La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— Blanche de Nevers, Lucie Carramba ou Anna Grog, ce doit être une des trois ; à vous de la découvrir!
— J'irai les trouver.
Criquetta rit intérieurement de la petite farce qu'elle faisait à ces dames en leur envoyant l'avoué.
— Elles nieront d'abord, mais ne vous laissez pas prendre à leurs dénégations, insistez... Tâchez de les intimider... mais surtout ne dites pas que c'est moi qui vous ai renseigné.
— Soyez tranquille, aimable Criquetta, ange...
— Finissez, finissez, savez-vous que vous devenez terrible pour un avoué 1
— Ah! mais... ne vous en prenez pas à moi, c'est votre faute... Soyez iimins charmante et je retrouverai ma raison qui me quitte... Ah! si vous vouliez... »
— Si je voulais?
— Si vous vouliez... je plaiderais tous vos procès! je serais... je...
— Silence, malheureux! Voilà M. de la Fricottière qui revient de reconduire mes invités... C'est un homme féroce; s'il vous a entendu, vous êtes
Départ des invités de CriquetU
perdu ! Tenez le voilà, il me croit seule, il vous croit parti, restez là et soyez sage!
M e Mitaine ahuri, se glissa derrière le piano surchargé de fleurs et ne souffla plus. Criquetta s'était levée, et dans la pièce à côté avertissait Bezu-cheux de la présence du pauvre Mitaine. Elle revint au bout de quelques minutes et dit d'un ton très ému à Mitaine :
— Si, comme vous le dites, vous m'ajmez, prouvez-le-moi ! M. de la Fri-cottière a des soupçons ; il vient de me reprocher mon amabilité avec vous, il montre une fureur concentrée qui m'inquiète ; je vous en supplie, ne me perdez pas !
— Je vais m'en aller! s'écria M 0 Mitaine en serrant la main de Criquetta.
— Impossible maintenant, il a fermé la grille lui-même et détaché le chien !... il tant rester !...
— Comment faire?...
— Mon Dieu ! je ne Bais, j'ai la tète perdue!... Ah! pourquoi n'êtes-vous pas parti en même temps que les antres personnes!...
— Vous savez, bien, je voulais savoir!...
— Ah! tenez, ce bahut, il est large, très large, et vous n'êtes pas gros...
— Ce bahut?
— Oui, il n'y a rien dans le bas! glissez-vous et ne bougez pas... il va" venir sans doute.
— Aie ! gémit M c Mitaine en se fourrant dans le bahut, il y a bien peu de place...
— Dépêchez-vous!... je l'entends... là, vous y êtes. Silence, maintenant! et nous sommes sauves !
Criquetta après avoir calé la porte du buffet avec un fauteuil, s'assit tranquillement dans ce fauteuil.
Bezucheux entra et fermant la porte avec violence, il se promena de long en large en frappant du pied.
— Qu'avez-vous, mon ami, demanda Criquetta d'une voix flùtée.
— Vous le savez bien, votre infernale coquetterie avec ce monsieur de ce soir me torture le cœur... Quel est, en réalité, ce monsieur, et comment s'est-il introduit ici?...
— Mon ami...
— Vous le connaissiez déjà !
— Mon ami...
— Taisez-von-1
— Vous me brisez le cœur ! sanglota Criquetta.
— El vous, vous piétinez sur le mien... Ah! Criquetta, comme je t'aimais !
— Je t'aime encore, moi! gémit Criquetta.
— Dis-tu vrai! Ah! puissances de l'enfer, si je pouvais te croire encore pure, «i tu n'avais été qu'inconséquente, si tu m'aimais encore!... Ah! Criquetta, dis-moi, répète-moi que tu m'aimes encore!... Je tuerai cet homme pour qu'il ne se dresse plus entre nous !... Mais quel est ce bruit?...
M Mitaine, gêné sans doute dans le buffet, venait de remuer un peu.
— Ce n'est rien ! ce doit être une souris, dit Criquetta.
— M'aimes-tu toujours? reprit Bezucheux en élevant la voix.
— Mon bien-aimé...
— Répète ce mot! ah, c'est le ciel qui s'entr'ouvre! Criquetta, nousfuirons taris, nous irons vivre Foin de ces faux amis, de ces femmes trompeuses, de ces maîtresses perfides, loin de tout, sous le ciel bleu de la côte napolitaine, sous les orangers de Sorrente... Là, toute la journée devant l'azur de la mer, au grand soleil comme à la clarté des étoiles, tu me répéteras ce que tu mas dit pour la première fois il y a quinze jours: Gontran, je t'aime!... mais qu^l est ce chapeau, madame?
