Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
— Non, répondit Montoya.
Il n’éprouva aucun soulagement.
— Mais vous le ferez, dit-il.
Il voyait les mains de la femme trembler légèrement, sur la barre métallique.
— Kivrin me l’a demandé, dit-elle. Le jour du transfert. C’est elle qui a suggéré de camoufler l’appareil en excroissance osseuse, pour que son compte rendu puisse arriver jusqu’à nous même si elle restait coincée dans le passé. Elle estimait que vous vous inquiétiez pour rien, mais qu’en cas de malheur elle ferait son possible pour être enterrée dans ce cimetière afin que vous… que vous n’alliez pas exhumer tous les cadavres d’Angleterre.
Il ferma les yeux.
— Si vous n’avez rien découvert, comment pouvez-vous affirmer qu’elle est morte ? s’emporta Colin.
— Nous avons amené des souris de laboratoire sur le chantier. Un quart d’heure plus tard, toutes avaient chopé le virus. Kivrin a travaillé sur ce tombeau pendant plus de trois heures. Il est probable à 75 % qu’elle est tombée malade, et compte tenu des possibilités de la médecine médiévale il y a certainement eu des complications.
À l’époque, les disciples d’Esculape soignaient les gens avec des sangsues et de la strychnine, et ils n’avaient jamais entendu parler de stérilisation, de microbes ou de cellules T. Ils avaient dû la badigeonner de cataplasmes malodorants, marmonner des prières et lui ouvrir les veines. « Les médecins pratiquaient des saignées, mais la plupart des malades mouraient malgré tout », avait-il lu dans ce livre.
— Sans antimicrobiens ni renforcement du système immunitaire, le taux de mortalité est de 49 %, ajoutait Montoya. Les Probabilités…
— Les Probabilités, grommela Dunworthy. Citez-vous les chiffres de Gilchrist ?
Elle lança un coup d’œil à Colin et se renfrogna.
— Elles sont de 75 % pour que Kivrin ait attrapé ce virus et de 68 % pour qu’elle ait été exposée au bacille de la peste. 91 % des gens y sont vulnérables et l’issue est fatale dans…
— Elle n’a pas pu contracter la peste, s’emporta Dunworthy. Elle a été vaccinée. Le docteur Ahrens et Gilchrist ne vous l’ont donc pas dit ?
Elle lança un autre regard oblique à Colin, qui déclara sur un ton plein de défi :
— On m’a interdit de lui en parler.
— Que me cache-t-on ? Gilchrist serait-il malade ? Il s’était effondré dans les bras de cet homme.
Peut-être lui avait-il transmis le virus.
— Cette grippe lui a été fatale, dit Montoya. Dunworthy se tourna vers Colin.
— Que t’a-t-on encore interdit de m’apprendre ? Qui d’autre est décédé pendant que j’étais inconscient ?
Montoya releva le menton pour intimer à Colin de se taire, mais il était trop tard.
— Grand-tante Mary, dit-il.
Maisry a pris la fuite. Nous l’avons cherchée partout, Roche et moi. Nous craignions qu’elle fût malade et tapie dans un coin, mais l’intendant l’a vue partir dans les bois pendant qu’il creusait la tombe de Walthef. Elle montait le poney d’Agnès.
Elle va répandre la maladie, ou atteindre un village déjà contaminé. La peste nous cerne. Les cloches tintent comme pour les vêpres, mais le rythme est rompu. Les sonneurs semblent avoir sombré dans la folie. Il est impossible de déterminer si ce sont neuf coups ou trois. Les cloches de Courcy n’ont sonné qu’une seule fois, ce matin, peut-être pour une des filles rieuses et bavardes.
Rosemonde est toujours inconsciente et son pouls est très faible. Agnès hurle et se débat dans son délire. Elle m’appelle sans cesse, mais sitôt que je lui parle, elle donne des coups de pied et s’emporte comme si elle faisait un caprice.
