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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Pardonne-moi de t’avoir dévisagée ainsi, ma dame. La Grâce s’est sûrement penchée sur ton berceau… Puis-je savoir à quel nom je dois associer une beauté si frappante ?

Au moment où Selene allait répondre, une des serveuses qui s’affairaient dans la salle, anticipant le départ des derniers clients, laissa tomber la lampe qu’elle venait de prendre sur une étagère. De l’huile se répandit sur le sol et s’embrasa. Rand, Caldevwin et tous les autres se levèrent d’un bond, mais dame Madwen et une de ses filles accoururent et étouffèrent le feu avec leur tablier.

— Catrine, combien de fois t’ai-je dit de faire attention ? (L’aubergiste agita son tablier roussi devant le nez de la coupable.) Un de ces jours, tu flanqueras le feu à l’auberge, et tu brûleras avec !

— Maîtresse, se défendit Catrine, au bord des larmes, j’ai fait attention, mais j’ai senti un tel élancement dans mon épaule…

Maîtresse Madwen leva les bras au ciel.

— Tu es la reine des excuses, et tu continues à casser plus d’assiettes que toutes les autres réunies. Bon, oublions ça… Nettoie bien et ne te mets pas le feu, c’est tout ce que je demande… (L’aubergiste se tourna vers Rand et ses compagnons.) J’espère que vous ne m’avez pas prise au sérieux… Catrine n’incendiera jamais l’auberge. Dès qu’elle s’amourache d’un jeune type, la vaisselle paie un lourd tribut, mais c’est la première fois qu’elle laisse tomber une lampe.

— Je voudrais qu’on me montre ma chambre, dit Selene. Finalement, je ne me sens pas bien du tout…

Elle parlait comme quelqu’un qui se méfie de son estomac, nota Rand. Mais elle paraissait aussi sereine que d’habitude, si on la regardait bien.

— Le voyage et cet incendie…, ajouta-t-elle d’un ton las.

— Vos désirs sont des ordres, ma dame ! s’écria maîtresse Madwen, caquetant comme une mère poule affolée. J’ai une très belle chambre pour le seigneur et vous. Dois-je envoyer chercher mère Caredwain ? Elle est très douée avec les herbes médicinales…

— Non, inutile. Et je veux une chambre rien que pour moi.

L’aubergiste coula un regard inquiet à Rand, mais elle ne discuta pas.

— Comme vous voudrez, ma dame… (Elle guida Selene jusqu’au pied de l’escalier.) Lidan, occupe-toi des affaires de notre invitée, et plus vite que ça !

Une des filles courut prendre les sacoches de selle que lui tendait Hurin. Puis les trois femmes montèrent à l’étage, Selene suivant l’aubergiste sans desserrer les dents.

Caldevwin les regarda jusqu’à ce qu’elles soient hors de vue, puis il s’ébroua de nouveau. Attendant que Rand se soit rassis, il reprit place sur sa chaise.

— Pardonne-moi d’avoir dévisagé ainsi ta dame, seigneur, mais, en te la faisant rencontrer, la Grâce fut généreuse avec toi. Surtout, ne prends pas mal ce compliment.

— Ne t’inquiète pas… (Perplexe, Rand se demanda si tous les hommes éprouvaient la même chose que lui lorsqu’ils voyaient Selene.) En approchant du village, j’ai vu un grand globe de cristal. Sais-tu ce que c’est ?

— Un élément d’une statue, seigneur…

Le capitaine regarda Loial à la dérobée, comme si une idée venait de lui traverser l’esprit.

— Une statue ? J’ai vu une main et la tête… L’œuvre entière doit être gigantesque.

— Oui, seigneur Rand, énorme… Et très vieille.

Caldevwin marqua une pause pour ménager ses effets :

— D’après ce qu’on dit, elle date de l’Âge des Légendes.

Rand frissonna. L’Âge des Légendes, un temps où l’utilisation du Pouvoir de l’Unique était banale, si on devait en croire les récits.

Que s’est-il passé au bord de ce trou ? Je sais qu’il est arrivé quelque chose.

— L’Âge des Légendes, dit Loial. Oui, c’est cohérent. Depuis, personne n’a entrepris une œuvre si colossale. La déterrer est un sacré défi, capitaine.

Muet comme une tombe, Hurin était affalé sur sa chaise, comme s’il avait l’esprit ailleurs.

Caldevwin acquiesça mollement.

