La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
— Nous te resservirons avec plaisir, ami ogier, dit l’aubergiste, très fière du succès de sa cuisine. Pour caler l’estomac d’un Bâtisseur, il ne faut pas lésiner sur la quantité. Catrine, va chercher une autre portion, et ne traîne pas !
Alors que la serveuse ainsi interpellée filait au pas de course, maîtresse Madwen sourit à Rand.
— Mon seigneur, dans le temps, j’avais un musicien qui venait jouer ici de la guitare à douze cordes. Mais il a épousé une paysanne du coin et, depuis, le pauvre est enchaîné à sa charrue. Tout à l’heure, j’ai cru voir l’étui d’une flûte dépasser d’un des baluchons que portait votre homme de peine. Puisque mon artiste m’a abandonné, autoriseriez-vous votre domestique à nous enchanter un peu les oreilles ?
Hurin ne cacha pas son embarras.
— Ce n’est pas lui qui joue, dit Rand. C’est moi.
L’aubergiste sursauta. Apparemment, au Cairhien, les seigneurs ne jouaient pas de la flûte.
— Je retire ma requête, seigneur ! Que la Lumière m’en soit témoin, je ne voulais pas vous offenser. Jamais je n’aurais demandé à un homme comme vous de faire un récital dans une salle commune.
Rand hésita fort peu. Depuis des semaines, il négligeait l’entraînement musical au profit de l’escrime. Mais les pièces qu’il avait dans sa bourse ne dureraient pas éternellement. Une fois débarrassé de ses vêtements de riche – quand il aurait remis le Cor à Ingtar et la dague à Mat –, il devrait de nouveau se fier à ses dons de musicien pour se gagner le gîte et le couvert, tout au long du chemin qui le conduirait le plus loin possible des Aes Sedai.
Mais comment me fuir moi-même ? Il s’est passé quelque chose, tout à l’heure, mais quoi ?
— Je ne vois aucun inconvénient à jouer, maîtresse Madwen. Hurin, donne-moi l’étui. Fais-le simplement glisser hors du baluchon.
Inutile de dévoiler la cape du trouvère en ouvrant le ballot. L’aubergiste se posait déjà trop de questions pour qu’on lui fournisse plus de grain à moudre.
Avec tout l’or et l’argent qui le décorait, l’instrument semblait adapté à un seigneur, en postulant que les seigneurs s’adonnaient à la musique. Dès qu’il eut produit deux ou trois notes pour s’échauffer, Rand constata que le héron marqué au fer dans sa paume ne le gênerait pas. L’onguent de Selene, d’une efficacité incroyable, l’avait si bien débarrassé de la douleur qu’il ne pensait plus au stigmate, sauf quand il posait les yeux dessus.
Mais c’était fait, là, et ça influença sûrement le choix du premier air que joua Rand.
Le Héron en plein vol…
Hurin marqua le tempo en inclinant et relevant la tête et Loial tapa en rythme sur la table avec un index deux ou trois fois plus gros que celui d’un homme.
Selene regarda Rand comme si elle le voyait pour la première fois.
Eh non, ma dame, je ne suis pas un seigneur, mais un berger qui joue de la flûte dans des auberges…
Les joueurs de dés se tournèrent pour mieux écouter et l’officier ferma la couverture en bois de l’ouvrage qu’il était en train de lire.
Décidé à défier Selene, Rand évita délibérément toutes les chansons qui auraient convenu dans un palais ou dans le manoir d’un grand seigneur. Il joua Juste un seul seau d’eau, La Vieille Feuille des deux rivières, Le vieux Jak grimpe à un arbre et La Pipe de maître Goodman.
Sur ce dernier air, les six soldats chantèrent en chœur – mais pas les paroles que connaissait Rand :
Depuis son départ de Deux-Rivières, Rand avait découvert que le titre et les paroles des chansons changeaient selon les pays. Parfois, il en allait ainsi dans les différents villages d’un même royaume. Dans le cas présent, il joua tant que les soldats chantèrent. Puis il les regarda se taper sur les épaules en échangeant des commentaires acerbes sur leurs talents d’interprètes.
Quand Rand baissa sa flûte, l’officier se leva et, d’un geste sec, réduisit au silence les six joueurs de dés. Leur bonne humeur envolée, ils saluèrent leur chef, puis Rand, et sortirent sans un regard en arrière.
L’officier approcha de la table des voyageurs, les salua, un poing plaqué sur le cœur, inclinant assez la tête pour laisser voir que sa tonsure était recouverte de ce qui semblait être une poudre blanche.
— Que la Grâce soit avec toi, seigneur… J’espère qu’ils ne t’ont pas dérangé, en chantant de la sorte. Ce sont des lourdauds, bien sûr, mais ils n’avaient pas l’intention de t’offenser. Je suis Aldrin Caldevwin, seigneur, capitaine dans l’armée du roi – que la Lumière veuille bien l’éclairer à jamais.
Les yeux de Caldevwin dérivèrent jusqu’à l’épée au héron. À coup sûr, il l’avait remarquée dès l’arrivée des voyageurs.
— Je ne me suis pas senti insulté, dit Rand.
L’accent de l’officier le faisait penser à Moiraine, avec cette façon de prononcer chaque syllabe très distinctement, presque comme si elle voulait la détacher des autres.
Me laisse-t-elle vraiment la bride sur le cou ? Ou me suit-elle discrètement ? Qui sait ? elle me guette peut-être quelque part…
— Assieds-toi, capitaine, je t’en prie.
Caldevwin tira une chaise et s’installa avec une raideur toute militaire.
— Puis-je te poser quelques questions ? demanda Rand. Par exemple : As-tu vu d’autres étrangers récemment ? Une femme petite et mince accompagnée par un guerrier aux yeux bleus ? Il est très grand et porte parfois son épée dans le dos.
— Je n’ai vu aucun étranger, à part toi, seigneur, et ta dame. Les nobles se montrent rarement dans le coin, il faut l’avouer.
Le capitaine regarda pensivement Loial. Prenant Hurin pour un serviteur, il ne lui accorda pas l’ombre d’un regard.
— C’était juste une question, à tout hasard…
— Je jure sur la Lumière que je ne veux pas t’offenser, seigneur, mais puis-je connaître ton nom ? Nous avons si peu de visiteurs que je me suis découvert une passion pour leur identité.
Rand donna son nom – sans titre, mais ça ne sembla pas gêner le capitaine, puis il répéta ce qu’il avait dit à l’aubergiste :
— Je viens de Deux-Rivières, dans le royaume d’Andor.
— Un beau pays, m’a-t-on dit, seigneur Rand… Et peuplé d’hommes de qualité. Aucun escrimeur de chez nous n’a jamais porté une épée au héron à ton âge… Par le passé, j’ai rencontré le chef de la Garde Royale, lors d’une visite officielle. Hélas, j’ai oublié son nom – une honte, n’est-ce pas ? Si tu pouvais me rafraîchir la mémoire…
Tous les sens aux aguets, Rand comprit que Caldevwin le mettait à l’épreuve, l’air de rien.
— Gareth Bryne, répondit-il.
— Bien sûr ! Un peu jeune pour de telles responsabilités…
— Capitaine, Gareth Bryne a largement l’âge d’être ton père.
— Désolé, seigneur Rand, je me suis mal exprimé… Je voulais dire qu’il a accédé très tôt à un poste important.
Le capitaine se tourna vers Selene, la regardant un long moment sans bouger. Puis il s’ébroua, comme pour s’arracher à une transe.