Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
« J’ai donc convoqué cet imbécile de commandant afin de lui transmettre ses nouveaux ordres de mission. Dès que je serai en mesure de le recevoir, d’ici… (il consulta négligemment l’antique horloge à aiguilles qui trônait contre l’un des murs du salon)… disons une heure (Raymond s’esclaffa), il saura que le Prætor peregrini exige que l’on commence les bombardements préliminaires sur les sites NO1 et SE1 dès demain. »
Raymond se redressa vivement. Il s’attendait à cette décision, mais pas si tôt.
NO1 et SE1 étaient les noms de code des deux cités atamides de grande taille les plus proches de la Nouvelle-Jérusalem. Depuis des semaines, les hauts gradés discutaient à n’en plus finir sur l’opportunité de commencer par l’une ou l’autre. En décidant d’attaquer les deux simultanément, Robert ouvrait un front gigantesque puisqu’elles étaient situées chacune à l’opposé du camp croisé. Les chefs d’état-major allaient encore ruer dans les brancards.
Comme s’il lisait les pensées de son allié, le duc de Montgomery ajouta :
« Je sais qu’il y aura des réticences. Ces pourceaux ne comprennent pas ce qu’est une stratégie ambitieuse ! Ils ne voient que le court terme. Or, les Atamides ne sont bons qu’à se faire écraser par notre armée, puis à fuir comme des rats ! Je ne vois pas pourquoi nous annexerions leurs cités une par une alors que nous pouvons créer un front concentrique. La domination humaine s’étendra à partir d’ici tel un cercle de feu qui se propagera jusqu’à l’autre bout d’Akya. »
Raymond de St. Gilles avait du mal à dissimuler sa préoccupation.
« Notre armée a-t-elle l’envergure requise pour ouvrir un tel front ?
— Bien sûr ! Il ne s’agit pas d’occuper la planète entière, mais d’avancer partout en même temps de manière coordonnée afin de ne plus avoir à surveiller nos arrières. De créer une sorte de zone d’exclusion qui grandira au fur et à mesure de l’avancée de nos troupes. »
En y réfléchissant, Raymond commençait à trouver l’idée convaincante.
Et puis, cela promettait de l’action. Après des semaines d’attente, il lui tardait de retourner en salle de gestion tactique pour y diriger des assauts. De toutes les activités auxquelles un noble pouvait s’adonner, c’était selon lui – et de loin – la plus excitante. Coordonner des charges massives d’infanterie ou des largages de bombes incendiaires devant un holo géant ISM-3n procurait des sensations inoubliables. Rien que d’y songer, les battements de son cœur s’étaient accélérés.
« Cela ne règle pas le problème de la dispersion de l’exode atamide, finit-il par dire. Comment éradiquer ces centaines de milliers de fuyards dispersés dans toute la plaine ? »
Toute la bonne humeur de Robert s’éteignit soudain. Ce problème était son épine dans le pied. D’un côté, on ne pouvait recourir aux frappes énergétiques orbitales, ce serait comme utiliser un marteau-pilon pour se débarrasser d’un puceron et, de l’autre, les pilotes d’intercepteurs renâclaient à l’idée de passer des semaines à faire du rase-motte en lâchant une ou deux bombes de temps en temps lorsqu’ils tombaient par chance sur des Atamides en fuite.
Si seulement ces fichues caravanes étaient repérables par satellite ! Au début, il était possible de déterminer approximativement leur position, car le nombre d’individus qu’elles comportaient était si important qu’il en devenait significatif pour un satellite. Des colonnes de plusieurs milliers d’Atamides avaient ainsi pu être décimées par bombardements. Toutefois, comme si ces damnées créatures avaient compris que la densité d’individus était leur talon d’Achille, plus aucun groupe supérieur à cent n’avait pu être observé. Il avait donc fallu recourir à une traque sur le terrain et les commandos I avaient été déployés dans la plaine. Or, là encore, les choses n’étaient pas aussi simples qu’on aurait pu l’espérer. Les Atamides s’avéraient très difficiles à traquer et les résultats laissaient à désirer.
