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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Les Neuf Anneaux

À l’heure du dîner, Rand aurait cru que l’établissement serait vide. Mais une demi-douzaine d’hommes se pressaient autour d’une table, jouant aux dés entre leurs chopes de bière. Un client solitaire, un peu plus loin, était en train de manger. Même si les joueurs ne portaient pas de cuirasse et n’arboraient pas d’armes, leur façon de se tenir et leur gestuelle suggérèrent à Rand qu’il s’agissait de soldats. Quant au dîneur isolé, c’était un officier, le jeune homme s’en serait douté même s’il n’avait pas vu l’épée appuyée contre la table, à côté de sa chaise. Vêtu d’une veste et d’un pantalon bleus, comme les joueurs de dés, le militaire avait sur les épaules une rayure rouge et une jaune – deux bandes de tissu parallèles. Le sommet du crâne rasé, il arborait néanmoins une longue crinière de cheveux noirs qui cascadait jusqu’au creux de ses reins. Les autres types, en revanche, avaient subi les outrages d’une coupe au bol, et ils ressemblaient à des moutons mal tondus.

Comme un seul homme, les sept militaires s’étaient retournés pour voir qui entrait dans la salle commune.

L’aubergiste, une femme mince aux cheveux grisonnants, affichait un sourire commercial qui devait à lui seul expliquer une partie de ses rides.

Son œil exercé ayant tout de suite repéré la veste chic de Rand et la robe sophistiquée de Selene, la patronne s’essuya les mains sur un tablier immaculé et courut saluer ses nouveaux clients.

— Bien le bonsoir, ma dame et mon seigneur, dit-elle en esquissant une révérence. Je me nomme Maglin Madwen, et je vous souhaite la bienvenue aux Neuf Anneaux. À vous aussi, messire l’Ogier. On ne voit plus beaucoup de Bâtisseurs dans le coin, par les temps qui courent. Vous venez du Sanctuaire Tsofu ?

Malgré le poids du coffre, Loial réussit à produire une révérence à peu près digne de ce nom.

— Non, ma bonne aubergiste. Je viens de l’autre direction – les Terres Frontalières.

— Les Terres Frontalières, vraiment ? Et vous, seigneur ? Pardonnez ma question, mais vous n’avez pas l’air de venir du même endroit que votre compagnon de route.

— Je suis originaire de Deux-Rivières, maîtresse Madwen, dans le royaume d’Andor.

Rand jeta un rapide coup d’œil à Selene. Elle ne semblait pas d’humeur à admettre qu’il existait – à vrai dire, elle ne semblait même pas s’apercevoir qu’elle était dans la salle commune d’une auberge fréquentée par un petit groupe de clients.

— Dame Selene vient du Cairhien, de la capitale, pour être précis. Moi, je suis un provincial du royaume d’Andor…

— Si vous le dites, seigneur…

Pas née de la dernière pluie, maîtresse Madwen avait remarqué du premier coup d’œil l’épée au héron. Un instant, elle se rembrunit, mais son sourire revint comme si elle n’était pas en mesure de l’effacer.

— Vous voulez sûrement un bon dîner pour votre dame, vous-même et votre suite. Et il vous faudra aussi des chambres, je suppose… Si ça vous est agréable, je ferai en sorte qu’on s’occupe de vos chevaux…

» J’ai une table parfaite pour vous, droit devant nous. Un ragoût de porc aux poivrons jaunes finit de cuire sur mes fourneaux… Ma dame, mon seigneur, participerez-vous à la Grande Quête du Cor ?

Alors qu’il emboîtait le pas à l’aubergiste, Rand faillit trébucher.

— Non ! Bien sûr que non ! Pourquoi une idée pareille vous a-t-elle traversé la tête ?

— N’y voyez aucune offense, seigneur… Deux Quêteurs sont déjà descendus ici, le mois dernier. Des gandins à l’armure bien polie, histoire d’avoir l’air de héros. Seigneur, je n’ai pas voulu dire que vous leur ressembliez, mais… Vous savez, peu de visiteurs passent par ici, à part les marchands venus acheter de l’avoine et de l’orge. Je ne pense pas que la Grande Quête ait quitté Illian, à l’heure actuelle, mais certains participants estiment ne pas avoir besoin de la bénédiction. En la négligeant, ils prennent de l’avance sur leurs concurrents.

