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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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— Il fallait m’en informer, reprocha Dunworthy.

— Je vous ai dit que grand-tante Mary était morte, protesta Colin. Vous ne vous le rappelez pas ?

Il n’en gardait aucun souvenir. Il aurait pourtant dû s’en douter en constatant que Mme Meager avait libre accès à sa chambre. Et quand Colin lui avait déclaré : « Ils ne veulent rien dire », il n’avait même pas trouvé étrange qu’elle ne fût pas passée le voir.

— Je vous en ai parlé. Mais vous étiez trop mal en point pour y prêter attention.

Il s’imagina cet enfant qui attendait devant la chambre de sa grand-tante puis venait lui annoncer la mauvaise nouvelle.

— Je suis désolé.

— Vous étiez malade. Ce n’est pas votre faute.

Dunworthy avait tenu les mêmes propos à Mlle Taylor, et elle avait refusé d’admettre leur bien-fondé. Même Colin ne devait pas être convaincu.

— Ils ont tous été très gentils, la vieille chouette exceptée, ajouta Colin. Et la Mégère. Elle me lisait des passages de la Bible, pour me faire comprendre que Dieu punissait ainsi les impies. M. Finch a téléphoné à ma mère, mais elle n’a pas pu se libérer et il a pris toutes les dispositions pour l’enterrement. Il m’a beaucoup aidé. Les Américaines aussi. Elles m’ont donné des tas de bonbons.

— Je suis désolé, répéta Dunworthy.

Pour dire encore, après que la vieille religieuse eut expulsé Colin :

— Je suis désolé.

Le petit-neveu de Mary ne revint pas. Dunworthy ignorait si l’infirmière lui avait interdit l’accès de l’hôpital ou s’il lui tenait rigueur de ce qui s’était passé.

Il l’avait laissé seul face à Mme Meager, à la sœur revêche et aux médecins qui lui taisaient la vérité. Il s’était rendu inaccessible, impossible à joindre, comme M. Basingame qui péchait le saumon ou la truite dans une rivière d’Écosse.

— Pensez-vous que Kivrin est morte ? avait demandé Colin après le départ de Montoya.

— Je le crains.

— Mais vous avez dit qu’elle était vaccinée contre la peste. Supposez qu’elle soit vivante, qu’elle vous attende au point de rendez-vous…

— Elle a certainement attrapé ce virus.

— Vous aussi, et vous n’avez pas clamsé pour autant. Vous devriez voir Badri. Il aura peut-être une idée. Qui sait s’il ne peut pas remettre la machine en marche ?

— Ce n’est pas une lampe de poche qu’on éteint et qu’on rallume. Le relèvement a été perdu.

— Il pourrait le refaire, non ?

Plusieurs jours étaient nécessaires pour préparer un transfert, même lorsqu’on disposait de toutes les informations. Ce qui n’était pas le cas. Badri connaissait seulement la date. Ce serait insuffisant. Il aurait pu tout reprendre à zéro s’il avait connu les coordonnées spatiales, si la fièvre n’avait pas tout embrouillé dans son esprit et si les paradoxes avaient autorisé un second voyage temporel vers la même période de l’Histoire.

Il ne pouvait expliquer tout cela à Colin, ni lui faire comprendre que Kivrin n’avait pu survivre à cette grippe en un siècle où les médecins ne connaissaient pas d’autre remède que les saignées.

— C’est irréalisable. Je regrette.

— Vous allez l’abandonner à son sort ? Qu’elle soit morte ou vivante ? Vous n’en parlerez même pas à Badri ?

— Colin…

— Grand-tante Mary n’aurait pas renoncé. Elle a tout tenté pour vous sauver.

La sœur avait fait irruption dans la chambre, en beuglant :

— Que se passe-t-il, ici ? Je dois vous ordonner de sortir, si vous troublez le repos du patient.

— J’allais partir, de toute façon, avait déclaré Colin en se levant.

