Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Mais l’enfant semblait avoir déjà quitté ce monde. Ses lèvres délicates étaient entrouvertes, ses yeux aveugles, sa peau jaunâtre et tendue sur son étroit visage. Non, pensa Kivrin, en proie au désespoir. Je dois la sauver. Elle n’a que douze ans.
Roche prit le calice et Rosemonde leva les bras, en geste de supplique.
— Nous devons inciser le bubon, décida Kivrin. Afin que le poison quitte son organisme.
Elle crut qu’il refuserait, qu’il voudrait au préalable lui administrer les derniers sacrements, mais il posa ses accessoires et alla chercher un couteau.
— Bien pointu, lui cria Kivrin. Et apportez du vin.
Elle mit de l’eau à bouillir et lava le couteau qu’il lui apporta. Elle gratta avec ses ongles la crasse incrustée au ras du manche, qu’elle enveloppa ensuite dans son surcot pour tenir la lame au-dessus des flammes. Elle la trempa dans l’eau bouillante puis la désinfecta avec du vin et la rinça.
Ils rapprochèrent Rosemonde du feu pour bénéficier du maximum de clarté. Kivrin s’agenouilla et dégagea doucement le bras de la chemise. Elle glissait un torchon sous la nuque de la malade quand Roche fit pivoter le poignet afin d’examiner le bubon.
Il était aussi gros qu’une pomme et l’inflammation avait gagné toute l’épaule. Le pourtour du renflement était presque gélatineux, son centre très dur.
Kivrin imbiba un linge de vin et tapota l’excroissance. Une pierre semblait enchâssée sous la peau et elle se demanda si la lame serait assez tranchante.
Elle la positionna au-dessus de la boule. Elle craignait de sectionner une artère, de diffuser l’infection.
— Elle ne sent plus rien, déclara Roche.
Rosemonde n’avait pas réagi quand Kivrin avait palpé le bubon. Elle ne les voyait pas, le regard attiré par une vision épouvantable. Elle n’a plus rien à perdre, pensa Kivrin.
— Tenez son bras, dit-elle à Roche.
Il immobilisa sur le sol le poignet de Rosemonde, qui n’eut aucune réaction.
Deux entailles, décida Kivrin. Elle inspira et plaça la pointe de la lame sur le renflement.
Le bras se contracta, l’épaule s’écarta par réflexe, la petite main se courba telle la serre d’un rapace.
— Que faites-vous ? Je le dirai à Père !
Kivrin écarta le couteau et le prêtre repoussa le membre pendant que la malade utilisait sa main libre pour lui donner des coups privés de vigueur.
— Je suis la fille de Messire Guillaume d’Iverie. Vous êtes tenus de me manifester plus d’égards !
Kivrin recula et se releva, en veillant à ne rien toucher avec la lame. Roche se pencha et referma une main sur les deux poignets de Rosemonde qui tentait de donner des coups de pied à Kivrin. Le calice se renversa et le vin se répandit en une flaque sombre.
— Il faut l’attacher, déclara Kivrin.
Elle prit conscience qu’elle tenait le couteau levé, comme pour perpétrer un assassinat. Elle le posa et entreprit de déchirer un linge.
Roche utilisa ces bandes pour lier les poignets de la malade au-dessus de sa tête, pendant que Kivrin assujettissait ses chevilles au pied d’un des bancs. Rosemonde avait cessé de se débattre mais quand le prêtre souleva sa chemise et dénuda sa poitrine, elle lui cria :
— Je vous connais. Vous êtes le brigand qui a attaqué Dame Katherine.
Roche pesa de tout son poids sur l’avant-bras et Kivrin perça le bubon.
Du sang suinta puis coula à flots, et elle crut qu’elle venait de sectionner une artère. Elle saisit des chiffons qu’elle utilisa pour comprimer la blessure. Ils furent immédiatement imbibés et elle les retira pour prendre un linge propre. Le sang jaillit. Elle ralentit l’hémorragie avec un pan de son surcot et Rosemonde poussa un gémissement pathétique, semblable aux glapissements du chiot d’Agnès. Elle parut s’affaisser, bien qu’il lui fût impossible de tomber plus bas.
