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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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L’homme était calme, mais sa respiration bourdonnait à nouveau et il toussait. Sa bouche était béante et un fin duvet blanc apparaissait sur sa langue.

Il ne faut pas que cela arrive à Rosemonde, se dit Kivrin. Elle n’a que douze ans. Elle devait faire quelque chose. La peste était due à une bactérie, vulnérable à la streptomycine et aux sulfamides. Il lui était cependant impossible d’en fabriquer et elle ne pourrait aller s’en procurer à son époque tant qu’elle ignorerait où se situait le point de transfert.

Gawyn était parti pour Bath. À présent qu’Eliwys s’était finalement jetée dans ses bras, il eût fait n’importe quoi pour elle, même aller chercher son époux.

Elle essaya de calculer combien de temps durerait son absence. Ils étaient à une soixantaine de kilomètres de Bath. Sans ménager sa monture, Gawyn pourrait parcourir cette distance en un jour et demi. Il serait de retour dans trois jours, s’il n’avait aucun empêchement, s’il trouvait immédiatement Messire Guillaume, s’il ne tombait pas malade en chemin. Selon le docteur Ahrens, l’agonie des pestiférés durait de quatre à cinq jours. Kivrin doutait que le clerc pût se raccrocher si longtemps à la vie. Sa température remontait.

Elle avait poussé le panier de Dame Imeyne sous le lit, lorsqu’ils avaient amené Rosemonde. Elle le récupéra et répertoria les herbes sèches et les poudres. Les contemporains utilisaient des remèdes comme le millepertuis et la vigne de Judée, qui n’avaient pas plus d’effets sur la peste que les émeraudes pilées.

Le plantin pulicaire eût peut-être été plus efficace, mais elle ne voyait pas ses fleurs roses ou pourpres dans les petits sachets de toile.

Roche revint et elle l’envoya chercher des branches de saule avec lesquelles elle prépara une décoction amère. Le prêtre y goûta.

— Quel est ce breuvage ? demanda-t-il en grimaçant.

— De l’aspirine… j’espère.

Il fit boire le clerc, qui ne prêtait plus attention au goût de ce qu’il ingérait. La potion fit baisser légèrement sa température, mais la fièvre de Rosemonde continua de grimper durant tout l’après-midi. Elle frissonnait, et quand Roche alla dire les vêpres, son front était brûlant.

Kivrin la découvrit et rafraîchit ses membres avec de l’eau froide. La malade eut un mouvement de recul et dit avec colère :

— De tels attouchements sont inconvenants, Messire. J’en informerai mon père dès son retour.

Roche ne revenait pas. Kivrin alluma les lampes à suif et borda Rosemonde, inquiète de ce retard.

L’enfant avait plus mauvaise mine encore sous cette clarté fuligineuse. Son visage était blême et pincé. Elle murmurait constamment le prénom de sa sœur. Puis elle demanda, avec agitation :

— Que fait-il ? Il devrait être revenu, à présent.

C’est exact, se dit Kivrin. La cloche avait sonné les vêpres une demi-heure plus tôt. Il a dû aller dans les cuisines, nous préparer une soupe. À moins qu’il ne soit allé donner des nouvelles de Rosemonde à Eliwys. Non, il n’est pas malade.

Mais elle se leva et grimpa sur le siège de la fenêtre pour regarder dans la cour. L’air était plus froid et le ciel couvert. Les lieux étaient déserts.

Roche poussa la porte et elle sauta sur le sol, en souriant.

— Où étiez-vous ? Je…

Elle s’interrompit. Il avait mis ses vêtements sacerdotaux et s’était muni de l’huile et du viatique. Non, pensa-t-elle en regardant Rosemonde. Non !

— Je suis allé entendre Ulf le Bailli en confession.

Dieu soit loué, ce n’est pas pour Rosemonde, comprit-elle. Puis elle assimila le sens de cette déclaration. La peste se répandait dans le village.

— En êtes-vous certain ? A-t-il des furoncles comme le clerc ?

— Oui.

— Qui vit avec lui ?

— Sa femme et ses deux fils. Je leur ai dit de porter un masque et d’aller couper des branches de saule.