— J’ai cinq cents ouvriers réunis dans un camp, au-delà de l’excavation. Et même ainsi nous n’aurons pas terminé avant la fin de l’été. Ce sont des hommes de la Ceinture… Je passe la moitié de mon temps à les forcer à creuser, et l’autre à les empêcher d’entrer dans ce village. Les gars de la Ceinture ont tendance à aimer les beuveries et les rixes, alors que les gens d’ici sont plutôt paisibles.

À son ton, on devinait sans peine à qui allait la sympathie de l’officier.

Rand hocha distraitement la tête. Les gens de la Ceinture l’intéressaient si peu qu’il n’avait même pas envie de savoir qui ils étaient.

— Galldrian en personne a ordonné que la statue soit transportée jusqu’à la capitale, reprit Caldevwin.

Loial ne put dissimuler sa surprise.

— Une œuvre si monumentale ? J’imagine mal qu’on puisse déplacer une masse pareille sur une telle distance.

— C’est un ordre du roi, dit Caldevwin, agacé. La statue se dressera à l’extérieur de la ville, un monument à la gloire du Cairhien et de la maison Riatin. Les Ogiers ne sont pas les seuls à savoir déplacer des pierres.

Loial encaissa mal le coup. S’en apercevant, le capitaine fit un gros effort pour se calmer.

— Je te demande pardon, ami ogier. J’ai parlé trop vite et trop impoliment. (Des excuses pas vraiment convaincantes, jugea Rand.) Seigneur, combien de temps comptes-tu rester à Tremonsien ?

— Nous partirons demain, en route pour Cairhien !

— Par le plus grand des hasards, j’y envoie quelques-uns de mes hommes, demain. Les rotations sont obligatoires. À force de voir des terrassiers manier la pelle et la pioche, les soldats s’étiolent. Vois-tu un inconvénient à ce qu’ils chevauchent avec ton groupe ?

Une question purement théorique, car, dans l’esprit du capitaine, la décision semblait arrêtée. Voyant maîtresse Madwen réapparaître dans l’escalier, il se leva et s’inclina.

— Si tu veux bien m’excuser, seigneur Rand, je dois me lever tôt, demain. Nous nous reverrons avant ton départ. Que la Grâce veille sur toi.

Après avoir salué Loial de la tête, l’officier tourna les talons et s’en fut. Alors que les portes se refermaient sur lui, l’aubergiste vint parler à Rand :

— Seigneur, votre dame est confortablement installée. J’ai fait préparer de bonnes chambres pour vous, pour votre serviteur et pour notre ami ogier. (Maîtresse Madwen étudia un moment Rand en silence.) J’outrepasse peut-être mes droits, seigneur, mais j’ai le sentiment de pouvoir dire ce que je pense à un homme qui laisse s’exprimer son domestique. Si tu prends mal mon intervention, sache que je ne cherche pas à te blesser… Pendant vingt-trois ans, Barin et moi avons passé notre temps à nous disputer… sauf quand nous nous embrassions. Cela pour dire que je sais de quoi je parle ! En ce moment, vous pensez que votre dame ne voudra plus jamais vous voir. Mais d’après moi, si vous allez gratter à sa porte, cette nuit, elle vous laissera entrer. Souriez et dites que vous aviez tort, que ce soit vrai ou non.

Rand s’éclaircit la voix en priant pour ne pas avoir déjà le rouge au front.

Par la Lumière ! Egwene me tuerait si elle savait que j’ai seulement pensé à une chose pareille. Et, si je le faisais, Selene m’écorcherait vif. Encore que…

Cette fois, à coup sûr, il devait être rouge comme une pivoine !

— Je vous remercie de cette… suggestion, maîtresse Madwen. Quant aux chambres… (Il était hors de question de laisser le coffre sans surveillance pendant que l’un d’eux dormait.) Eh bien, j’en veux une pour nous trois.

L’aubergiste parut surprise, mais elle se ressaisit très vite.

— Comme vous voudrez, seigneur… Si vous consentez à me suivre…

Rand emboîta le pas à l’aubergiste. Portant le coffre toujours dissimulé sous une couverture, Loial fit craquer sinistrement les marches. Maîtresse Madwen ne s’en alarma pas, pensant sans doute que c’était dû au poids hors du commun de l’Ogier. Hurin suivit le mouvement, toujours chargé comme un baudet, mais un peu moins taciturne.

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