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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Le Baiser du Colibri à la Rose Jaune. Le Chat sur du Sable Brûlant…

La chanson ne faisait désormais plus qu’un avec Rand, qui ne sentait plus sa lame comme un objet extérieur mais comme une extension de son corps. Se battant comme si l’épée de Tam pouvait tenir le saidin à distance, Rand exécuta une des figures les plus dévastatrices.

Le Héron Déploie ses Ailes.

Émergeant de sa transe, le jeune homme regarda les quatre cadavres qui gisaient autour de lui.

— Plutôt mourir que revivre cette épreuve…, murmura-t-il.

Levant les yeux, il les riva sur le sommet de la colline où était toujours Fain avec le gros des Suppôts et des Trollocs. Bien trop d’adversaires pour l’emporter. Un défi impossible à relever. Eh bien, justement, il allait le relever.

Il fit un pas en direction de la délivrance.

— Rand, reviens ! cria Loial, sa voix dérivant dans le vide jusqu’à la conscience occultée de Rand. Au nom de la vie et de la Lumière, ne fais pas ça !

Très lentement, Rand se pencha pour essuyer sa lame sur le manteau d’un monstre mort. Puis, calmement, comme si c’était la fin d’une séance d’entraînement avec Lan, il rengaina l’épée au héron.

— Rand ! insista l’Ogier.

Même s’il savait que rien ne pressait, Rand rejoignit son ami près des chevaux. Après avoir glissé dessous sa cape plusieurs fois pliée, pour improviser un socle plat, Loial était en train d’attacher le coffre sur sa selle.

Le saidin s’était tu. La lueur maladive était toujours là, mais Rand parvenait à contenir ses assauts. Sans bien comprendre ce qui se passait, il laissa disparaître le vide.

— Je crois que je deviens fou…, dit-il.

Prenant soudain conscience de l’endroit où Loial et lui étaient, il se retourna et sonda la pénombre. Des cris montaient d’une bonne dizaine de directions, preuve que leurs ennemis avaient organisé une battue. Mais sans avoir trouvé de piste, en tout cas pour l’instant.

Rand sauta en selle.

— Parfois, quand tu parles, je ne comprends même pas un mot sur deux. Rand, pour devenir fou, si tu attendais que nous ayons rejoint dame Selene et le renifleur Hurin ?

— Comment comptes-tu chevaucher, avec ce truc sur ta selle ?

— Je vais courir !

Joignant le geste à la parole, l’Ogier détala en tenant son cheval par la bride.

Le rythme qu’il adopta valait le trot de n’importe quel cheval. Rand aurait parié qu’il ne tiendrait pas longtemps, et il aurait perdu… Quand il prétendait pouvoir battre un étalon, Loial ne se vantait peut-être pas, tout compte fait. De temps en temps, il se retourna sans ralentir, histoire de voir ce qui se passait, mais les Suppôts et les Trollocs ne se montrèrent jamais.

Lorsque le sol commença à monter, l’Ogier ne daigna pas ralentir, et il finit par entrer triomphalement dans le camp – à peine essoufflé, malgré l’exploit qu’il venait d’accomplir.

— Tu l’as ! s’écria Selene quand elle vit le coffre attaché sur la selle du cheval géant.

La jeune femme avait remis sa robe, qui semblait plus immaculée que de la neige.

— Je savais que tu ferais le bon choix… Rand, je peux le voir ?

— Seigneur, les Suppôts te poursuivent ? demanda nerveusement Hurin. (Son regard se posa un instant sur le coffre, mais il ne put s’empêcher de tourner la tête vers le camp adverse.) Si c’est le cas, nous ne devons pas traîner…

— Personne ne nous a suivis… Hurin, perche-toi sur une saillie rocheuse et tente d’évaluer la situation… (Alors que le renifleur obéissait, Rand sauta à terre.) Selene, je ne sais pas ouvrir ce coffre… Et toi, Loial ?

L’Ogier secoua la tête.

— Je vais essayer…, souffla Selene.

Même pour une femme de sa taille, la selle de Loial était anormalement haute. Mais elle parvint à poser les doigts sur les motifs qui ornaient le coffre. Un « clic » retentit et la jeune femme souleva le couvercle.

