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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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— Je me cachais. J’emmenais Charrette voir mon chien quand je suis tombée. Je vous ai appelée, mais vous n’êtes pas venue.

Elle essuya son nez du dos de la main.

— Je ne savais pas où tu étais, ma chérie. Pourquoi es-tu entrée dans l’église ?

— Pour échapper au méchant homme.

— Quel méchant homme ?

La lourde porte s’ouvrit et la fillette referma ses petits bras autour du cou de Kivrin.

— Le voilà ! murmura-t-elle, hystérique.

— Père Roche ? Je l’ai retrouvée. Elle est ici.

Le battant se referma. Elle entendit des pas approcher.

— C’est le père Roche, expliqua-t-elle. Il te cherchait, lui aussi. Nous ne savions pas que tu étais partie.

— Maisry disait que le méchant homme viendrait m’enlever.

Roche arriva, le souffle court, et Agnès enfouit à nouveau sa tête contre l’épaule de Kivrin.

— Est-elle malade ? demanda le prêtre, inquiet.

— Je ne crois pas. Mais elle est transie. Mettez-lui mon manteau.

Il dégrafa le vêtement et en couvrit la fillette, qui lui expliqua :

— Je me cachais du méchant homme. Maisry dit que c’est lui qui vient nous donner la maladie bleue.

— Il n’y a pas de méchant homme, répéta Kivrin.

Je vais secouer cette idiote tant que toutes ses dents cariées ne seront pas tombées, décida-t-elle. Elle se leva. Agnès s’agrippa à son cou.

Roche chercha à tâtons la porte latérale et l’ouvrit sur la clarté bleuâtre de l’extérieur.

— Maisry dit que c’est lui qui a tué Blackie, précisa Agnès en frissonnant. Mais j’ai pu lui échapper.

Kivrin pensa au chiot noir. Elle l’avait emporté comme elle emportait à présent Agnès. Non ! se dit-elle. Si la fillette tremblait, c’était à cause du froid glacial qui régnait dans l’église. Si son visage était chaud, c’était parce qu’elle avait pleuré. Kivrin tenta de s’en convaincre puis lui demanda si elle avait des migraines.

L’enfant lui répondit par un mouvement de tête qu’elle ne sut interpréter. Elle pressa le pas pour passer devant la maison de l’intendant et traverser la cour.

— Je ne suis pas allée dans les bois, déclara Agnès lorsqu’ils entrèrent dans le manoir. La belle demoiselle entêtée s’y est perdue, n’est-ce pas ?

— Oui, mais tout a fini par s’arranger. Son père l’a retrouvée et ramenée chez eux.

Elle fit asseoir la fillette sur un banc, à côté du feu, et dénoua sa cape.

— Et elle n’est pas retournée dans les bois ?

— Non, jamais, confirma Kivrin en lui retirant ses bottes et ses hauts-de-chausses trempés. Allonge-toi, à présent.

Elle étala son manteau à côté du feu.

— Je vais t’apporter une soupe bien chaude.

Agnès obéit, docile, et Kivrin la couvrit avec les pans du vêtement.

Lorsqu’elle lui apporta du bouillon, l’enfant refusa de le boire et s’endormit sitôt après.

— Elle a dû prendre froid, dit-elle à Eliwys et à Roche. Elle a passé presque tout l’après-midi à l’extérieur.

Mais dès que le prêtre alla sonner les vêpres, elle la découvrit et palpa ses aisselles et son aine. Elle la tourna sur le ventre, pour voir s’il n’y avait pas de bubon entre ses omoplates.

Roche revint avec une couverture effilochée qu’il étala sur le sol, pour Agnès.

Ils entendirent les cloches d’Oxford et de Godstow. Aucun tintement ne provenait de Courcy et Kivrin se tourna vers Eliwys, qui n’y prêtait pas attention. Elle regardait les paravents, au-delà de Rosemonde.

Les cloches de Courcy sonnèrent après les autres, des sons étranges, lents et étouffés. Kivrin s’adressa au père Roche.

— Est-ce le glas ?

— Non, c’est un jour saint.

