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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Selene, es-tu oui ou non une Aes Sedai ?

— Aes Sedai ! Pourquoi me jettes-tu sans cesse ces deux mots à la figure ? (Lâchant la main de Rand, Selene dut visiblement se retenir de lui cracher au visage.) Je suis ce que je suis, et qui j’ai envie d’être. Et je n’ai rien à voir avec les Aes Sedai !

Sur ces dernières paroles, la jeune femme se mura dans un silence sinistre presque aussi glacial qu’une tombe enfouie sous dix pieds de neige.

Au prix d’un gros effort, Loial et Hurin dissimulèrent leur gêne en conversant gaiement. Lorsque la jeune femme les foudroya du regard, ils se turent, mal à l’aise.

Quand ils s’arrêtèrent enfin, très tard le soir, près d’un cours d’eau qui leur fournit un festin de poissons, Selene sembla recouvrer un peu de son ancienne bonne humeur. Parlant de livres avec l’Ogier, elle parvint même à s’adresser gentiment à Hurin.

Elle ne desserra pas les lèvres face à Rand, cependant, sauf s’il lui posait une question. Et, dans ce cas, elle répondait le plus brièvement possible. Ce manège continua le lendemain, alors qu’ils remontaient d’interminables défilés, les flancs des montagnes semblables à de hauts murs d’enceinte aussi imposants qu’imprenables. Mais, chaque fois que Rand se tourna vers la jeune femme, il constata qu’elle le regardait en souriant. Le plus souvent, il se sentit obligé de répondre en souriant lui-même. En de plus rares occasions, il fut contraint de se racler la gorge, rougissant à cause de ses pensées indignes d’un gentilhomme.

Une ou deux fois, il crut reconnaître le sourire mystérieux et plein de sagesse qu’Egwene lui adressait de temps en temps. Immanquablement, il se pétrifiait sur sa selle, se demandant ce que la jeune femme avait derrière la tête. Mais, au moins, c’était un sourire…

Elle ne peut pas être une Aes Sedai !

Lorsque la piste commença à descendre, au grand soulagement des chevaux et de Loial, il fallut attendre le crépuscule pour que les voyageurs sortent enfin de la Dague pour se retrouver dans une plaine moutonnante à la végétation peu luxuriante. En l’absence de route, ils se contentèrent de la piste en terre battue qui devait parfois être empruntée par des charrettes. Sur cette succession de creux et de bosses, les champs en terrasses succédaient aux champs en terrasses – mais tous étaient déserts, à cette heure de la journée. Chaque fois que Rand avisa des fermes isolées, elles se révélèrent trop lointaines pour qu’il distingue autre chose que des façades et des murs de pierre.

Lorsqu’un village se dressa devant les quatre compagnons, il faisait déjà assez noir pour que de la lumière brille derrière les fenêtres de quelques maisons.

— Cette nuit, annonça Rand, nous dormirons dans des lits.

— Eh bien, j’en serai ravi, seigneur, dit Hurin, effectivement très content à cette idée.

Loial approuva du chef.

— Une auberge de village…, marmonna dédaigneusement Selene. Crasseuse, comme il se doit, et remplie de poivrots. Pourquoi ne pas passer la nuit à la belle étoile ? Je me suis aperçue que j’adorais ça.

— Certes, mais ça te plaira moins si Fain nous tombe dessus pendant notre sommeil. Ses Trollocs et lui me poursuivent, Selene. Il cherche le Cor, bien sûr, mais c’est moi qu’il repère à distance. Pourquoi crois-tu que j’ai monté la garde ainsi, ces dernières nuits ?

— Si Fain nous rattrape, tu lui feras son affaire ! De toute façon, il peut y avoir aussi des Suppôts au village.

— Même s’ils savent qui nous sommes, ils ne pourront pas faire grand-chose, avec leurs concitoyens dans les pattes… Sauf si le village est entièrement peuplé de Suppôts. Ce n’est pas ce que tu crois, pas vrai ?

— Et s’ils découvrent que tu es en possession du Cor ? Tu ne veux pas de la gloire, d’accord, mais n’oublie pas que le dernier des fermiers en rêve.