Alors qu’elle se dressait sur la pointe des pieds pour s’emparer de l’instrument, Rand tendit une main par-dessus son épaule et sortit le Cor de Valère de son étui. S’il l’avait vu une fois, il ne l’avait jamais touché. À part ça, que dire ? Bien que d’une excellente facture, le Cor n’avait rien qui signalât un pouvoir hors du commun ou un âge exceptionnel. Un Cor doré orné d’inscriptions en argent autour du pavillon – rien d’extraordinaire, sinon que les lettres incrustées semblaient capturer les rayons de lune…

— Tia mi aven Moridin isainde vadin, murmura Selene. « Et le repos des morts sera troublé… » Rand, tu seras un plus grand homme qu’Artur Aile-de-Faucon !

— Je vais rapporter cet artefact au seigneur Agelmar, à Fal Dara.

Il devrait être à Tar Valon, mais je ne veux plus rien avoir affaire avec les Aes Sedai. Qu’Agelmar ou Ingtar se chargent de le leur livrer…

— C’est de la folie ! s’indigna Selene.

Rand sursauta, blessé par ce mot.

— Folie ou pas, c’est ma décision… Selene, je te l’ai dit, la gloire m’est indifférente… Il fut un temps où c’était… Eh bien, je croyais que ça m’intéressait et je désirais des choses qui…

Par la Lumière ! elle est si belle ! Egwene… Selene… Je suis indigne de l’une comme de l’autre…

— Depuis, quelque chose s’est emparé de moi…

Le saidin m’a attaqué, mais je l’ai repoussé avec une épée. Ou est-ce aussi de la folie ?

— La place du Cor est au Shienar. Sinon, le seigneur Agelmar saura que faire…

Sur ces entrefaites, Hurin revint de sa mission de repérage.

— Le feu brûle de nouveau, seigneur, et il est beaucoup plus grand ! J’ai entendu des cris, dans les collines, mais personne n’approche de notre position.

— Tu m’as mal comprise, Rand, dit Selene. Tu ne peux plus reculer. Ces Suppôts des Ténèbres ne disparaîtront pas simplement parce que tu leur as repris le Cor. Sauf si tu les tues jusqu’au dernier, ils te poursuivront inlassablement. Comme tu l’as fait !

— Non ! cria Rand. (Loial et Hurin le regardèrent, surpris par sa véhémence.) Enfin, je veux dire… Non, je ne vois pas comment les tuer tous. Si ça ne tient qu’à moi, ils vivront éternellement.

Selene secoua la tête, faisant onduler sa longue et belle crinière.

— Dans ce cas, tu ne peux pas rebrousser chemin… Il te faut avancer, Rand ! Tu seras à l’abri des murs de Cairhien longtemps avant d’avoir pu rallier le Shienar. L’idée de passer quelques jours de plus en ma compagnie t’est-elle insupportable ?

Rand regarda le coffre. La compagnie de Selene n’avait rien d’insupportable mais, près d’elle, il ne parvenait pas à s’empêcher de penser à des… bêtises. Cela dit, vouloir retourner au Shienar revenait à s’exposer aux assauts de Fain et de ses sbires. Sur ce point, la jeune femme avait raison Le colporteur n’abandonnerait jamais. De plus, si Ingtar continuait vers le sud – ce qu’il ferait sûrement –, il arriverait tôt ou tard à Cairhien…

— D’accord pour ton pays… Tu devras me montrer où tu vis, Selene, parce que je ne suis jamais venu chez toi…

Rand reposa le Cor et fit mine de refermer le coffre.

— Tu as pris autre chose aux Suppôts, je crois… N’as-tu pas parlé d’une dague ?

Comment ai-je pu oublier ?

Rand se désintéressa du coffre et tira la dague de sa ceinture. La lame était incurvée et les quillons représentaient des serpents dorés. Un rubis rouge ornait le pommeau. À la lueur de la lune, il semblait un peu démoniaque mais, à part ça, la dague souillée ressemblait à une arme normale.

— Sois prudent, dit Selene. Surtout, ne te coupe pas avec.

Rand eut des frissons glacés à cette idée. Si porter la dague était dangereux, quel mal pouvait faire une coupure ?

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