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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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Elle posa la bêche sur son épaule et traduisit :

— « La fièvre contagieuse qui se répand dans toute la contrée a laissé de nombreuses paroisses de notre diocèse sans prêtres à même d’assurer le salut de l’âme de leurs ouailles. »

Pas ici, pensa-t-elle en regardant Roche. Et je ne permettrai pas que cela se produise.

Les ecclésiastiques étaient morts ou avaient fui. Il était impossible de leur trouver des remplaçants et les fidèles mouraient sans avoir reçu le « sacrement de pénitence ».

Elle ne voyait pas ces lettres bien noires mais les caractères estompés qu’elle avait péniblement déchiffrés à la bibliothèque Bodléienne. Elle avait alors jugé cette lettre pompeuse et ridicule. « Les gens tombaient comme des mouches et l’évêque ne se préoccupait que du protocole ! » avait-elle dit à M. Dunworthy. Mais elle lui trouvait à présent des accents pathétiques.

— « Ceux qui sont sur le point de passer de vie à trépas et ne peuvent bénéficier de l’assistance d’un prêtre doivent se confesser l’un l’autre. Nous vous en exhortons, au nom de Notre Seigneur Jésus Christ. »

Nul ne fit le moindre commentaire lorsqu’elle eut terminé sa lecture et elle se demanda si le cavalier avait connu la teneur du message. Elle enroula le parchemin et le lui rendit.

— Je suis en selle depuis trois jours, déclara-t-il. N’allez-vous pas m’accorder votre hospitalité ?

— Les risques seraient trop grands, répondit-elle, sincèrement désolée. Nous vous donnerons des victuailles.

Roche s’éloignait vers les cuisines quand Kivrin se rappela qu’Agnès avait disparu.

— N’auriez-vous pas vu une petite fille âgée de cinq ans ? Elle porte un manteau rouge.

— Non, mais les gens sont nombreux sur les routes. Ils fuient la maladie bleue.

Roche rapportait un sac de nourriture. Kivrin se tournait pour aller chercher de l’avoine lorsque Eliwys arriva en courant, cheveux au vent.

— Non ! cria Kivrin.

Mais Eliwys avait déjà saisi la bride de l’étalon.

— D’où venez-vous ? N’avez-vous pas vu le privé de mon époux ?

Le messager parut effrayé.

— Je viens de Bath, avec une missive de l’évêque, expliqua-t-il.

Il tira sur les rênes. Son cheval hennit et secoua la tête.

— Une missive ? répéta Eliwys, hystérique. Estelle de Gawyn ?

— Je ne connais pas cet homme.

Kivrin décida d’intervenir et s’avança.

— Dame Eliwys…

— Il monte un destrier noir à la selle incrustée d’argent. Il est allé à Bath, chercher mon époux qui devait témoigner aux Assises.

— Nul ne va plus à Bath. Tous ceux qui sont encore valides fuient cette cité.

Eliwys tituba et s’affaissa contre le flanc du cheval.

— Il n’y a plus de tribunaux, ni de lois. Les cadavres s’entassent dans les rues et il suffit d’en toucher un pour mourir à son tour. Certains disent que c’est la fin du monde.

Eliwys lâcha la bride et recula d’un pas.

— Ils vont rentrer sous peu. Êtes-vous certain de ne pas les avoir rencontrés ? Gawyn monte un destrier noir.

— Les cavaliers sont nombreux.

Il fit avancer son cheval, mais elle resta sur son passage.

Le prêtre tendit le sac de nourriture. Le garçon se pencha pour le prendre puis fit tourner bride à sa monture. L’animal manqua bousculer Eliwys, qui ne s’écarta pas pour autant.

Kivrin saisit les rênes.

— Ne retournez pas auprès de l’évêque, dit-elle.

Il tira sur les lanières de cuir, encore plus effrayé par elle que par l’autre femme.

— Allez vers le nord, la peste n’y est pas.

Il piqua des deux et partit au galop.

