Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Elle a secoué la tête et regardé de toutes parts, prise de panique.
— Elle veut tous nous tuer. Il faut la brûler vive. C’est un suppôt de Satan !
Je n’avais encore jamais vu le père Roche en colère, et il m’a à nouveau fait penser à un bandit de grand chemin.
— Vous ne savez pas de qui vous parlez ! C’est Dieu qui nous l’a envoyée, afin qu’elle nous soutienne dans nos épreuves.
J’aimerais tant que ce soit vrai. Je voudrais leur être utile, mais je suis impuissante. Agnès me réclame à cor et à cri, Rosemonde semble être victime d’un sortilège, le clerc va de plus en plus mal et je ne puis rien faire. Rien.
Toute la famille de l’intendant a la peste. Nous avons transporté ici Leric, le fils cadet, et j’ai incisé son bubon. Je ne peux pas soulager les autres, car ils ont la forme pulmonaire de cette maladie.
Le nourrisson de l’intendant est mort.
Les cloches de Courcy sonnent le glas. Neuf coups. Qui est décédé ? L’envoyé de l’évêque ? Le gros moine ? Messire Bloet ? Je l’espère, en tout cas.
Je viens de vivre une journée épouvantable. La femme de l’intendant et le garçon scorbutique ont cessé de vivre dans l’après-midi. L’intendant creuse leurs tombes, bien que le sol soit si gelé que je me demande comment sa bêche peut s’y enfoncer. L’état de Rosemonde et de Leric empire. Rosemonde a des difficultés à déglutir et son pouls est filant et irrégulier. Agnès n’est pas aussi mal en point mais je n’arrive pas à faire baisser sa fièvre. Ce soir, c’est ici que Roche a dit les vêpres.
Après les prières, il a ajouté :
— Jésus, je sais que vous nous avez envoyé toute l’aide disponible, mais je crains que ce ne soit insuffisant contre un pareil fléau. Votre sainte servante Katherine dit que cette abomination est une maladie. J’ai cependant des difficultés à la croire car la mort ne va pas d’un homme à l’autre mais est partout à la fois.
C’est exact.
Ulf le Bailli est mort.
De même que Sibbe, fille de l’intendant.
Joan, fille de l’intendant.
La cuisinière (dont j’ignore le nom).
Walthef, le fils aîné de l’intendant.
Plus de la moitié des villageois ont la peste. Mon Dieu, faites qu’Eliwys soit épargnée ! Ainsi que Roche.
29
Il réclama de l’aide mais personne ne vint, et il se crut l’unique survivant, comme ce moine, John Clyn, au monastère des frères mineurs. « Moi qui étais parmi les morts et attendais le trépas… »
Il chercha le bouton d’appel et ne put le trouver. Il vit une clochette sur la table de chevet. Il tendit la main. Ses doigts n’avaient plus de force et l’objet tomba sur le sol. Le tintement fut assourdissant mais l’infirmière ne vint pas.
À son réveil suivant, la clochette était à sa place habituelle. L’infirmière avait dû entrer pendant qu’il dormait. Il s’interrogea sur la durée de son somme. Il avait dû être très long.
Rien dans cette chambre n’indiquait le passage des heures. La clarté était diffuse, sans ombres. Ce pouvait être un après-midi, ou un milieu de matinée. Il n’y avait aucune horloge sur la table de chevet ou le mur, et il était trop faible pour se tourner et voir les moniteurs installés derrière lui, sur la paroi. Il lui était également impossible de se redresser pour regarder par la fenêtre, mais il constatait qu’il pleuvait. La pluie tombait déjà lorsqu’il était allé à Brasenose… plus tôt ce même après-midi ? Peut-être s’était-il simplement évanoui et l’avait-on placé en observation.
— « Je vous réserve bien d’autres maux », fit une voix grondante.
Dunworthy chercha ses lunettes. Elles avaient disparu.
— « Je vous enverrai la terreur, la destruction et la fièvre brûlante. »
Il reconnut Mme Meager, assise sur une chaise à son chevet. Elle n’avait plus ni masque ni blouse, mais sa bible était toujours protégée par du polyéthvlène.
— « Et quand vous serez regroupés à l’intérieur de vos cités, je vous enverrai la peste. »
— Quel jour sommes-nous ? demanda-t-il.
Elle s’interrompit, le dévisagea avec curiosité puis reprit sa lecture :
— « Et vous serez livrés à vos ennemis. »
Il ne pouvait être dans cette chambre depuis longtemps. Mme Meager lisait la bonne parole aux patients, à son arrivée. Ce devait être le même après-midi, ce qui expliquait pourquoi Mary n’était pas encore venue expulser cette harpie.
— Pouvez-vous déglutir ? voulut savoir l’infirmière.
La vieille religieuse du service d’approvisionnement.
— Avalez celle thermosonde, croassa-t-elle.
Il ouvrit la bouche. Elle posa la capsule sur sa langue puis inclina sa tête en arrière pour lui permettre de boire, un mouvement accompagné par les bruissements de son tablier.
— C’est fait ?
La thermosonde s’était coincée en travers de sa gorge mais il hocha la tête, ce qui fut à l’origine d’élancements douloureux.
— Parfait. Alors, vous n’avez plus besoin de ceci.
Elle décolla quelque chose de son bras.
— Quelle heure est-il ? demanda-t-il en veillant à ne pas recracher la capsule.
— L’heure de dormir.
Elle lança un coup d’œil de myope aux moniteurs.
— Quel jour ?
Mais elle s’éloignait déjà d’une démarche clopinante.
— Quel jour ? répéta-t-il à l’intention de Mme Meager.
Qui s’était volatilisée.
Il ne pouvait être alité depuis longtemps. Il avait des maux de tête et de la fièvre, les premiers symptômes de la grippe. Quelques heures, sans doute.
— Le moment est venu de prendre votre température, dit l’infirmière.
Une autre, la jolie blonde qui s’intéressait à William.
— Votre collègue s’en est chargée.
— Hier. Tenez, avalez ça.
Son remplaçant ne lui avait-il pas dit qu’elle était grippée, elle aussi ?
— Je vous croyais malade.
— Je suis guérie, comme vous le serez bientôt.
Elle glissa une main derrière sa nuque pour redresser sa tête et lui faire boire une gorgée d’eau.
— Quel jour sommes-nous ?
— Le… onze. J’ai dû m’accorder un instant de réflexion car c’était le chaos, ces derniers temps. La plupart des membres du personnel ont attrapé ce virus et il fallait assurer deux permanences à la suite. J’ai perdu le fil des jours.
Elle regarda les écrans et fronça les sourcils.
La fièvre avait donc amalgamé en un après-midi pluvieux interminable les nuits de délire et les matinées d’abrutissement dues aux produits pharmaceutiques, mais son corps était conscient du temps écoulé et du fait qu’il avait raté le rendez-vous.
Quel rendez-vous ? se demanda-t-il, amer. Gilchrist a fermé le laboratoire. Même s’il avait pu aller là-bas, s’il n’était pas tombé malade, il n’aurait pu utiliser le transmetteur.
Le onze janvier. Kivrin avait-elle attendu longtemps au point de récupération avant de se dire qu’elle avait dû se tromper de date ou de lieu ? Un, deux ou trois jours ? Avait-elle passé une nuit complète au bord de la route Oxford-Bath, recroquevillée dans son manteau blanc, n’osant pas allumer un feu de crainte que la clarté des flammes n’attire des loups, des voleurs ou des paysans qui fuyaient la peste ? Et quand avait-elle finalement compris qu’ils l’avaient abandonnée à cette époque ?