Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
— Il ne peut rien pour nous, renifla la vieille femme.
Mais elle se dirigea malgré tout vers l’escalier.
— Ce n’est apparemment pas une fracture, déclara Kivrin.
Rosemonde baissa le bras, grimaça, le releva. Elle avait blêmi et des gouttes de sueur pointillaient sa lèvre supérieure.
Kivrin tendit la main, à l’instant où Rosemonde s’affaissait.
Cette fois, son crâne heurta les dalles du sol. Kivrin entendit un bruit sourd. Elle enjamba le banc et s’agenouilla.
— Rosemonde, Rosemonde… M’entendez-vous ?
Elle ne bougeait pas. Et, lorsque Kivrin toucha le bras douloureux, Rosemonde tressaillit sans rouvrir les yeux. Kivrin voulut appeler Imeyne, mais la vieille femme n’était pas revenue. Elle se redressa.
— Ne m’abandonnez pas, gémit Rosemonde.
— Je dois aller chercher de l’aide.
L’enfant secoua la tête.
— Père Roche ! appela Kivrin.
La lourde porte de la chambre devait l’empêcher d’entendre. Dame Eliwys apparut derrière les paravents et se précipita vers elles.
— Est-ce la maladie bleue ?
Non, pensa Kivrin, qui se contenta de répondre :
— Elle est tombée.
Elle toucha le bras dénudé. Il était très chaud. L’enfant referma les paupières. Elle respirait lentement, semblant dormir.
Kivrin remonta la manche jusqu’à l’épaule, afin d’examiner l’aisselle.
Moins gros que celui du clerc, le bubon était déjà rouge et dur. Non, non ! se dit Kivrin. Rosemonde gémissait. Kivrin laissa redescendre le membre.
— Que s’est-il passé ? demanda Agnès qui était restée dans l’escalier. Rosemonde est-elle malade ?
Je dois faire quelque chose, pensa Kivrin. Ils ont tous été exposés à la contagion, même Agnès, et je ne peux rien pour eux. Les antimicrobiens ne seront découverts que dans six siècles.
— Nous expions vos péchés, gronda Imeyne.
Kivrin leva la tête. Eliwys soutenait le regard de sa belle-mère mais ne semblait pas avoir entendu ses paroles.
— Vos péchés et les péchés de Gawyn, ajouta Imeyne.
— Gawyn, répéta Kivrin.
Il pourrait la conduire au point de transfert, et ensuite le docteur Ahrens lui donnerait de la streptomycine et des vaccins qu’elle rapporterait à cette époque.
— Où est-il ?
L’expression d’Eliwys traduisait à son tour du désir et de l’espoir. Elle avait finalement retenu son attention.
— Gawvn. Où est-il ?
— Parti.
— Où ? Je dois lui parler. Il faut aller chercher de l’aide.
— Rien ne peut nous sauver, déclara Dame Imeyne qui alla s’agenouiller à côté de Rosemonde et joignit les mains. C’est une punition divine.
Kivrin se leva.
— Où est-il allé ?
— À Bath, répondit Eliwys. Je l’ai chargé de demander à mon époux de venir nous rejoindre.
Je vais essayer de résumer tout ce que j’ai pu apprendre. M. Gilchrist espérait que l’ouverture du Moyen Âge au voyage temporel permettrait d’obtenir un témoignage sur les ravages de la peste noire. Il le trouvera ci-après.
La première victime a été le clerc qui accompagnait l’envoyé de l’évêque. J’ignore s’il était malade à son arrivée. Mais c’est probable, et c’est sans doute pour cette raison que les ecclésiastiques sont venus ici. Ils voulaient se débarrasser de lui avant qu’il ne les contamine. Il était déjà mal en point le matin de Noël, quand ils ont pris la fuite. Il en découle qu’il était contagieux la veille, lorsqu’il a eu des contacts avec la moitié des villageois.