— Évitez les grandes routes ! lui cria-t-elle. N’adressez la parole à personne.

Eliwys restait sur place, immobile.

— Venez, lui dit Kivrin. Nous devons trouver Agnès.

— Mon époux et Gawyn ont dû faire un détour par Courcy pour avertir Messire Bloet, déclara-t-elle alors qu’ils la guidaient vers la demeure.

Kivrin la laissa près du feu et alla dans la grange. Elle n’y trouva que son manteau, resté là depuis le soir de Noël. Elle le jeta sur ses épaules et gravit l’échelle du fenil. Puis elle visita la brasserie alors que Roche fouillait les autres dépendances. Agnès ne se cachait nulle part. Un vent froid à l’odeur de neige s’était levé.

— Peut-être est-elle dans le manoir, suggéra Roche. Avez-vous regardé derrière le grand siège ?

Ils explorèrent la maison. Maisry pleurnichait dans son coin. Kivrin résista à la tentation de lui donner des coups de pied et alla interroger Dame Imeyne, toujours agenouillée contre le mur.

La vieille femme l’ignora. Elle continua de faire glisser les maillons de la chaînette entre ses doigts en articulant silencieusement ses prières.

Kivrin la prit par l’épaule et la secoua.

— L’avez-vous vue sortir ?

Imeyne la fixa, les yeux brillants de colère, et grommela :

— C’est elle, la fautive.

— Agnès ?

Elle regarda Maisry.

— Dieu nous punit pour les péchés de notre servante.

— Agnès a disparu et la nuit tombe. Ne l’avez-vous pas vue ?

— C’est sa faute, marmonna Imeyne avant de se tourner vers le mur.

L’après-midi tirait à sa fin et le vent devenait plus violent. Kivrin courut jusqu’au terrain communal.

Elle se rappela le jour où elle avait décidé de retrouver le point de transfert par ses propres moyens. L’étendue enneigée était déserte et les rafales la cinglaient. Une cloche sonnait, quelque part au nord-est, lentement, pour des funérailles.

Le clocher fascinait Agnès. Kivrin y entra et l’appela. Elle ressortit et regarda les huttes. Où une enfant de son âge avait-elle pu aller ?

Pas dans ces cabanes, hormis pour s’abriter du froid. Elle souhaitait aller sur la tombe de son chiot. Kivrin ne lui avait pas précisé qu’elle l’avait enterré à l’orée des bois, car la fillette voulait qu’il fût mis en terre dans le cimetière. Kivrin pouvait constater qu’elle n’était pas au milieu des sépultures mais elle franchit malgré tout le portillon.

Agnès était passée par là. Les empreintes de ses petites bottes allaient de stèle en stèle puis obliquaient vers le côté nord de l’église. Elle regarda la colline et se demanda : Que ferons-nous, si elle s’est aventurée dans les bois ? Nous ne la retrouverons jamais.

Elle contourna le bâtiment. Les traces de pas s’en éloignaient puis revenaient vers la porte. Kivrin l’ouvrit. Dans la nef obscure, la température était encore plus basse que dans le cimetière battu par le vent.

— Agnès ? appela-t-elle.

Pas de réponse, mais un bruissement à proximité de l’autel, comme si un rat avait détalé à son approche.

— Agnès ? Es-tu ici ?

Elle scruta la pénombre des ailes latérales, regarda derrière le tombeau du chevalier.

— Kivrin ? fit une petite voix chevrotante.

Elle courut vers son point d’origine.

— Agnès ? Où es-tu ?

Elle la vit, recroquevillée au pied de l’effigie de sainte Catherine, emmitouflée dans son manteau au milieu des bougies. Elle s’appuyait à la jupe de pierre de la statue, les yeux écarquillés, les joues rouges et striées de larmes.

— Kivrin ? sanglota l’enfant avant de se précipiter dans ses bras.

— Que fais-tu là, Agnès ? lui demanda Kivrin avec colère. Nous t’avons cherchée partout.

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