« Cette difficulté trouvera sa solution en temps et en heure, grommela finalement Robert. Nous n’allons tout de même pas renoncer à détruire ces nuisibles sous prétexte qu’ils n’attendent pas sagement que nous venions les exterminer ! »
Devant l’agacement visible du Prætor peregrini, Raymond jugea préférable de ne pas insister. Il changea délibérément de sujet :
« Cet après-midi, je suis passé au Sanctuaire dans l’intention de voir où en étaient les préparatifs de la Missa Solemnis qui doit célébrer la réintégration en terre consacrée du tombeau du Christ. Ce malheureux diacre que nous avons nommé à la place de Pierre l’Ermite m’a donné l’impression d’être absolument dépassé par les événements. Je crains fort que le jour dit, son oraison soit si pâle qu’il ne soit incapable de faire oublier les envolées flamboyantes de Pierre.
— Peu m’importe, grogna Robert. Tout ce que je lui demande, c’est d’être prêt à temps pour qu’Urbain puisse faire sa petite allocution en point d’orgue de la cérémonie. Après cela, il pourra retomber dans l’oubli dont nous l’avons tiré. Si nous n’avions pas choisi cet incapable malléable pour remplacer Pierre l’Ermite, c’est à l’évêque Philippe de Pont-du-Roy qu’aurait naturellement échu cette charge. Et cela, c’était inacceptable ! Je ne pardonnerai jamais à ce maudit prétentieux d’avoir voté en faveur de Tancrède de Tarente en conseil disciplinaire. »
Exaspéré par cette conversation qui ne cessait de lui remettre en mémoire des sujets de contrariété, Robert de Montgomery se leva brusquement et se dirigea vers la porte de son bureau en saisissant son messageur.
« Faites entrer le commandant Feinberg, lâcha-t-il dans le minuscule appareil.
— Vous ne vouliez pas le faire mariner encore un peu ? s’étonna Raymond de St. Gilles.
— Non, fit Robert en s’arrêtant un instant à l’entrée de son bureau pour répondre. Je suis fatigué. Cela ne m’amuse plus. Bonsoir. »
Puis il claqua la porte.
« De la neige à Noël ! maugréa Pascal en regardant dehors, debout devant la porte de la tente. En d’autres circonstances, il y aurait vraiment de quoi rire, en effet. »
En fait, la neige avait fondu depuis longtemps. Comme la première fois, elle s’était vaporisée dès le lever du soleil et la pluie n’avait pas tardé à lui succéder sous la forme de cataractes que de sombres nuages arrivés peu après avaient libérées. Toutefois, je supposai que Pascal venait de se rappeler que c’était la première chose qu’il avait dite ce matin, en se levant.
Avant le retour de Tancrède, bien sûr.
La veille au soir, alors que la fête se terminait, je m’étais rapidement aperçu que Tancrède était introuvable. J’en touchai un mot à Ouz’ka, l’un des plus jeunes sages de la caravane et par ailleurs disciple de Tan’hem, qui, ne sachant pas me répondre, me conseilla de demander à son maître. Je m’exécutai en me rendant aussitôt à sa tente. Le vieil Atamide me dit, d’un air vaguement embarrassé, que Tancrède avait dû s’absenter pour une affaire importante et qu’il serait probablement de retour avant la fin de la nuit.
Cette réponse me plongea dans une grande perplexité. Que pouvait bien chercher Tancrède en pleine nuit dans le désert ? Courait-il un danger quelconque ? Percevant mon inquiétude, Tan’hem m’assura que mon ami ne risquait rien et qu’il reviendrait au plus vite. Cela ne me satisfit que partiellement. J’avais malgré tout confiance en Tan’hem ; je lui souhaitai donc bonne nuit et m’éclipsai sans insister.
La nuit fut longue et mon sommeil médiocre. Je me réveillai plusieurs fois dans la petite tente de bivouac que je partageais avec Clotilde en me demandant si Tancrède était revenu. Vers quatre heures du matin, j’allai même jusqu’à me lever pour vérifier directement dans sa tente, provoquant une protestation de ma compagne qui n’appréciait pas que j’ouvre la porte alors qu’il faisait si froid dehors.