Il n’était pas revenu au cours de l’après-midi, de la soirée et du matin suivant.

— Suis-je autorisé à recevoir des visiteurs ? demanda Dunworthy à l’infirmière de William, lorsqu’elle prit son service.

— Oui. D’ailleurs, quelqu’un attend dans le couloir.

Mme Meager, qui avait déjà ouvert sa bible.

— Luc, chapitre 23, verset 33, gronda-t-elle en le foudroyant du regard. Étant donné que la crucifixion exerce sur vous une fascination morbide. « Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Calvaire, ils l’y crucifièrent… »

Si Dieu avait su où était Son Fils, Il serait intervenu, se dit Dunworthy. Il l’aurait tiré de ce mauvais pas.

Pendant la peste noire, les gens pensaient que Dieu les avait abandonnés. « Pourquoi Vous détournez-Vous de nous ? avaient-ils écrit. Pourquoi restez-Vous sourd à nos suppliques ? » Mais peut-être ne pouvait-Il pas les entendre. Peut-être était-Il inconscient, malade, dans l’incapacité d’intervenir.

— « … des ténèbres couvrirent toute la terre jusqu’à la neuvième heure, ânonnait Mme Meager. Le soleil s’obscurcit… »

Les contemporains avaient cru que c’était la fin du monde, la bataille d’Armageddon, la victoire de Satan. Et le Malin a effectivement triomphé, conclut Dunworthy. Il a débranché le transmetteur, effacé le relèvement.

Il pensa à Gilchrist et se demanda si cet homme avait pris conscience de la gravité de son acte ou s’il était mort en ignorant qu’il venait de condamner Kivrin.

— « Puis il les conduisit hors de la ville, jusque vers Béthanie, et, ayant levé les mains, il les bénit. Pendant qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il fut enlevé au ciel. »

Il avait été arraché à ses proches, emporté aux Cieux. Son Père était venu le chercher, pensa Dunworthy. Mais trop tard, bien trop tard.

Mme Meager poursuivit sa lecture jusqu’au retour de l’infirmière de William, qui l’expulsa en disant :

— C’est l’heure de la sieste.

Puis elle vint subtiliser son oreiller pour lui donner des tapes vigoureuses.

— Colin est-il revenu ? demanda-t-il.

— Je ne l’ai pas vu depuis hier, déclara-t-elle en glissant l’oreiller sous sa tête. Essayez de dormir.

— Et Mlle Montoya ?

— Non plus.

Elle lui présenta une gélule et un gobelet en carton.

— Il n’y a pas de messages pour moi ?

— Aucun. Dormez.

Elle récupéra le gobelet.

Kivrin avait pris l’engagement de se faire enterrer à Skendgate, mais en raison de la peste tous les cimetières étaient pleins. Les victimes de l’épidémie étaient jetées dans des fosses communes ou des cours d’eau. Les derniers temps, on s’était contenté de les entasser et de les brûler.

Montoya ne retrouverait sans doute pas l’enregistreur mais, dans le cas contraire, quelle serait la teneur du message ? « Je suis allée au point de transfert et la porte était close. Que s’est-il passé ? » La voix de Kivrin grimperait alors dans les aigus, de panique, de reproche. « Eloi, Eloi, pourquoi m’avez-vous abandonnée ? »

L’infirmière le fit asseoir dans un fauteuil pour prendre son déjeuner. Il terminait un bol de pruneaux cuits lorsque Finch arriva.

— Nous n’avons plus de fruits au sirop, déclara-t-il en désignant le plateau d’un doigt accusateur. Ni de papier hygiénique. Comment veulent-ils que nous débutions le trimestre ?

Il s’assit à l’extrémité du lit.

— La rentrée a été reportée au vingt-cinq, mais nous ne serons jamais prêts. Il nous reste quinze patientes, à Salvin. L’opération d’immunisation collective débute à peine et je crains qu’il y ait d’autres cas.

— Et Colin ? Comment a-t-il réagi ?

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