Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
« Durant les jours qui suivirent, la question du retour de sa dépouille fut débattue avec passion par les sages. Les uns considéraient qu’A’a avait pris des risques inconsidérés en toute connaissance de cause et que son corps devait rester sur Terre, les autres rappelaient qu’il avait été un grand esprit atamide – peut-être le plus grand – que son expérience, bien que menée à l’aide de moyens contestables, avait été dictée par de hautes considérations morales et qu’il serait indigne de ne pas lui offrir une sépulture chez lui, parmi les siens. Le Conseil pencha finalement en faveur de ces derniers.
« Ainsi, trois jours après sa mort, tous les Anciens unirent à nouveau leurs efforts au sein de la Conscience Globale et projetèrent une seconde fois leur volonté à travers la Nuit. La dépouille d’A’a fut soustraite à son tombeau terrestre et ramenée sur Akya. Malheureusement, comme le Conseil l’avait craint, cet ultime effort déchira la trame de la Conscience Globale de manière irrémédiable. Cette symbiose psychique que les Anciens avaient mis des siècles à tisser fut anéantie en un instant. Ils ne s’en relevèrent jamais vraiment.
« Quelque temps après, un sanctuaire fut édifié pour abriter la dépouille d’A’a et l’on y éleva une croix en souvenir des souffrances qu’il avait endurées avant de périr. Ses disciples s’efforcèrent de faire vivre son enseignement et son message, mais au fil du temps, l’histoire de cet Atamide qui avait tenté de lancer un pont entre deux mondes disparut de la mémoire collective et seuls les Anciens en perpétuèrent le souvenir au sein de leur Ordre.
« Moi, Yus’sur, je connais ce récit, car je suis un Ancien. » « Il y a quelques années de cela, lorsque des humains ont traversé la Nuit à leur tour et sont venus sur notre monde, je me souvenais de l’histoire d’A’a mais je pensais que, eux, avaient dû l’oublier. J’ai accepté de la leur raconter parce que j’ai cru qu’elle ne signifiait plus rien pour eux. J’avais tort, bien sûr, et lorsque je m’en rendis compte, il était trop tard. Bien trop tard.
« Non seulement ils n’avaient jamais oublié, mais ils en avaient fait un Dieu. Et désormais, ils allaient nous tuer en Son Nom. »
Lorsqu’un individu est confronté à la fin de son monde, il n’y a en général que deux réactions possibles.
Soit il s’effondre intérieurement et choisit le repli sur soi, la lente descente dans les abîmes de la catatonie et de l’isolement sensoriel, soit il tente d’affronter le nouveau qui vient de se dévoiler, malgré la terreur que provoque en lui l’implosion de son système de pensée.
Au moment même où Yus’sur prononça le nom de Jésus, au milieu de son récit, Tancrède comprit. Il comprit instantanément et rétrospectivement tout ce qui s’était produit et tout ce qui allait se produire. Tous les mystères qui structuraient sa quête depuis la mort de Viviane s’éclaircirent soudain et les comportements, de prime abord incompréhensibles, de certains chefs militaires ou religieux s’expliquèrent enfin. Il comprit pourquoi l’Église s’était lancée dans une guerre d’extermination sous couvert d’une quête religieuse et tous les éléments qui constituaient les énigmes qu’il avait tenté de résoudre avec Albéric se mirent en place pour former une image globale cohérente.
Au moment même où Yus’sur prononça ce nom, Tancrède sut qu’il disait la vérité. Il sut qu’il avait voué sa vie, comme des milliards d’humains à travers l’Histoire, à une illusion. Il vit son univers disparaître, happé par un cyclone rugissant qui engloutissait tout sur son passage, sa morale, ses croyances, ses souvenirs heureux ou malheureux, sa foi envers une Déité bienveillante et infaillible. Sa foi… Pendant une microseconde, il crut qu’il pouvait la sauver, mais il s’aperçut qu’elle agonisait, elle aussi, poignardée comme son âme par une révélation épouvantable, une vérité coupante comme un rasoir, acérée comme une lance : Jésus était un Atamide, le Christ n’avait jamais été le fils de Dieu.
Le voile noir qui obscurcissait la vision de Tancrède n’avait malheureusement pas anéanti son système auditif, et il se boucha désespérément les oreilles pour ne pas entendre la suite de l’histoire de Yus’sur. Cependant, l’Atamide ne parlait pas, il pensait. Or, Tancrède ne pouvait fermer son esprit aux paroles du vieux sage.
Il se mit à gémir et à pleurer en même temps, mais Yus’sur continuait. Il se leva et arpenta rageusement la pièce en criant, mais Yus’sur continuait. Il insulta l’Atamide en l’accusant de sadisme et en le suppliant de cesser cette torture, mais Yus’sur continuait. Au bout de longues minutes, il finit par comprendre que l’Ancien avait raison, il fallait boire cette coupe jusqu’à la lie. Alors, il se laissa tomber à nouveau sur le tapis et écouta la suite en sanglotant.
Puis, terrassé par l’épreuve, sans même se rendre compte que Yus’sur avait terminé, il s’endormit et plongea dans le néant d’un sommeil sans rêves.
XI
« Je viens de voir le commandant Feinberg dans le hall », dit Raymond de St. Gilles en entrant dans le grand salon où Robert de Montgomery était confortablement installé, un verre de cognac à la main, compulsant nonchalamment des documents sur un écran holo. « Il est devenu cramoisi lorsque je suis passé devant lui sans attendre. Que croit-il ce blanc-bec ? Qu’un comte passe après un simple commandant ? »
Il éclata d’un rire suffisant avant de se laisser tomber dans un sofa.
« Je l’ai convoqué à vingt-deux heures, répondit Robert en faisant disparaître l’écran holo d’un geste de la main. Étant donné qu’il est plus de deux heures du matin, je suppose que son exaspération doit être à son comble ! »
Le rire du comte de Provence redoubla. Il avait l’habitude de ces réunions nocturnes avec son principal allié. Comme lui, il se sentait plutôt oiseau de nuit.
« Je n’ai guère goûté son attitude au précédent conseil d’état-major, reprit le duc de Normandie. En dépit de tous les efforts qu’il faisait pour paraître humble et respectueux, j’ai parfaitement senti l’insolence qui se cachait derrière ses formules de politesse ! Maintenant, il y réfléchira à deux fois avant de me contredire. »
Raymond hocha la tête avec un sourire mauvais tout en se servant à son tour un verre de cognac.
« Et qu’avez-vous à lui dire ? demanda-t-il après avoir avalé une gorgée et, semble-t-il, apprécié le vieux Château-Tournemont. Cela a-t-il un rapport avec l’offensive générale ou est-ce juste pour le plaisir de le faire attendre des heures ?
— Il est temps de renvoyer nos hommes au combat, répondit Robert de Montgomery. Le moment est venu de déchaîner les forces de l’ECM sur Akya du Centaure et de faire comprendre à ces barbares le sens concret du Dominium Mundi ! »
Il se renversa en arrière dans le profond fauteuil couvert de broderies qu’il occupait. Depuis qu’il était devenu Préteur, il se délectait de chaque instant où il pouvait exercer son pouvoir absolu sur cette croisade. Et décréter l’offensive générale contre les Atamides n’était pas l’un des moindres.