Et Bezucheux renversa bruyamment quelques chaises, en brandissant le chapeau de M u Mitaine laissé en évidence sur la table.
— Quel est ce chapeau, madame? Répondez! ce n'est pas le mien, je l'ai sur la tète... et ces initiales J.M., ne cherchez pas à vous évanouir pour éviter de répondre!...
— Je ne sais, je... ce doit être un chapeau oublié...
— Ne cherchez pas de mensonge inutile... vous refusez de répondre ! vous vous évanouissez! c'est bien, je chercherai le misérable moi-même! vous l'avez caché, mais je le trouverai...
— Grâce ! sanglota Cri-quetta.
— Retirez-vous ou je ne réponds plus de moi!... inutile de vous traîner à. mes pieds, le misérable que vous cachez paiera pour deux... retirez-vous!,., votre persistance à vous tenir devant ce bahut doit avoir une raison, est-ce que...
— Ah! gémit Criquetta.
Bezucheux renversantencore quelques chaises, ouvrit brusquement le bahut.
— Ah ! ah ! ah ! s'écria Bezucheux, le voilà donc, ce traître, ce lâche, voilà votre complice, madame! à nous deux, monsieur!
M c Mitaine ne se pressait pas de sortir, Bezucheux dut le tirer du meuble lui-même.
— Monsieur! dit Bezucheux d'un air froid-et sévère, vous comprenez qu'entre nous deux toute explication est superflue, c'est une affaire à régler par l'épéc ou le pistolet... Ces injures-là se lavent dans le sang... justement il fait un clair de lune superbe!... Vous me comprenez?
Ce n'est rien, ce doit être une souris!
— Permettez, balbutia M 0 Mitaine, je ne vois pas en quoi je puis vous avoir offensé, je venais pour...
— Vous veniez pour... ne me le dites pas; je ne lésais que trop, monsieur. Comme offensé, j'ai le choix des armes !
— Attendez! mes intentions étaient pures, je suis prêt à...
— Vos intentions étaient pures, soit, vous êtes célibataire?
— Non, je suis marié.
— Vous voyez bien, vous n'aviez pas l'intention d'épouser madame, à moins que vous ne reculiez pas devant la bigamie... Donc, vos intentions ne pouvaient être pures!... finissons-en! que faisiez-vous dans ce bahut?
— Le dernier train était parti à onze heures vingt-cinq, j'attendais celui du matin!
— Allons donc! n'ajoutez pas la raillerie à l'insulte ! L'épée ou le pistolet, décidez, je vous laisse le choix!... je puis être généreux, je suis de première force aux deux!
— Permettez, je suis un homme de principes et mes principes s'opposent absolument...
— A ce duel nocturne et sans témoins?... soit, nous attendrons le jour, ce sera plus régulier, à l'aube je fais prévenir deux de mes amis... si vous n'avez personne sous la main, nous avons le garde-champêtre de Beaumesnil qui est un vieux soldat, il vous servira de témoin et vous en trouvera un second. Restez ici dans ce salon, je me tiendrai dans la pièce à côté, au petit jour, nous nous reverrons l'épée à la main.
M e Mitaine tomba accablé dans un fauteuil et Bezucheux partit en l'enfermant à double tour.
Des réflexions peu agréables assaillirent l'esprit de M c Mitaine. Gomment sortirait-il de cette vilaine affaire ? La rapidité des événements et un peu aussi le Champagne du diner, lui troublaient la tête ; comment, cette soirée si gaie et si bien remplie allait se terminer lugubrement par un duel? Et là-bas, à Paris, que devait penser madame Mitaine de l'absence prolongée de son mari? gare les reproches de demain ! Demain? insensé! le verrait-il ce lendemain, puisque ce la Fricottière, ce spadassin, tenait à se baigner dans son sang dès l'aube naissante!... Ce malheureux procès Badinard était cause de tout! Ah! grand Dieu 1 qu'allait-il faire dans cette galère!... chercher des renseignements et recueillir des coups d'épée, ouvrir une enquête et se faire ouvrir l'abdomen! ah, ce duel!... M. de la Fricottière avait parlé du garde-champêtre, il n'était pas possible que ce fonctionnaire du gouvernement consentît à donner par sa présence au combat un caractère de légalité auxquelles ces sortes d'affaires ne peuvent prétendre! non, il l'empêcherait certainement...