d’entrer ici… nous sommes les premiers à y être arrivés ! »
Ou du moins, les premiers depuis ce qui avait causé l’éboulement, qu’il soit d’origine naturelle ou artificielle…
Ils se faufilèrent enfin de l’autre côté, dans une espèce de sous-sol jonché de débris. Des amas de rouille, restes peut-être de fûts métalliques écrasés, longeaient le bas des murs. La seule issue était un escalier de fer qui semblait s’être ramolli sous l’action d’une chaleur intense. Brod et Maïa atteignirent non sans mal le palier supérieur, unirent leurs efforts pour faire jouer les gonds faussés d’une vulgaire porte de métal et se retrouvèrent dans un couloir deux fois plus large que le précédent.
Le sous-sol martyrisé avait dû être envahi par une chaleur terrifiante. Certaines portes avaient été soudées à leur chambranle. Même les inébranlables parois du tunnel portaient des stigmates de brûlure et de fusion. Ce spectacle rappela aux deux jeunes gens qu’ils étaient complètement déshydratés.
Ils entrèrent dans une partie plus ancienne et plus majestueuse : le plafond était voûté et d’une hauteur impressionnante. Maïa n’aurait été qu’à moitié surprise d’entendre des pas, des cris ou de mystérieux chuchotements, seulement les lieux étaient vides, même de fantômes.
Certains signes indiquaient une retraite en ordre. La plupart des salles avaient été vidées. « Toute l’île doit être truffée de galeries », se dit Maïa. L’ennui, c’est qu’ils avaient vu des choses superbes et imposantes, mais rien de très utile pour leur survie. « Une future exploratrice trouvera peut-être nos ossements et se demandera ce qui nous est arrivé », se dit-elle, funèbre.
Tout à coup, Brod poussa un hurlement de triomphe et se rua en clopinant dans une salle qui s’illumina à son entrée.
— Oh, mon Dieu, faites que ça marche ! murmura-t-il en s’approchant d’un lavabo de céramique.
Sa prière fut entendue, car d’un robinet en métal coula un liquide clair… De l’eau douce, devina Maïa. Brod but à longs traits, attisant la soif de Maïa qui se cogna la tête contre la cuvette voisine, dans sa précipitation. Elle se désaltéra avidement, comme si elle craignait que le flot ne tarît à tout instant, et le breuvage lui parut plus suave que tous les vins de Lamatie qu’elle avait pu boire en cachette.
Ils se retournèrent enfin, tout pantelants, et parcoururent du regard l’étrange salle occupée par des cabines carrelées, munies d’une porte vitrée.
— Qu’est-ce que ça peut être ? Une infirmerie, un laboratoire ? demanda Maïa en s’approchant avec circonspection d’un des caissons pour regarder à l’intérieur.
Tout à coup, d’une dizaine d’orifices jaillirent des jets de vapeur brûlante.
— Aïe ! s’écria Maïa en serrant son bras sur sa poitrine. Ça ne peut servir qu’à décaper la peinture, un truc pareil !
— Aussi absurde que ça puisse te paraître, ça doit être des cabines de douche, fit Brod en secouant la tête.
— Nos ancêtres n’étaient pas des géants et ils n’avaient pas du cuir à la place de la peau, que je sache.
— J’ai vu des choses de ce genre à la bibliothèque Kanto, fit Brod d’un ton méditatif. Elles détectent notre approche. C’est comme ça que le robinet du lavabo s’est mis à couler.
Il passa prudemment son bras dans une des cabines et agita la main. Le jet de vapeur passa du chaud au froid.
— Et voilà, tout le confort moderne, comme chez soi !
« Chez toi, peut-être », rectifia Maïa en songea à la douche tiède qu’elle avait prise à cap Grange. L’eau rationnée était amenée par des canalisations en argile et coulait d’une petite pomme de douche en fer-blanc. À l’époque, cette installation lui avait paru d’un luxe insensé. Les surfaces éblouissantes, la lumière vive et les étranges odeurs de cet endroit étaient terrifiantes. Même Brod, qui avait grandi dans un environnement privilégié, sur le continent de l’Arrivée, disait n’avoir jamais vu de telles étendues de miroirs et de céramique dans un seul souci apparent : l’hygiène.
— Les messieurs d’abord, dit Maïa, qui connaissait les usages. Honneur aux hommes…
— Euh, on est dans un sanctuaire, ou ce qui devait en être un il y a longtemps, alors tu es notre invitée. Vas-y, Maïa. Je vais voir si je trouve de quoi panser mes blessures.
Maïa n’avait pas envie de discuter. Le plus urgent était de nettoyer leurs plaies, afin qu’elles ne s’infectent pas. Plus tard, il serait temps de faire assaut de politesse. Quand ils auraient trouvé à manger, par exemple.
— D’accord, mais ne t’éloigne pas, répondit-elle en tendant prudemment la main vers les cercles noirs tracés sur le mur.
Il ne lui fallut pas longtemps pour en comprendre le maniement. Elle régla la température de l’eau et la force du jet et oublia tout dans un rugissement de sensations physiques.
Tout sauf une pensée triomphante : « ces traîtresses meurtrières et leurs canons nous croient probablement morts. Même Leie. Mais c’est faux. Nous sommes bien vivants. »
En fait, elle avait la conviction qu’aucune de ses ennemies n’avait jamais éprouvé les délices auxquelles elle s’abandonnait en ce moment. Même quand elle s’attela à curer le sable incrusté dans ses plaies, la douleur lui parut bien douce.
Assise devant un miroir où une dizaine de personnes se seraient reflétées à l’aise, elle passa les doigts dans ses cheveux qui n’avaient pas été peignés depuis des semaines. « Je vais couper tout ça », décida-t-elle.
Brod chantait sous la douche. Sa voix semblait plus assurée, à moins que ce ne fût un effet de l’étonnante cabine de nettoyage, véritable merveille de technologie installée dans un mystérieux passé. À côté, sur la paillasse, Maïa vit l’aiguille et le fil ensanglanté avec lesquels il avait recousu ses plaies les plus graves, sans pousser un gémissement.
Il avait trouvé une trousse de premiers secours si petite qu’elle avait été oubliée lors de l’évacuation du sanctuaire. Seulement il n’y avait pas grand-chose dedans : quelques pansements sous emballage étanche, une minuscule bouteille de désinfectant auquel ils s’abstinrent de toucher et des ciseaux, dont Maïa s’empara pour se couper timidement les cheveux.
Au bruit d’eau succéda le sifflement des buses d’air chaud.
— Hé, Maïa ! appela joyeusement Brod, aussi bruyant dans le Plaisir qu’il avait été stoïque dans la douleur. Si on utilisait cette machine pour laver nos vêtements ? Ils seraient propres et secs en un rien de temps. Passe-moi les tiens.
— Ce coup-ci, je suis convaincue ! s’exclama-t-elle en prenant ses nippes crasseuses du bout des doigts pour les lui jeter. Les hommes peuvent parfois être utiles, en fin de compte.