Eliwys s’épuise à soigner sa fille cadette et sa belle-mère, qui me traite désormais de « Démon ». Ce matin, elle a failli me pocher un œil. Seul le clerc me laisse approcher, et il est perdu. Il ne pourra tenir un jour de plus. Il pue tant que nous avons dû l’installer à l’autre extrémité de la salle. Son bubon suppure à nouveau.
Gunni, le deuxième fils de l’intendant.
La femme marquée par les écrouelles.
Le père de Maisry.
L’enfant de chœur de Roche, Cob.
Dame Imeyne est au plus mal. Roche a voulu lui donner l’extrême-onction.
— Vous devez vous mettre en règle avec Dieu avant de mourir, lui a-t-il dit.
Mais elle a tourné le visage vers le mur et marmonné :
— C’est Lui, le responsable de ce qui nous arrive.
Trente et un cas. Plus de 75 %. Ce matin, Roche a consacré une partie du terrain communal car le cimetière sera plein sous peu.
Maisry n’est pas revenue. Sans doute dort-elle dans un manoir dont les occupants ont fui et se découvrira-t-elle du sang bleu dans les veines si elle survit à tout ceci.
Peut-être est-ce la cause de tout ce qui cloche à notre époque, monsieur Dunworthy. Nous sommes les descendants de Maisry, de l’envoyé de l’évêque et de Messire Bloet. La peste a décimé tous les gens courageux qui ont décidé de rester pour aider leurs semblables.
Dame Imeyne est inconsciente et Roche lui a administré les derniers sacrements. C’est moi qui le lui ai demandé.
— C’est la fièvre qui a parlé par sa bouche. Son âme ne s’est pas dressée contre Dieu, ai-je affirmé.
C’est faux, et peut-être n’est-elle pas digne d’obtenir le pardon, mais elle n’a pas mérité de subir de pareils tourments. Son corps empoisonné se putréfie, et comment pourrais-je lui reprocher de tenir Dieu pour responsable de ses maux dès l’instant où je vois en elle la femme qui a attiré ce malheur sur notre entourage ? Alors que je sais qu’on ne peut imputer cela à personne. C’est une maladie.
Nous n’avons plus de vin de messe, ni d’huile d’olive. Roche utilise de l’huile rance trouvée dans les cuisines et lorsqu’il l’applique sur les tempes et les paumes des agonisants leur peau noircit aussitôt.
C’est une maladie.
Agnès va de plus en plus mal. Je ne puis supporter de la voir haleter comme son chiot et de l’entendre hurler :
— Dites à Kivrin de venir me chercher. Je ne veux pas rester ici !
Même les nerfs de Roche commencent à flancher.
— Pourquoi Dieu nous punit-Il ainsi ? m’a-t-il demandé.
— Il ne nous punit pas. Il s’agit d’une maladie, lui ai-je répété.
Mais ce n’est pas une réponse, et il en a conscience.
Toute l’Europe le sait, et l’Église également. Elle réussira à conserver sa position pendant encore quelques siècles mais ne pourra jamais justifier le fait que Dieu ait laissé une pareille abomination se produire. Qu’il ne soit pas venu au secours des hommes.
Les cloches se sont tues. Roche m’a demandé si je pensais que cela indiquait la fin de l’épidémie.
— Dieu a dû nous venir en aide, a-t-il dit.
J’en doute. À Tournai, les prélats ont donné l’ordre de ne plus sonner les cloches parce que le glas effrayait la population. L’évêque de Bath a dû prendre la même décision.
Leurs tintements étaient certes angoissants, mais le silence est plus oppressant encore. C’est la fin du monde.
30
Mary était tombée malade peu après lui, le jour de l’arrivée de l’analogique. On avait presque aussitôt constaté des complications pulmonaires et son cœur avait cessé de battre le lendemain. Le six janvier. Pour l’Épiphanie.