Elle avait perdu le fil du temps. L’envoyé de l’évêque était parti le matin de Noël et elle avait découvert l’épouvantable vérité dans l’après-midi. Ensuite, les événements s’étaient fondus en une seule journée interminable. Quatre jours, calcula-t-elle. Quatre jours se sont écoulés.

Elle avait choisi la période de Noël pour aller dans le passé à cause des nombreuses fêtes religieuses qui lui permettraient de ne pas rater le rendez-vous. Pardonnez-moi, monsieur Dunworthy, pensa-t-elle. Gawyn est allé à Bath chercher de l’aide, l’envoyé de l’évêque a pris tous les chevaux et je ne savais pas où vous m’attendiez.

— Est-ce que ce sont les cloches de Courcy ? demanda-t-elle à Roche.

— Oui. N’ayez crainte. Elles commémorent le massacre des Innocents.

Le massacre des Innocents ! Kivrin baissa les yeux sur Agnès. Elle dormait et ne tremblait plus, mais son front était brûlant.

La cuisinière cria. Kivrin contourna la barricade. La femme s’était accroupie sur sa paillasse et essayait de se lever.

— Je dois rentrer chez moi, déclara-t-elle.

Kivrin réussit à la convaincre de se rallonger et alla lui chercher de l’eau. Le seau était presque vide et elle le prit pour aller au puits.

— Dites à Kivrin de venir me voir, demanda Agnès.

Elle s’était assise. Kivrin posa le seau et alla s’agenouiller près d’elle.

— Je suis ici, à côté de toi.

Agnès la fixa, les traits déformés par la colère.

— Le méchant homme m’enlèvera, si elle n’est pas là pour me défendre. Allez lui dire de venir tout de suite.

EXTRAIT DU GRAND LIVRE
(073453–074912)

J’ai raté le rendez-vous. Je n’ai pas tenu le décompte des jours et je ne connaissais pas l’emplacement du point de transfert.

Vous devez être mort d’inquiétude, monsieur Dunworthy. Sans doute pensez-vous que je suis cernée par des meurtriers. C’est exact. Et Agnès est leur nouvelle victime.

Elle a de la fièvre, mais aucun bubon. Elle ne tousse ni ne vomit. Il n’y a que cette température très élevée… Elle ne me reconnaît plus et m’appelle sans cesse. Nous avons essayé de faire tomber la fièvre avec des compresses d’eau fraîche, en vain.

(Pause)

Dame Imeyne est malade. Le père Roche l’a trouvée qui gisait sur le sol, ce matin. Elle a dû rester là toute la nuit. Elle refusait d’aller se coucher, sans doute voulait-elle implorer Dieu d’épargner les justes.

Il n’a pas exaucé sa prière. Elle a la peste pulmonaire. Elle tousse et crache de la bave sanguinolente.

Elle refuse de se laisser soigner, que ce soit par Roche ou par moi.

— C’est elle qu’il faut blâmer pour tout ceci, a-t-elle dit au prêtre en me désignant. Voyez ses cheveux, alors qu’elle n’est plus vierge. Regardez son accoutrement.

Je porte un justaucorps d’homme et des hauts-de-chausses en cuir trouvés dans un des coffres de la soupente. J’ai dû jeter ma cotte après qu’elle eut vomi sur moi, et il y a longtemps que j’ai déchiré ma chemise pour en faire des bandages.

Roche a essayé de lui faire boire une infusion d’écorce de saule, mais elle l’a recrachée en disant :

— Elle a menti en prétendant qu’elle avait été attaquée dans les bois. Elle est venue ici pour nous tuer.

De la salive striée de filets vermeils coulait sur son menton. Roche l’a essuyée en rétorquant :

— C’est la fièvre qui vous fait croire de telles choses.

— Elle a été envoyée ici pour nous éliminer. Elle a empoisonné mes petits-enfants, et à présent c’est mon tour. Mais je n’accepterai de cette femme ni boisson ni nourriture.

— Taisez-vous, lui a ordonné le père Roche.

Dire du mal de quelqu’un qui ne veut que votre bien est un péché.

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