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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Maîtresse Madwen fit transférer un troisième lit dans une assez grande chambre. Sur les deux qui s’y trouvaient déjà, le plus grand – Rand n’en avait jamais vu de pareil – était à l’évidence réservé à l’Ogier. Une fois la pièce préparée pour trois, il restait à peine la place de marcher entre les lits.

Dès que l’aubergiste fut partie, Rand se tourna vers ses deux compagnons. Après avoir rangé le coffre sous son lit, Loial essayait le matelas. Hurin, lui, finissait d’entasser dans un coin les sacoches de selle et les baluchons.

— L’un de vous sait-il pourquoi ce capitaine s’est montré si soupçonneux ? En l’entendant parler, j’ai cru un moment qu’il nous croyait capables de voler sa fichue statue !

— Daes Dae’mar, seigneur Rand, répondit Hurin. Le Grand Jeu… Ou le Jeu des Maisons, comme l’appellent certains. Caldevwin pense que vous êtes là pour vous procurer quelque avantage, sinon que feriez-vous dans ce coin perdu ? Vos actes risquant de lui nuire, il est sur ses gardes.

— Le Grand Jeu ? Quel jeu ?

Ce fut Loial qui répondit :

— Ce n’est pas un jeu du tout, Rand. (L’Ogier avait sorti un livre de sa poche mais, pour l’instant, l’ouvrage encore fermé reposait sur son estomac.) Je n’ai aucune expérience pratique, car les Ogiers n’ont pas ce genre de comportement, mais j’en ai entendu parler. Les maisons nobles complotent sans cesse. Elles ourdissent des plans censés leur bénéficier ou nuire à leurs ennemis – voire les deux. En général, ces manœuvres sont secrètes. Dans le cas contraire, elles s’arrangent pour que leurs exactions passent pour des actes généreux et utiles à tous.

» Même en sachant de quoi il s’agit, j’ai du mal à comprendre… L’Ancien Haman dit souvent qu’il faudrait un cerveau plus puissant que le sien pour saisir ce que font les humains. À ce jour, c’est l’être le plus intelligent que j’aie rencontré. Franchement, les humains sont bizarres, Rand…

Hurin gratifia l’Ogier d’un regard courroucé, mais il ne releva pas la saillie.

— Seigneur Rand, cet officier a le droit de jouer au Grand Jeu. Au Cairhien, c’est presque un sport national, même si toutes les nations du Sud s’y adonnent.

— Les soldats qui nous accompagneront…, fit Rand. C’est une manœuvre de Caldevwin ? Mes amis, nous ne pouvons pas nous permettre de participer à des jeux absurdes.

Rand jugea inutile de mentionner le Cor, car Loial et Hurin avaient deviné à quoi il faisait allusion.

— Rand, je suis incapable de te répondre, soupira l’Ogier. C’est un humain, donc cette histoire peut vouloir dire n’importe quoi.

— Ton avis, Hurin ?

— Je n’en sais pas plus… Il dit peut-être la vérité, et peut-être pas… C’est toute la question, avec le Grand Jeu. On ne sait jamais… Quand je séjourne à Cairhien, seigneur, je reste la plupart du temps dans la Ceinture. Du coup, je ne sais pas grand-chose de la noblesse du cru. Cela dit, on répète un peu partout que le Grand Jeu n’est nulle part aussi dangereux qu’au Cairhien. (Le renifleur claqua soudain des doigts.) Dame Selene ! Elle en sait sûrement plus long que le Bâtisseur et moi ! Demain matin, tu pourras l’interroger.

Mais, au matin, Selene brilla par son absence. Lorsque Rand descendit dans la salle commune, maîtresse Madwen lui tendit une lettre scellée.

— Si je puis me permettre, seigneur, vous auriez dû m’écouter et aller gratter à la porte de votre dame.

Rand attendit d’être seul, puis il brisa le sceau qui représentait un croissant de lune entouré d’étoiles.

« Je dois te laisser pour un temps… Il y a trop de monde ici, et je n’aime pas Caldevwin. Je t’attendrai à Cairhien. Ne redoute jamais que je sois trop loin de toi, car tu es en permanence dans mes pensées. Comme je suis dans les tiennes… »

Le mot n’était pas signé, mais l’écriture élégante et fluide correspondait bien à Selene. Rand plia la feuille de parchemin, la rangea dans sa poche et sortit rejoindre Hurin, qui attendait déjà avec les chevaux.