— Elle a raison, Rand, intervint Loial. Même des paysans pourraient vouloir te voler le Cor.

— Déplie ta couverture, mon ami, et pose-la sur le coffre. Cache-le entièrement.

Quand Loial eut obéi, Rand examina son œuvre. On devinait bien évidemment la présence d’une boîte ou d’un coffre sous la couverture. Mais comment savoir que ce n’était pas une banale malle de voyage ?

— La garde-robe de voyage de ma dame, dit Rand avec un petit sourire et une révérence.

Selene ne réagit pas à la plaisanterie, gardant un visage de marbre.

Quelques minutes plus tard, un rayon de soleil fit briller quelque chose, sur la gauche de Rand. Un objet de grande taille, semblait-il. Cédant à la curiosité, le jeune homme fit tourner à gauche sa monture.

— Seigneur, le village ? s’écria Hurin.

— Je veux juste jeter un coup d’œil, le rassura Rand.

C’est plus brillant que la surface d’un lac inondée de soleil… Je me demande ce que ça peut être.

Les yeux rivés sur le reflet géant, Rand fut très surpris lorsque Rouquin s’immobilisa brusquement. Alors qu’il allait talonner le cheval, il s’avisa que celui-ci s’était arrêté au bord d’un grand précipice d’argile – si profond qu’un pas de plus aurait signé l’arrêt de mort de l’équidé et de son cavalier. Le trou était si vaste qu’il englobait plus que probablement deux collines, sans compter les champs qui les séparaient, car l’excavation était au minimum dix fois plus large que profonde. Le côté le plus lointain semblait avoir été compacté pour former une sorte de rampe. Au pied de cet ouvrage, une dizaine d’hommes se pressaient autour d’un feu qu’ils paraissaient avoir du mal à allumer. Dans la dépression, il faisait déjà nuit. À la lumière naissante des flammes, Rand vit briller les armures du petit groupe de soldats. Il remarqua aussi que tous portaient une épée au côté.

Au fond du trou, une main de pierre émergeait de l’argile. Entre ses doigts, elle serrait un globe de cristal – la source du formidable reflet. Le diamètre de cette boule parfaitement lisse était stupéfiant. Soixante pieds, au minimum !

À bonne distance de la main, on avait déterré un visage aux dimensions tout aussi démesurées. Un homme barbu portant sur le front les stigmates de l’âge et arborant dans le regard toute la sagesse et toute la connaissance du monde.

Sans que Rand l’ait invoqué, le vide se forma en un clin d’œil et la lumière maladive du saidin brilla comme un phare dans la nuit. Concentré sur le visage et la main, Rand ne s’aperçut même pas du phénomène…

Un capitaine de marine lui avait un jour parlé d’une main de pierre géante serrant un globe de cristal. Mais Bayle Domon avait affirmé que ce fragment de statue jaillissait d’une colline… sur l’île de Tremalking.

— C’est dangereux…, souffla Selene. Partons, Rand !

— Je devrais pouvoir trouver un moyen de descendre…, marmonna le jeune homme pour lui-même.

Le saidin chantait pour lui. Alors que le globe géant semblait tourner au blanc sous les caresses des derniers rayons de soleil, Rand eut le sentiment que la lumière, à l’intérieur du cristal, ondulait et dansait au rythme de la chanson du saidin. Il se demanda pourquoi les hommes, au pied de la rampe, ne s’en apercevaient pas.

Selene fit approcher sa jument et prit le jeune homme par le bras.

— Rand, je t’en prie, il faut partir d’ici !

Rand baissa les yeux sur la main de la jeune femme, surpris de la voir posée sur son bras, puis il remonta lentement jusqu’à son visage. Selene semblait sincèrement inquiète, voire effrayée.

— Si l’argile ne finit pas par céder sous notre poids, nous précipitant vers la mort, figure-toi que les types, en bas, sont des gardes. Et quand on poste des sentinelles quelque part, ce n’est jamais pour inciter le premier voyageur venu à visiter les lieux. Tu me suis ? Pourquoi t’efforcer à fuir Fain, si c’est pour te faire arrêter par les gardes d’un nobliau quelconque ? Allons, viens avec moi !

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