Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
À six heures, ne parvenant plus à dormir, je sortis pour de bon dans l’intention me faire un petit déjeuner. La neige recouvrait déjà le camp.
Pascal qui, une fois n’est pas coutume, était tombé du lit ce matin-là, me rejoignit en s’exclamant, tout guilleret : « Tu te rends compte ? De la neige à Noël sur planète-fournaise ! Il y a de quoi se marrer quand même ! »
S’ensuivit une brève, mais intense bataille de boules de neige entre lui, moi et Nomi qui venait d’arriver à son tour. Sachant que le manteau neigeux n’allait pas tarder à disparaître, nous voulions à tout prix en profiter au moins une fois. Les Atamides qui passaient par là nous dévisagèrent comme si nous étions devenus fous. Une fois que nous eûmes assouvi notre pulsion infantile, nous fîmes chauffer l’eau pour le thé puis déposâmes quelques galettes atamides sur les pierres plates au milieu du feu.
Il ne s’écoula qu’une demi-heure avant que Nominoë ne remarque deux étranges volatiles se rapprochant à grande vitesse. Pascal et moi tournâmes les yeux dans la direction que le jeune homme indiquait, mais le soleil, déjà au-dessus de l’horizon, nous éblouit. Quelques minutes plus tard, nous eûmes l’immense surprise de découvrir deux Atamides pourvus d’ailes gigantesques descendant vers le campement pour s’y poser avec souplesse. Même si je connaissais l’existence de cette ethnie particulière, je n’avais encore jamais vu aucun de ses représentants à ce jour.
Je les trouvais splendides. Aussi impressionnants que les guerriers, ils étaient cependant bien plus gracieux. Alors que je savourais le plaisir de pouvoir les observer enfin, je fus stupéfait de constater qu’ils portaient chacun un passager sur leur dos, et ma stupéfaction redoubla quand je vis que l’un d’eux était Tancrède ! Décidément, on n’était jamais au bout de ses surprises avec ce gaillard.
Le passager de l’autre Atamide volant était un vieux sage à l’aspect encore plus ancien que Tan’hem – si cela était possible. Ils avaient l’air exténués tous les deux. Bien qu’aucune parole ne fût échangée, je compris qu’ils communiquaient brièvement entre eux, puis Tancrède vint à notre rencontre tandis que Tan’hem accueillait le nouveau venu avec beaucoup d’égards.
« Tancrède ! lançai-je à mon ami lorsqu’il arriva à notre niveau. Où étais-tu donc ? On n’a pas idée de fausser compagnie comme ça, sans prévenir ! »
Le Normand avait une tête épouvantable. Il n’avait pas dû dormir beaucoup cette nuit, et le voyage à dos d’Atamide n’était probablement pas de tout repos non plus.
« Bon sang, je suis mort de faim ! » se contenta-t-il de répondre en se jetant sur les galettes qui cuisaient encore sur la pierre.
« Ne te gêne pas, surtout ! s’écria Pascal. C’étaient les miennes ! »
Tancrède fit mine de les lui rendre avec un air si misérable que Pascal leva les yeux au ciel.
« Ah, laisse tomber, évidement que tu peux les prendre. »
Tancrède mangea alors – ou plutôt engouffra devrais-je dire, tant il semblait affamé – les galettes. Je lui servis du thé puis attendis qu’il eût l’air rassasié pour l’interroger.
« Alors, peux-tu parler de ce que tu as fait cette nuit, ou est-ce un secret entre toi et Tan’hem ? »
L’ex-lieutenant posa ses yeux sur moi et je vis que son regard était changé.
« Je vais tout vous raconter. Mais il faut réunir les évadés d’abord. Cela nous concerne tous. »
J’eus quelques difficultés à réunir tout le monde. Après la soirée de la veille, certains étaient encore endormis dans leur tente, d’autres déjeunaient avec des Atamides, d’autres encore faisaient leur toilette à l’écart.