Caldevwin était là aussi en compagnie d’un jeune officier. Cinquante cavaliers attendaient un peu plus loin, obstruant la rue. Les deux officiers, tête nue, portaient cependant des gantelets renforcés de fer et un plastron bosselé par-dessus leur veste bleue. Glissée dans le ceinturon de chaque officier, au creux des reins, une courte hampe permettait de faire émerger au-dessus de sa tête un petit étendard bleu rigide. Celui de Caldevwin arborait une unique étoile blanche et celui de son compagnon deux lignes transversales également blanches. À côté de ces deux hommes équipés légèrement, les cavaliers en armure complète ressemblaient à d’énormes cloches évidées à l’endroit du visage afin qu’ils puissent voir et respirer.

— Bonjour, seigneur Rand ! lança Caldevwin en s’inclinant avec grâce. Je te présente Elricain Tavolin, qui commandera ton escorte – si je puis utiliser ce mot.

Le jeune officier s’inclina à son tour, sans desserrer les dents. Comme son aîné, il avait le front rasé et poudré.

— Une escorte est toujours bienvenue, capitaine, dit Rand, décidé à jouer la décontraction.

Fain ne tenterait sûrement rien contre cinquante soldats. Mais le jeune homme aurait aimé être sûr que ceux-ci étaient bien une escorte, pas un détachement de gardiens…

Le capitaine avisa Loial, qui marchait vers son cheval, le coffre sur les bras.

— Un lourd fardeau, Ogier !

Le pauvre Loial faillit s’emmêler les pinceaux.

— Je déteste être loin de mes livres, capitaine !

Se forçant à sourire, l’Ogier s’empressa d’aller attacher le coffre sur sa selle.

Caldevwin se tourna vers Rand :

— Je ne vois pas ta dame, seigneur, ni sa superbe jument.

— Ma compagne est déjà partie, répondit Rand. Elle a dû se rendre d’urgence à Cairhien, d’où son départ en pleine nuit.

— En pleine nuit ? Et mes hommes qui… Excuse-moi, seigneur Rand…

Le capitaine entraîna l’autre officier à l’écart, visiblement pour lui souffler dans les bronches.

— Il a fait surveiller l’auberge, seigneur Rand, murmura Hurin. Mais dame Selene est passée entre les mailles du filet, dirait-on…

Rand monta en selle, l’humeur de plus en plus maussade. Si les soupçons du capitaine avaient pu être apaisés, Selene venait de faire ce qu’il fallait pour que ce ne soit plus possible.

— « Trop de gens », grommela-t-il. Il y en aura encore plus à Cairhien !

— Vous disiez, seigneur Rand ?

Tavolin rejoignit le jeune homme et enfourcha à son tour un grand hongre gris. Hurin était lui aussi en selle, et Loial attendait à côté de sa monture géante. Un peu plus loin dans la rue, les soldats formaient les rangs.

Caldevwin, lui, s’était volatilisé.

— Rien ne se passe comme je l’attendais, dit Rand.

Tavolin eut un sourire qui tenait davantage du rictus.

— Nous y allons, seigneur ?

L’étrange colonne s’ébranla, avançant vers la voie aplanie et balisée qui conduisait à la capitale du Cairhien.

22

Les guetteurs

— Rien ne se passe comme je l’attendais…, soupira Moiraine sans vraiment attendre une réponse de Lan.

La longue table polie où elle s’accoudait était couverte de livres imprimés ou d’incunables et de rouleaux de parchemin. Pour la plupart, ces témoignages d’un lointain passé, certains n’étant plus que des fragments, étaient jaunis par l’âge et couverts de poussière. La pièce entière semblait être faite de livres, à tel point qu’on n’apercevait plus les murs sous les rayonnages qui les tapissaient – sauf à l’emplacement des portes, des fenêtres ou de la cheminée. Les fauteuils à haut dossier semblaient confortablement rembourrés, mais la plus grande partie, à l’instar de presque tous les guéridons, servait à entreposer des grimoires. Des livres et des rouleaux de parchemin étaient même glissés entre leurs pieds, histoire d’occuper au maximum l’espace de rangement.

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