— Nous ne sommes pas à la recherche du Cor, maîtresse, mentit Rand.

Un demi-mensonge, en fait, puisque l’instrument était déjà en leur possession. Grâce à la couverture bariolée, le coffre que portait Loial était impossible à identifier.

— Nous sommes en chemin pour la capitale, c’est tout.

— Si vous le dites, seigneur… Excusez mon audace, mais votre dame est-elle malade ?

Selene daigna regarder l’aubergiste, et elle alla même jusqu’à lui adresser quelques mots.

— Je suis en excellente forme, merci.

Cette déclaration jeta un froid sur la conversation, car le ton de la jeune femme démentait catégoriquement ses propos.

— Vous n’êtes pas du Cairhien, maîtresse Madwen, dit soudain Hurin. (Portant toutes les sacoches de selle plus les baluchons de Rand, il ressemblait à un chariot à bagages vivant.) Si on se fie à votre accent, en tout cas…

L’aubergiste fronça les sourcils, regarda Rand à la dérobée, puis eut un sourire espiègle.

— J’aurais dû me douter que vous laissiez vos gens parler librement, seigneur, mais là où j’ai grandi ce n’est pas… (Non sans inquiétude, elle jeta un coup d’œil à l’officier toujours assis devant son ragoût.) Par la Lumière ! je ne suis pas du Cairhien, c’est bien vrai ! Mais, à tort ou à raison, j’ai épousé un sujet de ce noble royaume. Après vingt-trois ans de vie commune, il a eu la drôle d’idée de mourir – puisse la Lumière briller sur lui – et j’ai décidé de retourner chez moi, à Lugard, au Murandy. Mais, comme dit le proverbe, « rira bien qui rira le dernier », et c’est mon fichu mari qui l’a emporté haut la main. Alors que je m’attendais au contraire, il a légué l’argent à son frère, me laissant l’auberge. Toujours en train de mijoter un coup tordu, voilà comment il était, mon Barin ! Mais vous connaissez un homme qui ne corresponde pas à cette définition, seigneur ? Surtout un de ces sacrés bonshommes du Cairhien ?

» Ma dame, mon seigneur, donnez-vous la peine de prendre un siège.

Maîtresse Madwen ne cacha pas sa surprise lorsque Hurin s’assit à la table. Un Ogier, ça pouvait passer, mais un vulgaire domestique ?

Après un dernier regard dubitatif sur Rand, l’aubergiste partit en trombe vers la cuisine. Quelques minutes plus tard, elle revint avec des serveuses qui disposèrent sur la table les portions de ragoût de porc. Gloussant comme des oies, elles regardèrent sous toutes les coutures le beau seigneur, la gente dame et le grand Ogier. Agacée, leur patronne finit par leur ordonner de retourner au travail.

Rand baissa sur son assiette un regard vaguement inquiet. Coupée en petits morceaux, la viande avait cuit avec de longues lanières de poivron, des petits pois et une infinité d’autres ingrédients – dont des légumes – que le jeune homme ne connaissait pas. Le tout trempait dans une sauce blanche assez épaisse, et une odeur à la fois douce et épicée montait de l’assiette.

Selene picorait déjà. Loial, lui, mangeait de bon appétit.

— Les gens d’ici utilisent des épices bizarres, seigneur Rand, dit Hurin, mais ce n’est pas mauvais du tout.

— Et tu n’en mourras pas si tu goûtes, renchérit Loial.

Rand prit une bouchée… et dut étouffer un petit cri. Le goût correspondait à l’odeur. Un mélange de sucré et d’amer, le porc étant croustillant à l’extérieur et tendre comme de la rosée à l’intérieur. Tandis que des dizaines de saveurs lui enchantaient le palais, Rand dut reconnaître qu’il n’avait jamais rien mangé de tel, et que c’était délicieux.

Il n’en laissa pas une miette. Quand maîtresse Madwen revint avec ses filles pour leur faire débarrasser la table, il faillit demander une seconde portion. Loial, lui, ne se gêna pas. L’assiette de Selene était encore à moitié pleine, mais elle fit signe à une des serveuses de la remporter.

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