— C’est parfait, dit-elle.

Contrairement à la situation. Non, elle dramatisait. Ce n’était pas la peste pulmonaire et les proches de cet homme seraient peut-être épargnés. Mais qui avait transmis cette maladie à Ulf, et combien d’individus avait-il contaminés à son tour ? Il ne s’était pas approché du clerc. Un des serviteurs avait dû être le vecteur.

— D’autres cas se sont-ils déclarés ?

— Non.

Ce qui n’avait en soi aucune signification. On envoyait chercher le prêtre à la dernière extrémité, quand la peur prenait le dessus. Il pouvait y avoir trois ou quatre autres malades. Ou une douzaine.

Elle s’assit sous la fenêtre, pour réfléchir. Je ne peux rien faire, conclut-elle. La peste s’est propagée de village en village. Elle a décimé des familles et des villes entières. Entre un tiers et la moitié de la population de l’Europe.

— Non ! hurla Rosemonde.

Elle essayait de se lever et ils se précipitèrent. Mais elle s’était déjà rallongée et ils se contentèrent de la couvrir. Elle donna des coups de pied à la couverture.

— Je le dirai à Mère, Agnès ! Tu es une vilaine fille ! marmonna-t-elle. Laisse-moi sortir !

Le froid devint plus mordant au cours de la nuit. Roche apporta des braises et Kivrin remit la toile cirée devant la fenêtre. Il gelait dans la chambre et Kivrin et Roche se blottissaient tour à tour à côté du brasero. Ils sommeillaient et s’éveillaient en frissonnant, comme Rosemonde.

Le clerc ne tremblait plus mais se plaignait de la fraîcheur ambiante, d’une voix pâteuse d’ivrogne. Il ne sentait plus ses extrémités glacées.

— Elles ont dû alimenter le feu, déclara Roche. Nous devrions descendre les malades dans la grande salle.

Vous ne comprenez pas, pensa-t-elle. Il fallait isoler les pestiférés pour empêcher l’épidémie de s’étendre. Mais il était déjà trop tard pour cela. Ulf devait avoir encore plus froid aux pieds et aux mains. Elle avait séjourné dans une de ces huttes et savait que même les chats y auraient grelotté.

Des chats qui mourraient eux aussi. Elle regarda Rosemonde. Elle tremblait et semblait avoir déjà perdu du poids.

— La vie la quitte, déclara le prêtre.

— Je sais. Allez dire à Maisry d’étaler de la paille sur le sol.

Elle récupéra la literie. Ils soutinrent le clerc qui put ainsi descendre les marches, mais Roche dut porter Rosemonde dans ses bras. Eliwys et Maisry préparaient des paillasses de l’autre côté de la grande salle. Agnès dormait et Imeyne était toujours agenouillée au même endroit, les mains jointes devant son visage.

Roche posa Rosemonde et Eliwys la couvrit.

— Où est mon père ? gémit la malade d’une voix rauque. Pourquoi n’est-il pas avec nous ?

Agnès bougea. Dans une minute elle s’éveillerait et grimperait sur la paillasse de sa sœur pour mieux voir le clerc. Il fallait trouver un moyen de la tenir à distance. Les poutres étaient trop élevées pour qu’il fût possible d’y suspendre des tentures et ils avaient d’ailleurs utilisé tous les couvre-lits. Elle tira les bancs et les fit basculer, puis Roche et Eliwys l’aidèrent à soulever le plateau de la table et à l’appuyer contre cette barricade.

Ensuite, Eliwys alla s’asseoir à côté de Rosemonde qui dormait, le visage rougi par la clarté du feu.

— Vous devez mettre un masque, lui rappela Kivrin.

La femme hocha la tête mais ne suivit pas son conseil. Elle écarta une mèche de cheveux du front de sa fille.

— C’était la préférée de Guillaume, murmura-t-elle.

Rosemonde dormit jusqu’en milieu de matinée. Kivrin tira la bûche de Noël sur le côté du foyer et la remplaça par des rondins. Elle alla ensuite découvrir les pieds du clerc, afin qu’ils reçoivent un peu de chaleur.

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