Je l’ai tuée, pensa Kivrin.
— Je ne peux arrêter le sang, dit-elle.
Elle tint malgré tout le pan du vêtement sur l’entaille et compta jusqu’à deux cents avant de le soulever précautionneusement.
Du pus épais et verdâtre coulait de la blessure. Roche se pencha pour l’essuyer mais Kivrin l’en empêcha.
— Non, ces humeurs grouillent de germes de la peste. N’y touchez pas.
Elle se chargea de nettoyer la blessure. Un fluide aqueux remplaça la substance répugnante.
— C’est terminé, dit-elle à Roche. Passez-moi le vin.
Elle ne disposait plus d’un seul linge propre qu’elle aurait pu imbiber d’alcool. Ils les avaient tous utilisés pour stopper l’hémorragie. Elle inclina la bouteille et laissa le breuvage sombre goutter dans l’entaille. Rosemonde ne bougeait plus et son teint était livide comme si elle venait de se vider de tout son sang. Je ne peux pas lui faire une transfusion, je n’ai même plus de chiffons.
Roche délia les poignets de la malade et prit son pouls.
— Son cœur bat plus fort, déclara-t-il.
— Il nous faut d’autres morceaux de tissu, dit Kivrin avant de se mettre à sangloter.
— Mon père vous fera pendre, les menaça Rosemonde.
Rosemonde est inconsciente. La nuit dernière, j’ai incisé le bubon afin de drainer l’infection mais je crains d’avoir commis une erreur. Elle a perdu beaucoup de sang. Elle est blême et son pouls est imperceptible.
Le clerc est également au plus mal. Sa peau se couvre d’hématomes et tout indique que la fin est proche. Le docteur Ahrens m’a appris que la peste bubonique tue ses victimes en quatre ou cinq jours, mais je doute qu’il survive aussi longtemps.
Eliwys, Imeyne et Agnès sont toujours bien portantes, même si Dame Imeyne paraît avoir sombré dans la démence. Ce matin, elle a frappé Maisry en lui disant que Dieu nous punissait tous pour sa paresse et sa bêtise.
Que Maisry soit indolente et stupide est indéniable. On ne peut compter sur elle pour surveiller Agnès plus de cinq minutes et quand je l’ai envoyée chercher de l’eau pour laver la plaie de Rosemonde elle est revenue une demi-heure plus tard, les mains vides.
Je n’ai fait aucun commentaire. Je ne souhaite pas qu’Imeyne la corrige à nouveau et j’ai conscience que cette harpie ne tardera guère à s’en prendre à moi. Elle me lorgne par-dessus son livre d’heures et il est facile de deviner ses pensées : elle se dit que je sais trop de choses sur cette épidémie, que j’ai fui la peste et qu’à mon arrivée je n’étais pas blessée mais gravement malade.
Lorsqu’elle portera ces accusations contre moi, elle convaincra sans doute Eliwys que je suis la responsable de tous leurs maux, qu’il ne faut plus suivre mes conseils, qu’il convient d’abattre ma barricade et de prier Dieu de les délivrer du mal.
Que pourrai-je répondre ? Que je viens du futur, d’une époque où on sait tout sur la peste noire hormis comment la soigner sans streptomycine ?
Gawyn n’est toujours pas revenu et Eliwys s’inquiète. Quand Roche est allé dire les vêpres, il l’a vue à côté du portail, sans manteau ni coiffe. Elle scrutait la route. Je me demande s’il lui est venu à l’esprit que Gawyn était peut-être déjà contaminé à son départ pour Bath. Il a accompagné l’envoyé de l’évêque à Courcy, et à son retour il n’a pas été surpris d’apprendre que l’épidémie se répandait dans le village.
Ulf le Bailli agonise et son épouse et un de ses fils sont malades. Ils n’ont pas de bubons mais j’ai vu de petites excroissances grosses comme des graines à l’intérieur des cuisses de la femme. Je dois constamment rappeler au père Roche de porter son masque et de limiter les contacts avec les pestiférés.