Une fois notre petit groupe rassemblé, je demandai à Ci’kat l’autorisation d’utiliser l’une des grandes tentes qu’elle occupait avec sa famille puisque les nôtres étaient toutes à deux places. Mon degré d’apprentissage de la langue atamide n’était pas encore suffisant pour formuler entièrement cette demande à l’oral, aussi dus-je mimer la pluie tombant sur nos têtes pour qu’elle comprenne que nous allions bientôt avoir besoin d’un abri, à en juger par les nuages sombres qui s’amoncelaient déjà. Elle me répondit d’un geste aimable signifiant que nous pouvions utiliser l’espace collectif de la tente, sorte de salon couvert de tapis épais et garni de larges coussins où les occupants se réunissaient le soir, une fois les enfants endormis.
À part Tancrède et moi-même, il y avait donc Liétaud Tournai, Pascal Jalogny, Silvio Arnaboldi, Clotilde Vaugerlin, Lennard Linden, Nominoë Kernevel et Ancelin. Nous nous installâmes rapidement, tous dévorés par la curiosité de ce que Tancrède voulait nous dire.
Ce ne fut pourtant pas une partie de plaisir.
Il fallut à peine plus d’une heure à Tancrède pour faire le récit de son aventure nocturne, mais l’impact sur notre petite assemblée fut considérable. Je crois que le caractère onirique – presque surnaturel – de l’étrange voyage qu’il fit à dos d’Atamide puis de sa rencontre, au cœur des montagnes, avec un être infiniment vieux qui lui parlait dans ses rêves, renforça l’effet que la révélation produisit sur nos esprits.
En fait, il y eut essentiellement trois types de réactions.
Ceux qui n’avaient aucune conviction religieuse restèrent ébahis comme on peut l’être devant un phénomène spectaculaire qui laisse sans voix, puis ressentirent une sorte d’exaltation à l’idée qu’un concept aussi largement accepté et manifestant une telle influence à tous les niveaux de la société, allait être enfin reconnu pour ce qu’il était : une simple illusion. J’étais de ceux-là, ainsi que Clotilde et Lennard.
Ceux qui n’avaient jamais voulu – ou pu – trancher la question de l’existence de Dieu, qui doutaient de la crédibilité des Écritures tout en considérant la religion avec bienveillance, qui haïssaient les élites cléricales hypocrites tout en ressentant une certaine attirance pour la spiritualité, furent profondément affectés. C’était le cas du reste des inermes : Nomi, Silvio, Pascal et Ancelin. Ils demeurèrent un long moment silencieux, le regard perdu dans le vide ou la tête entre les mains.
En revanche, ceux qui avaient embrassé la foi sans réserve, qui avaient voué leur vie au Seigneur et à Son Fils, qui avaient combattu et tué en Son Nom, ceux-là souffrirent.
Je ne saurai jamais ce que Tancrède éprouva cette nuit-là, seul face à Yus’sur, mais je vis la réaction de Liétaud. Je vis le fier soldat flamand blêmir au fur et à mesure du récit, son visage prenant une lividité cadavérique. Je le vis se raidir puis finalement garder une immobilité totale, comme glacé d’effroi, ne cillant même plus. Je le vis se lever d’un bond à la fin, tituber en se précipitant pour sortir de la tente, puis s’effondrer dehors, à genoux dans la rocaille, pour rendre son déjeuner. Tout cela, je le vis et j’en eus les larmes aux yeux pour lui.
Tancrède le suivit dehors, s’agenouilla à ses côtés puis lui passa un bras en travers des épaules. Comme ils étaient de dos, je ne pouvais voir s’il lui parlait ou pas. Je suppose qu’il n’y avait rien à dire. Après un long moment, ils se relevèrent et revinrent sous la tente. Accroché à son ex-lieutenant, Liétaud tenait à peine sur ses jambes. Il se laissa tomber sur un coussin, tandis que Tancrède restait debout.
« Que s’est-il passé après le récit de l’Ancien ? demanda Clotilde.