Il a transmis la peste à la fille de Messire Guillaume, Rosemonde. Les premiers symptômes sont apparus le… vingt-six ? Je ne sais même plus quel jour nous sommes. Le bubon du clerc a éclaté et suppure. Celui de Rosemonde est très ferme et grossit. Il a presque la taille d’une noix. Autour, les chairs sont enflammées. Ils ont tous deux une forte fièvre qui les fait délirer.
Nous les avons isolés dans l’appartement de Rosemonde. Tous ont reçu pour consigne de ne pas sortir de chez eux et d’éviter leurs voisins. Mais je crains qu’il ne soit déjà trop tard. La plupart des habitants de ce hameau ont participé au festin et la famille de Messire Guillaume était ici avec le clerc.
J’aimerais savoir si cette maladie est contagieuse avant l’apparition des premiers symptômes et quelle est la durée de son incubation. Je sais que la peste a trois formes, bubonique, septicémique et pulmonaire, et que c’est cette dernière variété qui est la plus contagieuse car propagée par la toux et la sueur. Le clerc et Rosemonde ont la peste bubonique.
La peur embrouille mes pensées. Des ondes de panique m’assaillent et je dois alors agripper le montant du lit pour ne pas fuir loin de cette chambre, de cette maison, de ce village, loin de la peste !
J’ai été vaccinée, mais en dépit des antiviraux et du renforcement de mon système immunitaire, j’ai attrapé un virus, et je ne puis m’empêcher d’avoir un mouvement de recul chaque fois que le clerc me touche. Le père Roche oublie constamment son masque. Je crains qu’il ne tombe malade. J’ai également peur pour Agnès. Je suis angoissée à la pensée que le clerc va mourir. Et Rosemonde également. Je redoute qu’un villageois contracte la peste pulmonaire, que Gawyn ne revienne jamais et qu’il me soit impossible de retrouver la clairière avant la date du rendez-vous.
Je me sens plus détendue. Exposer mes problèmes me soulage, où que vous soyez et qu’il vous soit ou non possible d’entendre un jour ceci.
Rosemonde est jeune et résistante. La peste n’a pas tué la totalité de la population. Dans certains villages, elle n’a fait aucune victime.
27
Ils transportèrent Rosemonde dans sa chambre et lui préparèrent une paillasse. Roche y étendit un drap et alla chercher des couvertures dans la grange.
Kivrin craignait que Rosemonde fût effrayée par la langue obscène et la peau noire du clerc, mais elle lui accorda à peine un regard. Elle retira son surcot et ses chaussures puis s’allongea. Kivrin plaça sur elle le couvre-lit en peau de lapin.
— Vais-je hurler et vous agresser comme il l’a fait ? lui demanda Rosemonde.
— Non. Reposez-vous. Avez-vous mal quelque part ?
— Au ventre. Et à la tête. Selon Messire Bloet, la fièvre fait danser les hommes. Je croyais qu’il disait cela pour m’effrayer. Il m’a déclaré qu’ils se démenaient ainsi jusqu’à ce que le sang sorte de leur bouche et qu’ils rendent l’âme. Où est Agnès ?
— Dans la soupente, avec votre mère et votre grand-mère.
Lorsqu’elle leur avait dit d’aller s’y enfermer, Eliwys avait obtempéré sans seulement accorder un regard à sa fille aînée.
— Père reviendra bientôt, murmura Rosemonde.
— Ne dites rien, et reposez-vous.
— Grand-mère affirme que craindre son époux est un péché mortel, mais je ne puis m’en empêcher. Il me fait des caresses impures et me raconte des choses qui ne peuvent être vraies.
J’espère qu’il est lui aussi malade et qu’il périra dans d’atroces tourments, pensa Kivrin.
— Mon père est en chemin…
— Essayez de dormir.
— Si Messire Bloet était ici, il n’oserait pas me loucher. Ce serait à lui d’avoir peur.
Elle ferma les yeux et Roche apporta de la literie puis ressortit. Kivrin couvrit et borda Rosemonde puis alla remettre la fourrure sur le clerc.